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Billet de blog 20 nov. 2022

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Jean-Marie Straub, cinéaste, dans le Temps

Veuf de la cinéaste Danièle Huillet depuis 2006, son inséparable depuis 1954, Straub part au moment où machines et machine communicationnelle ont détruit la quasi totalité de la notion de culture. Le père de "Sicília!" était de la poignée de cinéastes noués à la ponctuation du cinéma: qu'est-ce qu'un cadre, un son, un mouvement de caméra, un plan fixe, une perspective, un ajout musical, une coupe?

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Par leurs rigueurs dans la conception et la réalisation, tout entières dédiées à la future lucidité et à la perception consciente du spectateur, les dizaines de films des Straub n'ont ainsi jamais été monolithiques. Presque toujours basés sur des textes classiques ou contemporains en italien, allemand ou français, ils s'évertuent en permanence à offrir un " naturalisme esthétique " avec ce couple indissociable : la durée du plan et l'espace filmé.
 
Propos épars de Jean-Marie Straub* :
 
« La plupart des jeunes qui aujourd'hui font des films en sont de plus en plus au point où ils prétendent, essayent de nous montrer des choses qu'ils n'ont pas vues, non seulement qu'ils n'ont pas pris le temps de regarder, mais qu'ils n'ont pas vues. C'est-à-dire que tout cela, c'est la délégation à la machine. (...) On voit très bien qu'il n'y a rien sur l'écran puisqu'ils vous montrent des choses qu'ils n'ont pas vues, ni regardées. Pour voir, il faut regarder, il faut regarder des siècles. La culture, c'est comme la géologie, c'est des siècles, des millénaires. »

Renato Berta, Jean-Marie Straub, Danièle Huillet, sur le tournage de «Fortini/Cani» (1976, 1h43)) © DR

« Ce que j’appelle "pornographie" ? Les gens vont découvrir que sous le nom d’"art", c’est de la pornographie qu’on leur jette en travers du visage, que le cinéma commercial n’est rien que de la rhétorique, de la rhétorique qui tourne au vide complet, de la pornographie, de l’illusion.»
 

https://www.youtube.com/watch?v=MNUPpnS0UoM

Le 18 février 1997, Jean-Marie Straub durant l'émission Le cercle de minuit, animée par L. Adler, sur la chaîne de TV publique France 2. Peu avant dans la soirée, il avait tenu des propos mémorables au cinéma Studio des Ursulines, à Paris. Où nous étions... © INA clash TV

https://vimeo.com/52293650
 

Microfilms : Serge Daney et Jean-Marie Straub (1987) © France Culture

 
(*) Jean-Marie Straub avait quitté la France pour l'Allemagne [à Munich] en 1958, pour ne pas faire la guerre d'Algérie ("Je suis parti parce que j’avais des amis algériens et que quand la première grenade a explosé en Algérie en 54, je pensais que les Algériens avaient raison. (...) L'amnistie a eu lieu au moment de la sortie d’Othon, je n’ai pu revenir [à Paris] qu’en 1971 [Othon est sorti le 13/1/1971]. On vivait déjà à Rome puisqu’on y avait fait Othon").
 
 

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À voir : " Où gît votre sourire enfoui ? " (VIDEO) - documentaire de Pedro Costa (2001), inclus dans la prestigieuse collection "Cinéastes de notre temps" rebaptisée en 1989 "Cinéma, de notre temps" fondée en 1964 par Janine Bazin et André S. Labarthe. Ce film montre Danièle Huillet et Jean-Marie Straub au moment du montage de la troisième version de "Sicilia!" (1988, 1h06).
  

Filmographies : 
https://pt.frwiki.wiki/wiki/Jean-Marie_Straub_et_Dani%C3%A8le_Huillet
 
7 coffrets de DVD, aux éditions Montparnasse :
ICI
 
À lire :
"Jean-Marie Straub - Danièle Huillet. Aux distraitement désespérés que nous sommes", de Louis Seguin [juin 1929/janvier 2008], éditions Ombres, 1991 ; nouvelle édition augmentée, Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma, 2007.
 
À voir : Fortini/Cani (1976, 1h25) 
 

Fortini/Cani (1976) © DR


 
Photographie ci-dessous : Le texte d'Elio Vittorini (Conversazione in Sicilia, publié en 1941) découpé, tapé à la machine et mis en page par Danièle Huillet, surligné par Jean-Marie Straub. À chaque étape des répétitions, Straub utilise une autre couleur: «Les Straub font exister un texte comme un musicien fait exister une musique à partir d'une partition. Le musicien: de quelle musique cette partition est-elle le texte? Et les cinéastes: de quoi ce texte est il le texte, de quelle réalité?». Jean-Charles Fitoussi, La lettre du cinéma, n°8, hiver 1999.
 

Le texte d'Elio Vittorini découpé, tapé à la machine et mis en page par Danièle Huillet, surligné par Jean-Marie Straub. © Jean-Charles Fitoussi / La lettre du cinéma, n°8, hiver 1999.

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