Brésil: au Sénat, la CPI vise la promesse d'achat d'un vaccin, à 5 milliards

Tout comme existent des suspicions, pour la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la pandémie, autour d'un possible achat, via offshore pour 1,6 milliard R$, du vaccin indien Covaxin -non encore approuvé par les autorités sanitaires d'Inde- une seconde promesse d'achat pour un vaccin chinois, pour 5 milliards R$, dévoile l'implication du même député Barros, proche de Bolsonaro.

Ricardo Barros, député fédéral, dans son sixième mandat consécutif. © Carta Capital Ricardo Barros, député fédéral, dans son sixième mandat consécutif. © Carta Capital
Suspicion de corruption, après la découverte par la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la pandémie (CPI) d'une négociation secrète, par le gouvernement, pour l'achat du vaccin chinois Convidecia (CanSino Biologics) avec une société intermédiaire brésilienne, Belcher Farmacêutica, qui est soutenue financièrement par des business men brésiliens, dont des financiers de la campagne électorale de Jair Bolsonaro, le multimillionaire Luciano Hang et le milliardaire Carlos Wizard, para ailleurs zélé religieux néopentecôtiste.

Belcher Farmacêutica a parmi ses actionnaires le fils d'un homme d'affaires - Francisco Feio Ribeiro Filho - proche du chef du groupe à l'Assemblée nationale des députés qui soutiennent la politique du président Jair Bolsonaro, le député fédéral Ricardo Barros (PP, droite dure), actuellement dans son sixième mandat consécutif et déjà sous le coup d'une enquête de la CPI pour être impliqué dans des irrégularités dans l'acquisition d'un autre vaccin, l'indien Covaxin (Bharat Biotech). Ricardo Barros, " un de ces politiques toujours disposés à flatter le gouvernement ", avait été l'auteur d'un amendement parlementaire, le 6 janvier 2021, qui facilitait l'achat de vaccins.

La société pharmaceutique Belcher Farmacêutica a son siège à Maringá, dans l'Etat du Paraná, ville dont M. Ricardo Barros a été maire de 1989 à 1993.

L'homme d'affaires Francisco Feio Ribeiro Filho, dont le fils Daniel Moleirinho Feio Ribeiro est un actionnaire de Belcher Farmacêutica, était président de la société d'urbanisation de la ville, Urbamar, pendant l'administration de Ricardo Barros. Lorsque M. Feio Ribeiro Filho, surnommé " Chiquinho ", a eu 70 ans, en 2016, le frère du député fédéral Ricardo Barros, Silvio Barros - qui a également été maire de Maringá, pour deux mandats, de 2005 à 2013 - a posté sur le réseau social Instagram une photo de lui et de son consort lors de la célébration : " belle fête, méritée et bénie de notre ami Chiquinho Ribeiro".

Lorsque Cida Borghetti, épouse de Ricardo Barros, est devenue gouverneure de l'Etat du Paraná, en 2018, " Chiquinho " s'est retrouvé au conseil d'administration de l'entreprise publique d'assainissement (Sanepar). Il y a deux mois, Cida Borghetti a été nommée par le président de la République Jair Bolsonaro au conseil d'administration de l'entreprise publique Itaïpu  Binacional, qui gère le plus grand barrage hydroélectrique du monde - situé à la frontière du Brésil et du Paraguay et dont la capacité installée est de 12.600 mégawatts - avec un salaire de 27.000 R$ (4.600€).

Jair Bolsonaro et Ricardo Barros. © DR Jair Bolsonaro et Ricardo Barros. © DR
Par ailleurs, Belcher Farmacêutica est la cible de la police fédérale (PF) dans le cadre d'une enquête sur le détournement de fonds publics pour l'achat de tests pour le diagnostic de la covid-19 par le gouvernement Bolsonaro. Selon l'enquête, Emanuel Ramalho Catori, directeur et président de Belcher Farmacêutica, aurait aidé, par le biais de propositions fictives dans un processus de renonciation à l'appel d'offres, des entreprises bénéficiaires de contrats de fourniture de tests, a révélé le quotidien O Globo.

