Argentine: le bien foncier caché du président Macrì, 1.000 millions de pesos

La fortune totale de Macrì est dix fois supérieure à celle déclarée sous serment en 2016. Le PR n’a pas déclaré un terrain de 32,5 ha, d’une valeur sur le marché de 1.000 millions de pesos. Sis à Bella Vista au nord de Buenos Aires, s’y est construit le condominio Buenos Aires Village. Journaliste, Horacio Verbitsky, pour Pagina12 a publié dimanche 20/8 l'enquête explosive, que nous traduisons.

La fortune du président Macrì est dix fois supérieure à ce qu’il a déclaré sous serment et dépasse aisément la fortune de tous ses ministres et employés. Par ses possessions cachées, il est propriétaire de 32,5 hectares dans la région des quartiers privés, situés au nord de la banlieue de Buenos Aires. Son évaluation fiscale, à ce terrain, est de 122 millions de pesos, sa valeur lors de l’acte notarié de 477 millions de pesos et sur le marché d’au moins 1.000 millions de pesos, en accord avec les prix que demandent les agences immobilières de la région. Cependant, il ne figure dans aucune des déclarations de biens présentées par le mandataire, qui en 2012 avait nié être le propriétaire de ce terrain.
Au cadastre de la province de Buenos Aires il a été enregistré quand le département de General Sarmiento n’avait pas été subdivisé ; aujourd’hui il correspond à Bella Vista, dans le département de San Miguel. Mais ce n’est déjà plus un terrain en friche car là s’est construit le quartier privé (condominio) Buenos Aires Village, qui, selon son concepteur immobilier comprend 250 maisons, sur un terrain unitaire de presque mille mètres carrés de surface. Une de ces parcelles s’offre pour 220.000 US$, ce qui équivaut à 3,9 millions de pesos.
Le premier média à révéler cette information fut le site Perfil en 2012. Il soutenait que pour construire ce quartier, « Macrì et sa famille » avaient dû obtenir une exception au plan d’occupation des sols qui ne permettait de construire qu’un rez-de-chaussée et un étage. Le deuxième maire-adjoint à la construction de San Miguel, José Richards, qui avait était employé de Macrì et maintenant fait partie de l’équipe de la bonne fée ("Hada Buena") de Buenos Aires, géra l’exception, agrégée. Le maire, Joaquín De la Torre, la transmit au Conseil de délibération, afin de permettre la construction de rez-de-chaussée, de deux étages et d’une terrasse.
Mais Macrì a nié, via son porte-parole, avoir fait transmettre l’exception à San Miguel, car, a-t-il dit « les terrains étaient vendus depuis des années par l’entreprise Emdico, qui fut celle qui se chargea de la commercialisation du quartier en question ».
José Richards a déménagé à La Plata avec Joaquín De la Torre quand l’ex-maire devint ministre de la Production de la Province de Buenos Aires et dans la foulée ministre du gouvernement de la même province.
La version que les porte-parole de San Miguel nous ont donnée est que « l’ordonnance qui a approuvé l’urbanisation a été signée une fois que Jorge O’Reilly a acheté à Macrì ce terrain qui avait appartenu à sa mère, et en a revendu une partie à des promoteurs immobiliers locaux qui ont construit des studettes. Le dossier d’autorisation à Jorge O’Reilly pour développer le quartier privé a été transmis au niveau de la Province de Buenos Aires, qui n’a jamais répondu. Dans la même situation se trouvent environ cent quartiers privés, qui se sont construits sans avoir reçu le cachet définitif de la Province ». 

Macrì également propriétaire d’une parcelle voisine, non déclarée elle aussi.

