Brésil: le parquet de Rio veut ouvrir d'autres axes d'enquête contre Flávio Bolsonaro

Bernardo Garcez, le contrôleur général du tribunal de Rio de Janeiro, où sera jugée -acceptée ou refusée- en 2021 la plainte du MP contre Flavio Bolsonaro, a tenté de se cacher de la presse, le 20/11 à Brasilia. Peine perdue. Le PR Bolsonaro a reçu pendant deux heures ce juge. Pendant ce temps, le MP-RJ pointe un nouveau complice de Flávio B. à la présidence de l'assemblée législative de Rio.

Le procureur Ricardo Martins, du ministère public de Rio de Janeiro,  dans sa plainte remise à la justice le 19 octobre 2020 contre Flávio Bolsonaro,  a également demandé « l'autorisation de partager toutes les preuves recueillies » pour être utilisées dans d'autres affaires, comme moyen d'ouvrir dautres axes d'enquête.

Le ministère public (MP-RJ) a constaté un détournement de fonds  de 6.100.091,52 millions de reais (1 million d'euros) du cabinet de l'alors député Flávio Bolsonaro à l'Assemblée législative de Rio de Janeiro (Alerj).

Selon l'argument du procureur, il y a deux axes de travail et d'analyse des ramifications de l'organisation criminelle présumée.

Le premier est de trouver des « impliqués de tout crime de blanchiment d'argent pratiqué dans les opérations d'acquisition du magasin Kopenhagen », au Via Parque Shopping, dans le quartier Barra da Tijuca, à Rio de Janeiro.

Le député souhaite approfondir l'enquête sur les fraudes « dans le fonctionnement de la société Bolsotini Chocolates e Café LTDA ». Selon la plainte, Flávio Bolsonaro a utilisé la société Bolsotini pour, aux côtés de son associé Alexandre Ferreira Dias Santini, acheter la franchise du magasin de chocolats.

Au moins trois autres magasins de la même franchise Kopenhagen appartiennent à des personnes de l'entourage de Flávio Bolsonaro et de son ancien conseiller, Fabrício Queiroz, qui serait celui qui rassemblait une partie des salaires des employés du cabinet à l'Alerj, selon la plainte.


Falsifications et obstruction de la justice à la présidence de l'assemblée législative

La plainte du MP-RJ demande également à la Justice d'ouvrir un front d'enquête sur « la pratique, en théorie, des crimes d'entrave à la justice », impliquant un fonctionnaire lié à la présidence de l'assemblée législative, Matheus Azeredo Coutinho.

Matheus Azeredo Coutinho est cité dans la plainte comme la figure centrale d'un acte d'obstruction à la justice le 14 janvier 2019. Ce jour-là, écrit le MP-RJ, l'ex-assistante de Flávio Bolsonaro, Luiza Souza Paes, « sous la direction de l'employé Matheus », « a effectivement falsifié les preuves de délits de détournement de fonds (« peculato ») en insérant de fausses informations dans des documents publics en signant rétroactivement les relevés de points de l'année 2017, dans le but clair de gêner les enquêtes sur l'organisation criminelle qui a détourné des fonds publics via les ponctions sur les salaires (« rachadinhas ») .

Comme l'indique le MP-RJ dans la plainte, la plupart des certificats de présence dans le bureau de Flávio Bolsonaro ont été établis de manière générique et globale, avec une lettre signée par le chef de cabinet d'alors, Miguel Braga Grillo, qui occupe en 2020 le même rôle dans l'équipe parlementaire de Flávio Bolsonaro au Sénat. Connu sous le nom de colonel Braga, il a rédigé un document approuvant la présence de tous les employés à la fois - et a transmis cette lettre à la présidence de l'Alerj.

Dans le cadre de ce modèle de présence, les employés n'avaient pas besoin d'utiliser des cartes de pointage, couramment utilisées individuellement par chaque employé de l'Alerj.

Notre investigation a révélé que les enquêteurs du MP-RJ travaillent avec l'hypothèse que l'assistante Luiza Souza Paes, peut-être sous pression et avec l'aide de Matheus Azeredo Coutinho, a tenté de remplir des cartes de pointage, qui, jusque-là, étaient vierges, rétroactivement, inscrivant jusqu'à des absences. Ce serait une façon d'assumer la responsabilité par son assiduité, écartant le crime de la hiérarchie supérieure et donnant une apparence de normalité à son travail à l'Alerj.

