Brésil : L'opération Lava Jato a-t-elle voulu acheter en 2018 le spyware Pegasus ?

Les avocats de l'ex-PR Lula ont envoyé ce 26/7 au procureur-général 9 feuillets où figurent des extraits de conversations sur messagerie où des procureurs de l'équipe judiciaire Lava Jato échangent en 2018 des avis sur l'acquisition possible d'un logiciel espion pour "extraire" les données de téléphones. Les procs de Lava Jato à Curitiba réfutent le contenu de la pièce de la défense de Lula.

Le ministre Ricardo Lewandowski, de la Cour suprême (STF) - nommé là en 2006 par l'alors PR Luiz Inácio Lula da Silva - a envoyé le 26 juillet au procureur-général de la République (PGR) Augusto Aras (nommé par Bolsonaro) et au contrôleur-général du Parquet fédéral un document rédigé par la défense de l'ancien président Luiz Inácio Lula da Silva insinuant que l'opération judiciaire anticorruption Lava Jato, en 2018, a négocié l'achat du programme d'espionnage Pegasus avec une société israélienne. Un Document envoyé par la défense de l'ex-PR Luiz Inácio Lula da Silva. (pdf, 601.5 kB), dans lequel la défense explique avoir fait une nouvelle analyse des pièces saisies dans l'opération Spoofing. En effet, en 2017, les membres de la désormais éteinte opération Lava Jato avaient l'intention de créer un " bunker ", comme ils l'appelaient, dans le bureau du procureur Deltan Dallagnol, à Curitiba (PR) alors coordinateur de Lava Jato, ce qui impliquait précisément l'acquisition de logiciels de cyber espionnage, comme c'est le cas de l'israélien Cellebrite* et d'autres systèmes permettant la création d'une base de données.

Selon le document rédigé par la défense de l'ex-PR Lula, un extrait des conversations recueillies dans un groupe de conversation sur une messagerie de téléphone, intitulé " Filhos de Januário", du 31 janvier 2018, montre que des membres de la force opérationnelle Lava Jato, à Rio de Janeiro comme à Curitiba, ont rencontré des représentants d'une entreprise israélienne qui vendait une " solution technologique " qui " envahit les téléphones portables en temps réel (permet de connaître la localisation, etc.) ", comme l'a dit le procureur Júlio Noronha - qui a ensuite été identifié formellement comme l'israélien Pegasus.

Extrait :
" Il y a des problèmes, comme le coût, et des obstacles juridiques à toutes les fonctionnalités (par exemple, ouvrir le micro pour écouter en temps réel, etc.). Quoi qu'il en soit, le représentant de la société sera ici à CWB [Curitiba] et nous avons programmé sa venue à 17 heures. Quiconque qui pourrait assister à la réunion serait le bienvenu ! ", a déclaré le procureur. Diogo Castor a déclaré avoir lu un article sur le logiciel : " Les Italiens l'utilisent pour l'écoute de la mafia ".

Plus loin dans la conversation, le procureur Januário Paludo demande : " Nous n'avons pas besoin des téléphones portables originaux pour extraire les données ? " et Júlio Noronha lui répond : " Dans ce cas, non ; l'extraction se fait à distance et en temps réel. Nécessaire de voir les fonctionnalités, s'il est possible d'être invisible (...) penser surtout aux limites juridiques. De toute façon, je trouve que c'est bien de connaître ce logiciel, pour le moins ".

Les procureurs de l'ex-opération anticorruption Lava Jato à Curitiba, quant à eux, réfutent en bloc le contenu du document de la défense de Lula. " Nous n'avons jamais négocié l'acquisition d'un équipement ou d'un système, et n'en avons pas eu l'attribution. Tous les systèmes achetés par le ministère public l'ont été par sa direction, qui n'a pas été intégrée par les procureurs de Lava Jato, et sont passés par des procédures d'achat formelles afin de garantir le respect des exigences légales."

Et ils affirment qu' " il n'y a jamais eu d'acquisition ou d'utilisation clandestine d'un quelconque système par l'équipe judiciaire de l'opération Lava Jato. La vérité est que le système Pegasus de la société NSO Group n'a pas été acquis par le ministère public fédéral du Paraná (MPF/PR). (...) Au fil du temps, plusieurs entreprises ont sollicité les membres de Lava Jato pour proposer des solutions technologiques. Elles ont été suivies afin que l'on puisse connaître les systèmes et évaluer si leur acquisition serait dans l'intérêt public. Dans les cas où les solutions se sont avérées viables et potentiellement utiles pour le travail, les propositions ont été transmises à l'administration du MPF, ce qui n'était pas le cas du système évoqué."


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(*) Le système Cellebrite est utilisé au niveau national par le Parquet fédéral (MPF), par la police fédérale (PF).

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