Ceci n’explique pas pourquoi Macrì n’a jamais déclaré la possession du terrain ni les fonds mis pour sa vente. Le quartier Buenos Aires Village a été construit par Emprendimientos Inmobiliarios de Interés Común (Eidico) un des plus importants promoteurs immobiliers du pays. Sur 32,5 hectares se sont construites 250 maisons avec une superficie médiane de 915 m2 pour chacune. Selon Eidico, le Village «  est voisin du Buenos Aires Golf et partage son accès direct par l’autoroute Buen Ayre. Il compte un terrain de football, 4 courts de tennis, une piscine et un espace de loisir pour enfants. De plus, il y a un Club House, en concession, qui permet aux propriétaires des pauses gastronomiques. Buenos Aires Village a un double accès, ce qui permet une meilleure circulation des automobiles ».
Au début de cette décade, l’âme de Eidico, Jorge O’Reilly Lanusse, confiait au magazine économique Reporte Inmobiliario qu’au commencement de sa carrière il a été inspiré par son oncle maternel et actuel associé, Patricio Lanusse, qui a acheté avec un groupe d’amis cinq hectares à La Horqueta. « Tout de suite après ils ont changé la classification des terres ». Ceci est une des clefs du business immobilier, de la corruption municipale et de la difficulté de le changer avec des avantages sociaux
Malgré le démenti de Mauricio Macrì, cinq ans plus tard, le terrain continue de faire partie de son patrimoine. Ce 13 juillet 2017, Macrì et son frère Gianfranco ont inscrit une demande de subdivision de condominio au Registro de la Propiedad de la Province de Buenos Aires. La minute d’inscription de la rubrique 36432, qui mentionne Macrì comme marié en troisièmes noces avec Juliana Awada, renvoie à la parcelle 209-d, où se construit le Buenos Aires Village.
Selon l’agence de recouvrement de Buenos Aires, l'ARBA, l’évaluation fiscale du terrain est de 122,283.646 millions de pesos et l’impôt à payer le 29 août 2017 atteint 2,4 millions de pesos. Le même document signale que la superficie du terrain est de 32,5 hectares et que la superficie construite est de 69.990 m2.
Ces 122 millions de pesos dépassent de 50% les biens de Macrì contenus dans sa dernière déclaration assermentée, de 2016, qui atteint 82,6 millions. Si l’on y ajoute les 44 millions de pesos de la fiducie aveugle dans laquelle il dit avoir mis une partie de ses biens, le total est de 126,6 millions, seulement quatre millions au-dessus de l’évaluation fiscale de ce seul terrain.
La figure de la fiducie aveugle n’existe pas dans la législation argentine et Macrì l’a invoquée comme preuve de sa volonté de transparence pour éviter des conflits d’intérêts, avec la même impressionnante technique de manipulation de l’information avec laquelle il reprendrait à zéro la négociation de la dette du Correo, qui continue sans avancée jusqu’à aujourd’hui. En réalité, il s’agit d’une fiducie opaque, car l’on ne sait ce qu’elle contient, de manière certaine. La fiducie n’est pas aveugle pour le président mais hors vue de la société civile, avec laquelle l’effet réel est l’opposé à celui poursuivi.
Il y a deux mois, le magazine Noticias a interviewé José María Fernández Ferrari, le fondé de pouvoir en charge de la fiducie. Son associé, Carlos D’Alessio, a démissionné du poste de fondé de pouvoir général de la Nación pour que Macrì puisse alléguer qu’il n’avait aucun contact avec l’administrateur d’une partie de ses biens et qu’il n’y avait pas de conflit d’intérêts. Ceci n’exclut pas une surréaction: Fernández Ferrari a déclaré que Macrì et lui-même n’ont pas signé l’accord ensemble mais en des moments distincts et qu’il ne l’avait jamais rencontré. Dans le même article, le magazine affirme que les biens que Fernández Ferrari administre sont les quinze étages d’un immeuble nouveau dans le quartier de La Boca, à Buenos Aires, plus des actions et des terres.
La déclaration sur l’honneur du président comprend une propriété en Uruguay, léguée quelques jours avant la mort de l’oncle Jorge Blanco Villegas, en avril de 2011; des parcelles de terrains à Tandil, Pilar, Salta et à Buenos Aires; des actions dans les sociétés ECosta SA, Agropecuaria del Guayquiraro, Molino Arrocero Rio Guayquiraro, Yacylec, Maria Amina, et 4 Leguas; et sa participation dans le Fideicomiso Inmobiliario Caminito.
Aucun de ces biens n’a de rapport avec le terrain de Bella Vista, évalué fiscalement à 122 millions de pesos, pour lequel il ne peut s’agir des mêmes. De plus, seuls ces 32,5 hectares valent autant que tous les biens présidentiels, avec ou sans la fiducie opaque. 

