BRÉSIL «Les conditions politiques pour révoquer Bolsonaro ne sont pas encore réunies»

L'éditorial du 21/1 du conservateur quotidien O Estado de São Paulo rappelle que Bolsonaro «président le plus inepte de l'histoire de la nation» n'a «jamais été à la hauteur de ses fonctions» tout en pointant «la mauvaise capacité de nombreux dirigeants politiques actuels». Le quotidien, qui reste anti «lulopetista», appelle à réformer «l'infrastructure critique de la démocratie».

L'alternative à Bolsonaro

Jair Bolsonaro Jair Bolsonaro
Il est clair pour un nombre croissant de citoyens que Jair Bolsonaro n'est plus en mesure de rester à la présidence et que sa permanence au pouvoir met en danger la vie d'innombrables Brésiliens au milieu de la pandémie de covid-19, en raison de sa conduite ignominieuse de la crise.

Le président le plus inepte de l'histoire de la nation n'est assuré dans ses fonctions, dont il n'a jamais été à la hauteur, que parce que les conditions politiques de sa révocation constitutionnelle ne sont pas encore réunies.

Ces conditions politiques dépendent principalement d'une compréhension non pas liée aux nombreux crimes de responsabilité que Bolsonaro a déjà commis, aujourd'hui plus que suffisants pour un processus de destitution robuste, mais liée au projet de pays qui vise à articuler pour remplacer le populisme enragé du bolsonarismo.

Il n'est jamais trop important de se rappeler que le bolonarismo n'a triomphé lors de la campagne présidentielle de 2018 parce que les forces du centre n'ont pas été en mesure de présenter une alternative électorale puissante au PT, tandis que Jair Bolsonaro a parlé ouvertement de « fusiller » les membres du PT.

Après tant d'années d'élan lulopetista, marqué par la corruption, l'arrogance et l'incompétence, l'électorat a été séduit par « l'authenticité » de Bolsonaro, qui s'est habilement présenté comme le seul capable de vaincre Lula da Silva et d'empêcher le retour au pouvoir du PT.

Il a manqué aux partis traditionnels la compréhension des afflictions de millions de Brésiliens frustrés par le manque de perspectives de croissance personnelle et indignés par tant de promesses non accomplies par les responsables politiques, surtout après être passés par le pouvoir des marchands d'illusions dirigés par le démiurge de Garanhuns *. Historiquement, ces citoyens ont formé la clientèle préférée des populistes, avec leurs solutions simples et radicales - souvent au détriment des piliers institutionnels qui sous-tendent la démocratie.

Ainsi, la tâche des partis politiques véritablement intéressés par le maintien de la démocratie et la création des conditions d'une croissance soutenue du pays est beaucoup plus complexe : la politique traditionnelle doit pouvoir convaincre les électeurs que des sacrifices sont nécessaires pour le développement et, surtout, que de vraies solutions aux problèmes, des plus initiaux aux plus graves, ne soient pas atteintes, en dehors de la concertation politique fournie par le débat public légitimé par les institutions démocratiques. Autrement dit, la négation du bolsonarismo.

Ce ne sera en rien facile - compte tenu notamment de la mauvaise capacité de nombreux leaders politiques actuels - mais la crise brésilienne ne permet pas d'accommodements ou de discours creux. Il ne suffit pas d'aller sur les réseaux sociaux pour attaquer Bolsonaro et réclamer l'impeachment ; il faut construire un discours politique suffisamment fort pour réduire la clientèle du président et offrir une alternative concrète aux désenchantés qu'il a cooptés.

Comme le politologue allemand Jan-Werner Müller, auteur du livre « Qu'est-ce que le populisme ? » l'a déclaré dans une interview à l'Estadão, « il ne suffit pas de dire « nous ne sommes pas Trump ou un autre autoritaire », en référence à l'ex-président des Etats-Unis Donald Trump et ses disciples, comme Jair Bolsonaro. « Nous devons offrir une vision positive qui réponde aux vrais problèmes des gens. »

De plus, a souligné Müller, les élites « doivent avoir le courage de rompre avec les populistes ». Les élites évoquées par le scientifique allemand sont celles qui, exclusivement tournées vers leurs intérêts privés, prêtent leur poids socio-économique à un gouvernement qui, au titre de sauver le Brésil du communisme et du lulopetismo, se distingue par son indécence et son irresponsabilité.

Dans le même temps, il est nécessaire de réformer ce que Müller appelle « l'infrastructure critique de la démocratie », en particulier le système politique, pour le rendre plus représentatif de tous les citoyens, et valoriser une information de qualité contre l'usine d'imbécilités diffusées via les réseaux sociaux. Sans cela, les électeurs continueront de s'enchanter avec la mendicité pathologique de Bolsonaro, donnant une survie politique à qui aurait dû être banni de la vie publique depuis longtemps.

 -------

(*) Note du traducteur : « Le démiurge de Garanhuns », qui évoque péjorativement l'ex-PR Luiz Inácio Lula da Silva, est une expression qui relève la seule responsabilité du quotidien O Estado de São Paulo. Garanhuns est la ville de naissance de l'ex-PR, dans l'Etat du Pernambuco, en 1945.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.