Brésil: Noir, esclave puis architecte, honoré seulement 200 ans après sa mort

Le 20 novembre, jour de la Conscience noire, le centre-ville de São Paulo recevra une sculpture en l'honneur de l'architecte et artisan brésilien Joaquim Pinto de Oliveira, (1721/1811), venu encore esclave et analphabète de Santos (SP) à São Paulo, amené par son "maître" portugais. "Tebas" a acquis une notoriété pour son travail et pour avoir rendu béant le racisme.

Croquis de la statue qui va rendre hommage à Tebas. © Photographie Marcel Farias Croquis de la statue qui va rendre hommage à Tebas. © Photographie Marcel Farias
Connu sous le surnom de Tebas (Thèbes), il entreprit la construction de la première tour de la Matriz de la Praça da Sé, entre 1750 et 1755, après la mort de l'homme qui se considérait comme son maître, puis la réforma en échange de sa liberté.

Imaginée par l'architecte Francine Moura et le plasticien Lumumba Afroindígena, la sculpture en acier inoxydable, fer et béton, mesure 3,6 mètres de haut sur 1,5 mètre de large et 2,6 mètres de profondeur. Elle sera implantée au centre de la capitale, sur la place Clóvis Beviláqua, située entre la Catedral da Sé et l'église Nossa Senhora do Carmo, et sera officiellement inaugurée le 3 décembre.

Habile dans la sculpture et l'ornement des pierres, Tebas finit par devenir une icône de l'architecture coloniale. Comme en témoigne le livre du journaliste noir Abilio Ferreira, le racisme, qui imprègne également le domaine de l'architecture et de l'urbanisme, a provoqué le manque de reconnaissance de l'architecte. Même un historien, Nuno Sant'Anna, a soulevé des soupçons sur la vie et les capacités de Tebas, car il avait un nom de famille et savait lire et écrire, ce qui n'était alors pas commun parmi les esclaves, mais qui, en réalité, indiquait qu'un mouvement d'émancipation était en cours.

Selon les auteurs du livre, Tebas a effectué plusieurs tâches, à la demande des chefs religieux de la municipalité, et dans au moins quatre églises, des documents ont été trouvés prouvant sa participation : à la construction de la Matriz et du monastère de São Bento (1766), au chantier de la chapelle de l' Igreja das Chagas do Seráfico Pai São Francisco et celle de la chapelle de la Venerável Ordem Terceira do Carmo.

Tebas était aussi l'auteur de la tour du Recolhimento de Santa Teresa, un bâtiment construit en 1685, dans l'actuelle rue du Carme, et démoli au début du XXe siècle, et de la Chafariz da Misericórdia, chantier sur lequel il travailla comme ingénieur hydraulique. C'est en raison de l'aptitude montrée dans le projet de fontaine qu'il a été surnommé Tebas, ce qui signifie quelque chose comme « l'homme qui fait tout », en kimbundu, langue africaine.

Cependant, citent les chercheurs, certaines des relations que l'architecte a établies étaient ambiguës, car la seule certitude qu'il laissait était la piste de l'oppression sur lui. A titre d'exemple, ils citent le lien qu'il entretenait avec la veuve de son propriétaire, Dona Antonia Maria Pinto, pour qui il a continué à travailler « avec une relative autonomie ». Même lorsqu'il travaillait encore pour son maître, le tailleur de pierres portugais Bento de Oliveira Lima, on ne sait pas, d'après les archives historiques, si Tebas était vraiment libre ou non.



"Tebas", dirigé par Abilio Ferreira, lancé en 2019. "Tebas", dirigé par Abilio Ferreira, lancé en 2019.


« Tebas, um negro arquiteto na São Paulo escravocrata ». Ce livre collectif (ici en PDF, 132 pages), non traduit, sous la direction du journaliste noir Abilio Ferreira, a été lancé à l'été 2019, édité par le Conselho De Arquitetura e Urbanismo de São Paulo (CAU / SP)

 


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