En 1995, la propriété était divisée entre les deux frères et la Mandataria y Immobiliaria Litoraleña.

Pour le Registro Bonaerense de la Propiedad, la valeur lors de l’acte de vente du terrain est de 477 millions de pesos. La valeur de l’acte est utilisé pour calculer les taxes fiscales et les impôts d’héritage. Il est toujours supérieur à la valeur fiscale mais inférieur à la valeur vénale ou sur le marché de la propriété, qui dans ce cas est le double selon les évaluations des agences immobilières qui vendent des terrains dans le même quartier privé et autres environnants.
Le Cadastre de Buenos Aires identifie la ville de San Miguel avec le code 131. La parcelle adjacente à la précédente (209-c) appartenait aux sœurs María Lía, Anabel Gloria et Celina Gisela Busco Bayón, qui l’ont vendue indivisée à Gianfranco Macrì – un des frères du président – marié depuis lors avec Eliana Badesich -, à Mauricio Macrì alors marié à Isabel Menditeguy, et à la société Inmobiliaria y Mandataria Litoraleña SA.
La part de Mauricio Macrì a été bloquée en février 2007par ordre du tribunal civil 4 de Buenos Aires à la demande son épouse Isabel Menditeguy, de qui il s’était séparé. L’embargo a été levé le 12 novembre de la même année, un mois avant que Macrì devienne pour la première fois maire de Buenos Aires.

La déclaration sur l‘honneur du président inclut des terres et des immeubles à Tandil, Pilar, Salta et à Buenos Aires, mais n’inclut pas les terrains de San Miguel.

La Sociedad Anónima Inmobiliaria y Mandataria Litoraleña a été fondée en 1978 et présidée jusqu’à sa mort - le 13 avril 2011 - par Jorge Alberto Blanco Villegas, oncle maternel du président. Son activité principale a été de « services immobiliers réalisés pour son propre compte, avec des biens urbains propres ou loués ». Le domicile fiscal de cette société est Avenida del Libertador 498, 28e étage, à Buenos Aires, dans le même immeuble – connu comme El Rulero - où la SOCMA, la SIDECO et Correo Argentino, ont leurs sièges, à d’autres étages.
Par la subdivision de condominio inscrite il y a un mois par Gianfranco et Mauricio Macrì devant le Registro de la Propiedad de la Province de Buenos Aires, ce qui était avant trio avec Inmobiliaria y Mandataria Litoraleña, devient maintenant moitiés, une pour chaque frère. Dans un des terrains limitrophes un autre quartier privé se trouve et dans un autre le Buenos Aires Golf Club, sur la parcelle 209-c. Cela veut dire que ces terrains continuent d’être propriétés du président jusqu’au jour d’aujourd’hui.
Un autre bulletin de l’ARBA a été émis au nom de Mauricio Macrì pour la parcelle 209-E, mitoyenne avec la précédente. Dans ce cas, la superficie est de 17,3 hectares et la partie construite est de seulement 1.416 m2. Sa valeur fiscale est de 11,6 millions de pesos et l’impôt à payer en fin de ce mois est de 107.000 pesos. Ces 11,6 millions ne figurent pas non plus sur la déclaration sur l’honneur.

