Brésil: Bolsonaro refuse de déposer à la police fédérale sur sa supposée interférence

Le président neofasciste Jair Bolsonaro a fait savoir à la Cour suprême (STF), via l'avocat-général (AGU) du pays, ce jeudi 26 novembre, qu'il refusera de déposer et d'être auditionné par la police fédérale dans l'enquête qui veut dénouer la supposée tentative du PR d'interférer dans l'autonomie de la corporation policière.

Jair Bolsonaro Jair Bolsonaro
L'enquête sur les possibles interférences dans les hautes directions de la police fédérale par le PR Jair Bolsonaro est paralysée depuis le 17 septembre 2020 en raison de l'incertitude sur le témoignage du président de la République.

Ce jour-là, le ministre de la Cour suprême (STF) Marco Aurélio Mello a suspendu l'enquête et a décidé qu'il appartiendrait à la Cour suprême de décider si Bolsonaro pouvait envoyer une déclaration écrite ou, s'il le préférait, choisir une date pour être entendu. Mais jusqu'à présent, la question n'a pas été résolue par le STF.

Le gouvernement essayait d'autoriser Jair Bolsonaro à témoigner par écrit, au lieu de comparaître en personne, comme l'avait déterminé le ministre, aujourd'hui à la retraite, Celso de Mello. Le 26 novembre, l'avocat général du pays (AGU) - José Levi Mello do Amaral Junior, nommé par Bolsonaro en avril 2020a informé le tribunal que le président Bolsonaro avait renoncé à effectuer son témoignage et que l'enquête pouvait être reprise.

Dans le document adressé au STF, l'AGU fait part de la volonté de « refuser les moyens de défense qui ne lui ont été fournis que par la présence dans le dit ordre ».

L'AGU déclare également qu' « il demande la transmission immédiate des dossiers à la police fédérale pour la préparation du rapport final à soumettre, un acte continu, toujours dans l'extension actuelle, au ministère public fédéral (MPF) ».

Cette demande de l'AGU sur la conclusion des enquêtes sera analysée par le ministre du STF Alexandre de Moraes, rapporteur de l'affaire depuis octobre 2020.

Comme personne sur qui l'on enquête, Jair Bolsonaro a la prérogative de garder le silence en cas de déposition. Même si la police fédérale fixe une date d'audition, Bolsonaro peut ne pas venir au rendez-vous sans être puni. Le 14 juin 2018, six* des onze ministres du  STF ont interdit la nommée « conduite forcée », lorsque la personne investiguée ou bien le prévenu était obligé de venir déposer.

L'audition du président de la république est pointée comme l'une des dernières mesures pour la conclusion de l'enquête.

L'ouverture de l'enquête a été autorisée fin avril 2020 et est basée sur la plainte déposée par l'ancien ministre de la Justice Sergio Moro, qui a démissionné, alléguant la tentative présumée de Bolsonaro d'interférer avec la police fédérale pour protéger les membres de sa famille et ses alliés.

Jeudi, l'avocat Rodrigo Sánchez Rios, qui assure la défense de l'ex-juge et ex-ministre Sergio Moro, a publié la note suivante:
« La défense de l'ex-ministre Sergio Moro reçoit avec surprise le refus du président de la République de se plier à la détermination de témoigner dans une enquête dans laquelle il fait l'objet d'une enquête. Le refus de fournir des éclaircissements, par écrit ou en personne, apparaît sans justification apparente et contraste avec les éléments recueillis par l'enquête, qui demandent des explications au président de la République. »

Alors rapporteur de l'affaire au STF, le ministre Celso de Mello avait décidé le 11 septembre 2020 que le président Jair Bolsonaro devrait témoigner en personne dans l'enquête sur une ingérence présumée dans la police fédérale (PF).

Le ministre Celso de Mello avait également refusé que les réponses soient soumises par écrit. Selon l'enquête, Jair Bolsonaro devrait assister au rendez-vous demandé de la police fédérale - mais avec le droit de garder le silence.

Le rapporteur avait en outre déterminé que la défense de Sergio Moro pourrait accompagner l'interrogatoire et poser des questions au président de la république. L'avocat-général du Brésil (AGU) - nommé par le PR Bolsonaro - a fait appel et, le procès, le 8 octobre 2020 (VIDEO) en assemblée plénière, n'a été ouvert qu'au seul vote du ministre Celso de Mello lui-même, qui a pris sa retraite la semaine suivante.


(*) Les six ministres qui ont voté contre la « conduite forcée » sont Gilmar Mendes, Rosa Weber (nommée là par l'ex-PR Dilma Rousseff), Dias Toffoli (nommé par l'ex-PR Lula), Ricardo Lewandowski (nommé par l'ex-PR Lula), Marco Aurélio Mello, Celso de Mello.

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(rédaction et traduction manuelle et partielle, le 27/11/2020, d'un article du site G1)

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