Charlie : malaise dans la douleur

Pour ma part, j'avais une affection particulière pour la satire grinçante contre les religions dans les années ou cela correspondait à un acte courageux contre l'ordre moral établi. Mais aujourd'hui elles ne sont plus, pour ceux qui les piratent à titre individuel (comme c'est le cas aujourd’hui des assassins de Cabu et de Charb), que les refuges d'errances existentielles liées à l’horreur économique. Symptômes d’une perte de repères qui fait le lit de la normalisation policière et sécuritaire des esprits... et des appels à « l’union nationale » quand il y a des dérapages prévisibles.

Dénoncer les causes socio-économiques de ces errances me paraît un peu moins sulfureux, dans le contexte qui est le nôtre, et un peu plus courageux et salutaire aussi, que de tirer sur la barbe de Mahomet. Il s’agit là d’un gage majeur pour une satire aussi pétillante qu’hier et qui corresponde aux véritables enjeux contemporains : être capable de caricaturer le consentement majoritaire aux valeurs implicites de l’ordre néolibéral, et non se contenter de ses symptômes.

Voilà la raison du titre que j’ai donné à ce billet. Tristesse à double fond.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.