Cessions on line

Dans la sous-division du condominio, le notaire mandaté fut Bernardo Mihura de Estrada. Comme mandataire, l’entrepreneur Mateo María Salinas a représenté le président et son ex-épouse Isabel Menditeguy. Leur relation n’est pas récente: Macrì lui a donné ce pouvoir le 28 octobre 2012.
Mihura de Estrada et Salinas sont des noms qui attirent l’attention dans une similaire tâche pour Macrì: un des huit frères du notaire, Gabriel Mihura de Estrada, a été le principal assesseur juridique de Sergio Tomás Massa, à la ANSES y à la directon du cabinet de ministres. Les deux sont les neveux du secrétaire d’Etat au Culte Catholique, Santiago de Estrada de la Torre.
Le mandataire de Macrì, Mateo María Salinas, est le gérant général de Eidico et gendre de son fondateur, Patricio Lanusse. Jorge O’Reilly Lanusse a été également assesseur de Sergio Tomás Massa à la direction de cabinet de ministres, en 2008. 
Eidico se définit comme une entreprise de services avec un système intégré de commercialisation de coûts, quasiment comme une coopérative de petits investisseurs qui participent du business de transformer une part de terrain en urbanisation – avec toute son infrastructure. Comme administrateur et mandataire, généralement sous la façade d’une fiducie, Eidico a développé plus d’une cinquantaine de quartiers privés, la majeure partie au nord de la Province de Buenos Aires, et d’autres dizaines de projets d’investissements commercial dans des centres commerciaux, clubs de golf, à Ushuaia (Argentine), Carmelo (Uruguay), Miami (Floride) et Córdoba (Argentine). Le mandataire de Macrì, Mateo María Salinas, a été le premier salarié d’Eidico et est devenu la main droite d’O’Reilly. Il est aussi le gendre du fondateur, Patricio Lanusse, oncle de Jorge O’Reilly.
Quand a commencé la construction du quartier privé, Rodolfo Taurrabela, descendant d’une famille de comissaires-priseurs de la ville de Ramos Mejía, a inauguré là une inusitée modalité de vente d’immeubles « Je dessine un système d’investissement qui permet d’acheter à partir de 5 m2. Et je certifie que chaque mètre carré linéaire - comme se nomme ce type d’achat -  représente une partie d’un immeuble, et permet tout autant d’aditionner jusqu’à l’obtention d’un appartement comme de simplement posséder les mètres linéaires et obtenir une rentabilité proportionnelle au pourcentage ». Dans une vidéo promotionnelle, Tarraubella explique que « l’investisseur peut acquérir une fraction d’un appartement sans en être redevable et formaliser l’opération comptable - sans les solennités imposées par notre Code Civil – avec un bulletin d’achat-vente transférable ».
Joint, Jorge O’Reilly nous informe qu’ « au final de ce processus, chacun de nos clients reçoit reçoit son unité déjà divisée, avec le titre de propriété définitif ». Entre-temps, il y a un processus qui, selon Eidico, peut durer des années et qui se traite avec un outil électronique appelé Cesiones Online. « Comme beaucoup des parcelles n’ont pas encore le document individuel, elles doivent se transférer au moyen d’une cession de droits. Ceci permet que la certification de la titularité des produits d’Eidico soit un pas fondamental pour la sécurité et la transparence du processus », dit-il.
Notre question voulait éclairer le fait qu’un même terrain appartienne à Macrì et en même temps soit occupé par les maisons de Buenos Aires Village. La réponse d’O’Reilly est que les occupants des maisons ont chacun leur titre de propriété. Il est clair que le même terrain ne peut avoir deux propriétaires distincts en forme simultanée. De telle manière que Macrì a la possession du terrain, comme l’indique le registre de la propriété et l’agence de recouvrement de la Province de Buenos Aires, ou bien l’argent qu’il a perçu pour sa vente. De toute manière, il aurait du le déclarer parmi ses biens et ne l’a pas fait.