Matheus Azeredo Coutinho a déjà fait l'objet de recherches demandées par le MP-RJ. Le garçon a rejoint l'Alerj en tant que stagiaire administratif en gestion en 2017. Le 5 septembre 2018, l'actuel président de l'Alerj, André Ceciliano (PT, gauche), a nommé Matheus Azeredo Coutinho au poste d'assistant au département de la législation du personnel, qui est une sorte de service des ressources humaines  de l'assemblée législative carioca. Lorsque le scandale des détournements de fonds « rachadinhas » a éclaté, il a été renvoyé.

A tenter d'interroger l'Alerj au sujet des suspicions contre l'ex-employé Matheus Azeredo Coutinho, la TV Globo n'a obtenu de réponse.
La TV Globo a fait deux demandes via la Lei de Acesso à Informação. Dans la première, elle a demandé les données sur le travail effectif de Matheus Azeredo Coutinho. Dans la seconde, elle a sollicité la documentation relative à l'assiduité de l'ex-assistante Luiza Souza Paes.
Par ordre du procureur-général de l'Alerj, Sergio Pimentel Borges da Cunha, nommé par le président de l'Alerj, toutes les demandes ont été rejetées.

Flávio Bolsonaro, André Ceciliano et plusieurs autres députés font l'objet d'une enquête pour mouvements de personnel inhabituels dans leurs bureaux, avec le soupçon qu'ils feraient également des rétentions sur les salaires (« rachadinhas ») de leurs assistants parlementaires.

Le MP-RJ veut savoir si Matheus Azeredo Coutinho a agi seul ou s'il a eu l'approbation de ses supérieurs. Il existe une hypothèse selon laquelle le service des ressources humaines de l'Alerj pourrait être utilisé par plusieurs cabinets de parlementaires, à la fois pour dissimuler l'existence d'employés fantômes et pour corriger, tardivement, les distorsions dans le remplissage des feuilles de pointage, en particulier après que les autorités judiciaires ont commencé à enquêter de près sur cette fraude.

Les demandes formulées par le MP-RJ pour que les données de l'enquête en cours soient utilisées dans d'autres enquêtes n'ont pas encore reçu de réponse de la part de la justice.

Il appartiendra à l'organisme spécial (« Órgão Especial ») du Tribunal de Rio de Janeiro de décider si tout le matériel recueilli jusqu'à présent peut être utilisé par les procureurs pour découvrir d'éventuelles autres ramifications du système de fraudes mis en place.

L' Alerj a envoyé la note suivante à notre équipe de journalistes :

« Les enquêtes sur la conduite de l'employé Matheus Azeredo Coutinho sont en charge de la Justice et l'Alerj s'est rendue disponible et a collaboré avec toutes les informations qui ont été demandées.

L'ancienne employée Luiza Souza Paes a travaillé dans trois secteurs différents entre 2011 et 2017, une période antérieure à la direction actuelle. D'abord dans le bureau de l'ancien député Flávio Bolsonaro, puis à la TV Alerj et plus tard au secteur des Plans et Budgets.

La responsabilité de la présence du personnel dans les cabinets incombe aux députés, et dans les secteurs, elle appartient à chaque directeur. La présidence n'a pas cette responsabilité, puisque les secteurs sont autonomes.

La présidence n'a pas connaissance d'une éventuelle pratique de détournement de fonds ("rachadinhas") impliquant l'employée Luiza Paes et Fabrício Queiroz. Elle informe qu'elle a collaboré aux enquêtes et réitère sa confiance à la Justice afin que les faits soient clarifiés. »

Arthur Guimarães

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Traduction manuelle et note du traducteur : à propos du président de l'Alerj, des dizaines d'enquêtes journalistiques et judiciaires - ici, là, encore ici et puis là, aussi ici - encerclent André Ceciliano, du parti PT, sur des fortes suspicions de corruption, depuis de nombreuses années. Ce mois de novembre 2020, Ceciliano a appelé à voter pour un candidat neofasciste du parti PSL.


 




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