Brésil: Le ministre de l'environnement nommé aux CA de deux opérateurs aéroportuaires

Ses rémunérations sont inconnues. Ricardo Salles, ministre de l'environnement, fanatique bolsonarista qui hait les écologistes et prétend privatiser la surveillance de l'Amazonie, occupe désormais aussi deux sièges dans deux conseils d'administration de sociétés privées de gestion aéroportuaire, dont l'une, l'Argentine Inframerica, est la filiale d'une holding qui a son siège au Luxembourg.

Bolsonaro et Ricardo Salles, le 23/10/20, à Brasilia. © Adriano Machado / Reuters Bolsonaro et Ricardo Salles, le 23/10/20, à Brasilia. © Adriano Machado / Reuters

 

par Rubens Valente

 

Au milieu de répercussions majeures - les incendies dans le Pantanal et l'Amazonie et la croissance de la déforestation en Amazonie légale -, le ministre de l'environnement, Ricardo Salles, a pris ses fonctions en tant que membre des conseils d'administration de deux sociétés concessionnaires de service public qui gèrent les aéroports internationaux de Guarulhos (São Paulo) et de Brasília (Distrito Federal).


Salles a été indiqué pour ce poste par l'Infraero, une entreprise publique fédérale liée au ministère de l'infrastructure, dirigée par le ministre [militaire] Tarcísio Freitas. Afin que Salles puisse occuper le poste chez le concessionnaire GRU Airport, expert du secteur, le secrétaire national de l'aviation, Ronei Glanzmann, a démissionné de son poste au conseil d'administration.

Analyste à la Banque centrale, Glanzmann a été directeur des politiques réglementaires au secrétariat national de l'aviation civile de 2011 à 2019 et membre du comité d'experts pour la révision du code aéronautique brésilien. Nous avons demandé au secrétariat national de l'aviation la raison de la démission de Glanzmann. L'agence a annoncé qu'il occuperait un poste à l'aéroport de Campinas (SP). « Le secrétaire national de l'aviation civile du ministère de l'Infrastructure, Ronei Glanzmann, a quitté son poste après avoir reçu la mission d'assumer en tant que membre du conseil d'administration du concessionnaire de Viracopos, car cet aéroport a exigé l'attention du gouvernement en raison du processus d'un nouvel appel d'offres pour la gérance qui est en cours ».


La rémunération n'est pas publique, affirment les concessionnaires

Ricardo Salles et les deux concessionnaires, GRU Airport et Inframerica*, n'ont pas informé la plateforme UOL de la rémunération du ministre de l'environnement dans les conseils d'administration. Le concessionaire de Guarulhos a déclaré que le montant payé à ses neuf administrateurs est donné à la CVM (Comissão de Valores Mobiliários).

« En tant que société privée, GRU n'est pas obligée et ne divulgue pas la rémunération individuelle de ses dirigeants. Cependant, en tant que société publique de catégorie B, nous vous informons que le montant annuel global approuvé par l'assemblée générale aux dirigeants est dûment publié avec la CVM ».

L'Inframerica de Brasília a été dans le même sens : « Oui, M. Ricardo Salles est membre du conseil d'administration d'Inframerica depuis août 2020. Il a été nommé par Infraero, qui compte jusqu'à deux sièges au conseil. En tant qu'entreprise privée, nous ne transférons pas [à la presse] les revenus touchés par nos collaborateurs et conseillers ».

Inframerica n'a pas répondu à nos autres questions, parmi lesquelles qui Salles a remplacé au sein du conseil, à combien de réunions il a assisté et si le paiement du conseiller est mensuel, annuel ou par réunion.

Salles a pris ses fonctions dans les deux conseils en août de cette année, après une double nomination par Infraero en juillet, qui a reçu une décision du conseil exécutif d'Infraero « le 17 avril, avec l'approbation préalable de la Casa Civil ("premier ministre") le 14 mai ».

En juillet, le comité d'éligibilité d'Infraero a effectué « la vérification des exigences et des restrictions liées aux nominations d'entreprises publiques dans ses participations minoritaires à des sociétés privées » et était en accord avec les deux nominations.

« Ce comité a donné un avis favorable aux indications suivantes, car [Salles] remplit les conditions prévues par la législation, y compris l'auto-déclaration sur l'absence de restrictions à l'exercice des fonctions correspondantes », indique le procès-verbal du comité.

Pour officialiser l'entrée de Salles au conseil d'administration, le GRU a tenu une assemblée générale extraordinaire uniquement pour cela. Le procès-verbal de la réunion a retranscrit : « M. Ricardo de Aquino Salles déclare qu'il est libre, conformément à la loi, de l'exercice du poste pour lequel il a été élu. La déclaration d'absence d'entrave et les termes de l'investiture sont archivées au siège de la société ».

GRU Airport a également informé que « l'actionnaire Infraero » a indiqué Salles au conseil « dans l'exercice de son droit d'élire les membres du conseil d'administration au prorata de sa participation au capital social de la société ». Le concessionnaire a également déclaré que Salles « a assisté à toutes les réunions après son entrée en fonction », mais sans précisions. « Des informations publiques à ce sujet sont disponibles sur la page RI [relations avec les investisseurs] de GRU et sur le site internet de CVM. »


Ni Ricardo Salles ni le ministère de l'infrastructure ne répondent

Le service communication du ministère de l'environnement a été sollicité en début d'après-midi de ce vendredi (23) pour que le ministre commente sa double nomination dans les aéroports, mais il n'y a pas eu de réponse jusqu'au bouclage de cet article. Nous avons demandé, entre autres points, pour quel motif il avait été nommé pour les deux conseils, quelle était son expérience antérieure dans la gestion des aéroports, qui il a substitué dans les deux conseils, à combien de réunions il a assisté et quelle a été sa rémunération jusqu'à présent.


Nous avons également demandé si le ministre estimait possible de rendre compatibles les agendas de travail en tant que ministre de l'environnement au milieu des crises environnementales (incendies dans le Pantanal et en Amazonie, déforestation dans l'Amazonie légale) avec le travail dans les deux conseils d'administration des aéroports.

L'Infraero a également été sollicité. En milieu d'après-midi, le service communication nous a informé que les réponses seraient envoyées via le ministère de l'infrastructure, mais cela ne s'était produit à l'heure de boucler cet article. Nous avons demandé, entre autres points, quelle était l'expérience antérieure de Salles dans le domaine du transport aérien au Brésil.



Rubens Valente
(24/10/20)

(*) Corporación América International est une holding d'origine argentine diversifiée dans plusieurs industries, dont le siège est au Luxembourg, en Europe.

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Traduction manuelle. 

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