Blanco Villegas, le nerf de la guerre

Avec 26.381 hectares dans la Province de Buenos Aires, dont 18.000 ha acquis entre 1989 et 1996, le Grupo Agropecuario Blanco Villegas fait partie du petit cercle des grands propriétaires d’Argentine. Les autres actionnaires du groupe ont été la sœur de Jorge Blanco Villegas et mère du président Macrì, Alicia Blanco Villegas; la troisième soeur, Lía Esther Blanco Villegas; la mère de tous, Argentina Cinque; le frère du président, Gianfranco Macrì, et Julio H. D’Hers, propiétaires des sociétés Cabalgando, Quequén Grande, Agropecuaria San Juan de Deane, Las Tijeretas, Los Aperos, El Tinglado, El Jilguero, El Patacón, La Cebadilla, La Reserva et quatre condominios.
Jorge Blanco Villegas a été président de la Unión Industrial Argentina (UIA), grâce à son entreprise Philco installée dans le paradis subventionné de Tierra del Fuego. Il a été également concessionaire de Fiat quand les Macrì ont dirigé son implantation en Argentine, et a dirigé le Banco Comercial. Une partie de sa fortune a été héritée par Mauricio, qui s’identifiait plus à cet oncle qu’à son père.
Parmi les biens que le président Macrì a hérité de l’oncle Jorge est l’entreprise Inmobiliaria y Mandataria Litoraleña, dont la présidence à la mort de Jorge Alberto Blanco Villegas a été assumée par sa soeur Alicia, la mère du président.
Jorge Blanco Villegas était aussi président de Conklin Pacific LTD, une compagnie offshore dont le siège était aux Îles Vierges britanniques, qui en 1998 a été vendue à New Charlotte LTD, quand sa valeur était de 11,9 millions de dollars, selon l’enquête sur les Panama Papers effectuée par le journaliste de La Nación, Hugo Alconada Mon. Selon ce quotidien, Conklin Pacific avait comme objectif « de veiller au business d’une compagnie d’investissement, fournir des services administratifs, exécutifs et de conseil, acheter, vendre, louer des immeubles et commercialiser des biens fonciers en tous secteurs ».
Pour l’héritage de Blanco Villegas, le président a « déclaré que son patrimoine avait augmenté de 84% » en 2012 « ont expliqué à cette époque des porte-parole de l’alors maire de Buenos Aires », ajoutait le quotidien. Néanmoins, cette nouvelle ne figure pas dans la déclaration sur l’honneur de Mauricio Macrì, qui en 2012 était dans son deuxième mandat de maire de la capitale.
Dans la déclaration sur l’honneur de 2014 de Maurizio Macrì, apparaît une « Inmobiliaria Litoraleña » (à la place de « Inmobiliaria y Mandataria Litoraleña »). Macrì a déclaré qu’elle est entrée dans son patrimoine en 1998. Au début de la période, elle valait 0 peso et à la fin de 2014 valait 0,01 peso. Il est revenu la déclarer pour une valeur de 0,01 peso au début de 2015, mais elle ne figure déjà plus dans sa déclaration fin 2015, ni dans la déclaration sur l’honneur de 2016.
Gianfranco Macrì préside le Buenos Aires Golf Club. Son expert-comptable titulaire est le secrétaire légal et technique de la présidence de la République, Pablo Clusellas, et l’expert-comptable suppléant est Jorge Ledesma, notaire habituel du président Macrì. Les affaires familiales sont inextricablement liées au gouvernement.

H.V.

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Questions sans réponses

Avec l’objectif de formuler des questions spécifiques sur le Buenos Aires Village et sa relation au président, de tant de confiance qu’il a pour être son mandataire, j’ai demandé à Jorge O’Reilly le contact de Mateo María Salinas. Il m’a répondu qu’il préférait lui-même centraliser toutes les informations. Je lui ai remis, donc, ce questionnaire :
- Quand a été acheté le terrain de 32,5 hectares sur lequel ils ont construit Village Buenos Aires ?
- Quand ont-ils fini de le payer et à quel prix ?
- Combien de lots ont été vendus ?
- Pourquoi Mateo Salinas a été le mandataire lors de la division du domaine avec son frère ? A ce moment là, le contact avec O’Reilly a cessé, et il n’a pas répondu. La même chose s’est produite avec Rodolfo Tarraubela quand je lui ai envoyé un questionnaire sur son innovation des mètres linéaires carrés. Je lui ai demandé comme il pouvait superposer les 5m2 d’un acheteur avec le titre de propriété original.
Ce silence est compréhensible, puisque ces questions ont touché un nerf hyper sensible. Avec l’indépendance des réponses, le fait prouvable de manière documentée est que Macrì n’a déclaré ni les terrains ni l’argent reçu pour sa vente.

Je remercie pour leur aide, dans la vérification des données, Mariana Escalada et Ari Lijalad .

