Brésil: vaccination privée, payante et secrète pour des notables du Minas Gerais

Un groupement d'entreprises du secteur du transport de l'Etat du Minas Gerais a importé secrètement le vaccin Pfizer et, violant la loi, n'a rien donné au service public de santé (SUS). Parmi les vaccinés, qui ont pour la plupart payé 600 reais pour les deux doses, figure un ex-sénateur, de droite (MDB) et possiblement un député local du PDT (gauche). Un scoop du mensuel Piauí, ce 24/3 au soir.

par Thais Bilenky

(mercredi 24/3/2021, 17h36)

Un groupe de politiciens et d'hommes d'affaires, la plupart liés au secteur des transports de l'Etat du Minas Gerais, et leurs familles, ont reçu mardi 23 mars 2021 la première des deux doses du vaccin Pfizer contre le covid-19, à Belo Horizonte. Ils ont acheté le vaccin de leur propre initiative et ne l'ont pas transmis au service de santé publique (SUS). La deuxième dose devrait être appliquée à une cinquantaine de personnes dans trente jours. Les deux doses coûtent à chaque personne 600 reais [90 euros, soit la moitié du salaire minimum].

Selon les personnes qui ont été vaccinées, les organisateurs étaient les frères Rômulo Lessa et Robson Lessa, propriétaires de la compagnie de transport Saritur. Un garage d'une compagnie du groupe a servi, à l'improviste, de poste de vaccination. Piauí a appelé et envoyé un message à Rômulo Lessa, qui n'a pas répondu. Le mensuel mettra à jour cette enquête s'il obtient une réponse.

L'ancien sénateur Clésio Andrade, ancien président de la Confédération nationale des transports (CNT), était l'un des récipiendaires. « J'ai 69 ans, ma vaccination [par le SUS] devait avoir lieu la semaine prochaine, je n'en avais même pas besoin, mais je l'ai prise. J'ai été invité, c'était gratuit pour moi », a-t-il déclaré à Piauí.

Le Congrès a approuvé il y a une vingtaine de jours une loi qui autorise l'achat de vaccins par des entreprises privées, mais détermine que toutes les doses doivent être données au SUS jusqu'à ce que les groupes à risque - 77,2 millions de personnes, selon le ministère de la santé - aient été entièrement vaccinés. Le Brésil a vacciné moins de 15 millions de personnes jusqu'à présent. Même après la vaccination des groupes prioritaires, les vaccins achetés par l'entreprise privée doivent être divisés à moitié-moitié avec le SUS, lors d'une opération contrôlée par le ministère. Ce dernier, que nous avons sollicité, n'a pas encore répondu à nos questionnements.

Le projet de loi approuvé par le Congrès a pour auteur le président du Sénat Rodrigo Pacheco (DEM, droite), dont la famille est dans le secteur des transports dans l'Etat du Minas Gerais. Interrogé par Piauí, il a répondu : « Je ne suis absolument pas au courant de cette question. » Le projet a été traité en express au Congrès et, en une semaine, a été approuvé par les deux chambres. Quelques jours plus tard, le président Jair Bolsonaro l'a sanctionné. Après la publication de notre enquête, le président du Sénat a déclaré que « l'article n'a pas été heureux quand il m'insère dans un fait auquel je n'ai pas même participé de loin et avec lequel, s'il a existé, je ne suis pas en accord. Et la loi en question n'admet pas la vaccination privée, mais l'acquisition de vaccins pour les donner au SUS ».

Selon le quotidien Folha de S.Paulo, la famille de Pacheco dirige deux entreprises du secteur, Viação Real et Santa Rita. Aussi bien à l'Assemblée qu'au Sénat, Rodrigo Pacheco a œuvré à la défense du secteur des transports. Le sénateur est l'auteur de l'indication du nom pour présider l'ANTT, l'agence de régulation du secteur des transports, mais le nom n'a pas encore été approuvé. M. Pacheco a déclaré qu'il ne mélange pas ses affaires privées avec son activité parlementaire.

Le député de l'État de Minas, Alencar da Silveira (PDT, centre gauche), a également été vacciné, selon les rapports des personnes présentes. M. Silveira a déclaré qu'il avait déjà eu le covid, mais qu'il est allé se faire vacciner avec l'autorisation de son médecin. À Piauí, il a déclaré avoir déjà été infecté par le nouveau coronavirus et a nié avoir participé à la vaccination parallèle. « Je ne sais pas, non. J'aimerais bien le faire, mais j'ai le coronavirus et je ne peux pas le faire », a-t-il déclaré.

Selon des récits, le groupe a été vacciné par une infirmière qui a tardé à le faire parce qu'elle vaccinait un autre groupe à Belgo Mineira, une entreprise minière qui appartient aujourd'hui à ArcellorMittal Aços. Contactée, Belgo Mineira ne nous a pas répondu.

Le laboratoire Pfizer a été contacté par Piauí, et a répondu par un communiqué, qu'il « nie toute vente ou distribution de son vaccin contre le covid-19 au Brésil hors du Programme national de vaccination. Le vaccin Comirnaty n'est pas encore disponible sur le territoire brésilien. Pfizer et BioNTech ont signé un accord avec le ministère de la santé qui permettra la fourniture de 100 millions de doses du vaccin contre le covid-19 au long de l'année 2021 ».


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Traduction manuelle. C'est le traducteur qui a choisi de mettre en gras deux phrases de l'enquête de T. B. 21h06 locales, le 24/3/21.

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