Ricardo Barros était ministre de la santé en 2017, dans le gouvernement Temer, quand une actionnaire de la société Precisa Medicamentos a touché la somme, anticipée, de 20 millions R$ (3,5 millions €), pour des médicaments contre des maladies rares, qui jamais n'ont été livrés. La société Global Gestão em Saúde est actionnaire de Precisa Medicamentos, qui est également intermédiaire pour l'achat, au Brésil, du vaccin indien Covaxin, fabriqué par Bharat Biotech.

M. Francisco Emerson Maximiano est actionnaire de la société Global Gestão em Saúde depuis 2012. Ce monsieur Maximiano est aussi l'actionnaire-administrateur de la société Precisa Medicamentos - qu'il a achetée en 2014 à Orizon, alors une entreprise du troisième groupe bancaire brésilien, Bradesco - et la représente dans les négociations avec le gouvernement, étant actionnaire en 2021 de neuf autres sociétés, dont quatre dans le secteur de la santé.

Le duo Barros/Maximiano, en juin 2021, se retrouve encore une fois dans la mire des enquêteurs.

Le sénateur Humberto Costa (PT, gauche), membre de la CPI, a signalé qu'une ligne d'enquête sur le vaccin Convidecia sera discutée ce lundi 28 juin.

Interrogée par O Globo, la société Belcher a déclaré qu'elle ne représentait plus le chinois CanSino Biologics et a souligné qu'elle n'avait pas signé de contrat avec le gouvernement. Dans un communiqué, le ministère de la santé a fait la même déclaration.

L'Agence sanitaire nationale (Anvisa), à laquelle Belcher a soumis une demande d'utilisation d'urgence du Convidecia à la mi-mai 2021, n'a pas encore donné son feu vert pour la vaccination. L'Anvisa a déclaré qu'elle attendait de nouveaux documents, demandés après une première analyse.

L'Anvisa a également déclaré avoir été informée, le 17 juin, par la chinoise CanSino Biologics que Belcher n'était plus autorisée à la représenter au Brésil, ce qui rendait nécessaire une réévaluation de la demande d'utilisation du vaccin en urgence. Selon des représentants du ministère de la santé cités par le quotidien Folha de São Paulo, la négociation pour l'achat du vaccin a été annulée le jour suivant, le 18 juin.

Le gouvernement fédéral aurait signé au début juin 2021 une lettre d'intention d'achat, avec la société intermédiaire Belcher Farmacêutica, de 60 millions de doses du vaccin Convidecia, a 17 US$ l'unité, ce qui serait le prix le plus élevé négocié par le Brésil, après les 15 US$ du Covaxin et les 12 US$ du Pfizer.

Environ deux tiers des députés et les trois quarts des sénateurs sont des " héritiers " en politique.


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Ricardo Barros, une girouette amphibie

De 1999 à 2002, Ricardo Barros (PP, droite dure) a été vice-président du groupe de députés qui soutenait le gouvernement du président de la République Fernando Henrique Cardoso (PSDB, droite).

Quand Luiz Inacio Lula da Silva a été élu président de la République, Ricardo Barros, comme son parti, ont soutenu le gouvernement du natif du Pernambuco.

En tant que membre du PP, Ricardo Barros faisait également partie de la base gouvernementale de la présidente Dilma Rousseff, mais plus tard, il a soutenu l'impeachment de Mme Rousseff.

Avec l'arrivée du vice-président Michel Temer à la présidence intérimaire, Ricardo Barros avait été nommé ministre de la Santé, de 2016 à 2018, où il a mené des politiques de réductions budgétaires pour la santé publique et s'était montré favorable à l'implantation d'une santé privée, " pas chère ".

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