 
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Dans l’après-midi du lundi 21 août 2017, Horacio Verbitsky a publié, dans le même Página/12, sa réaction à une réponse d’un porte-parole du président Macrì, suite à l'enquête du dimanche 20/8.

Macrì essaye de nier

Le président Mauricio Macrì essaye de démentir l’article publié dimanche dans Página/12, à propos du terrain de 32,5 hectares á Bella Vista qu’il n’a pas inclus dans ses déclarations sur l’honneur et dont la valeur fiscale équivaut à la totalité de ses biens déclarés, 122 millions de pesos. Il ne l’a pas fait de manière directe, sinon via un porte-parole à la télévision du Grupo Clarín et la question a été présentée par le quotidien comme une polémique entre journalistes.

Selon le porte-parole de Macrì, ce terrain a été vendu en 2007 par l’actuel président, pour un million de dollars, déposés sur un compte de Banco Galicia. Sur ce terrain, le promoteur immobilier Eidico a construit et vendu le quartier privé Buenos Aires Village.
Ce que le président et son porte-parole n’expliquent pas est comment, si ce terrain a été vendu il y a dix ans, le 13 juillet 2017 le président et son frère Gianfranco ont réalisé une immatriculation de division de condominio devant le Registro de la Propiedad de la Province de Buenos Aires. Telle que le montre la facture de l’agence de recouvrement de la Province de Buenos Aires (ARBA) dont nous avons publié le fac-similé.

Macrì possède également une parcelle mitoyenne dont l’évaluation fiscale est de 11,6 millions de pesos. La valeur fiscale du premier terrain est de 122 millions de pesos, mais dans l’acte déposé par le président et son frère, le mois dernier, la valeur stipulée est de 477 millions de pesos. La valeur stipulée (« Valor al Acto ») est utilisée pour calculer les taxes fiscales et les impôts sur l’héritage. Elle est toujours supérieure á l’évaluation fiscale mais inférieure à la valeur vénale, ou du marché, de la propriété, qui dans ce cas est le double, selon l’avis des agences immobilières qui offrent des terrains dans le même quartier privé et dans d’autres aux alentours. La valeur, sur le marché, de ce terrain passerait à 900 millions de pesos.

L’ultime déclaration sur l’honneur du président, correspondante à l’année 2016, déclare des biens pour 82,6 millions de pesos ; mais Macrì, en plus, a une fiducie opaque avec 44 autres millions de pesos. La figure de la fiducie aveugle n’existe pas dans la législation argentine et Macrì l’invoque comme preuve de sa volonté de transparence pour éviter les conflits d’intérêts, avec la même impressionnante technique de manipulation de l’information par laquelle il dit qu’il reprend à zéro la négociation sur la dette du Correo, qui continue jusqu’à aujourd’hui sans nouvelle avancée.

En réalité, il s’agit d’une fiducie opaque, car on ne sait ce qu’elle contient exactement. La fiducie n’est pas aveugle pour le président mais protégée de la vue de la société civile, avec laquelle l’effet réel est inverse à celui poursuivi. La somme de la déclaration sur l’honneur, plus les biens de la fiducie opaque, donnent un total de 126,6 millions de pesos. L’évaluation fiscale de l’ARBA des deux terrains – dont le fac-similé est joint à notre article – est de 133 millions de pesos et dans les déclarations sur l’honneur de Macrì ce terrain n’a jamais figuré, ainsi que l’argent obtenu pour sa vente.


H.V.

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Trois notes du traducteur

- Francesco "Franco" Macrì (1930), père du président, s’est marié avec  Alicia Blanco Villegas (1943) en 1958, alors âgée de quinze ans. Elle est fille d’une famille fortunée de la ville de Tandil (société Philco, etc.) Elle a eu quatre fils: Maurizio, Sandra, Mariano et Gianfranco.
- Jorge Alberto Blanco Villegas est décédé en 2011.
- J'ai ajouté l'intertitre "Blanco Villegas, le nerf de la guerre"


L'enquête originale de Horacio Verbitsky a été publiée ici, dans Pagina 12
https://www.pagina12.com.ar/57798-negro-el-diez

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