Farid Smahi : "Le FN devrait me mettre plus en avant"

Farid Smahi est tête de liste FN en Essonne. Dès que Jean-Marie Le Pen le lui a demandé, il a foncé, sans se poser de question. Un soutien sans faille au chef, presqu’une dévotion, toujours vivace depuis son entrée dans le parti en 1997. Aujourd’hui, celui qui dément être « l’Arabe de service » du FN estime qu’il mériterait une plus grande exposition. En récompense de sa fidélité.

farid_smahi.JPGFarid Smahi est tête de liste FN en Essonne. Dès que Jean-Marie Le Pen le lui a demandé, il a foncé, sans se poser de question. Un soutien sans faille au chef, presqu’une dévotion, toujours vivace depuis son entrée dans le parti en 1997. Aujourd’hui, celui qui dément être « l’Arabe de service » du FN estime qu’il mériterait une plus grande exposition. En récompense de sa fidélité.

Sourire affable et facile, poignée de main chaleureuse. Voici Farid Smahi le médiatique. Il nous accueille chez lui, dans un HLM douillet de la porte de Saint-Cloud. D’emblée, il propose un thé à la menthe. Un vrai, dans une théière aussi orientalisante que la décoration de l’appartement. " Je suis amoureux de la culture orientale comme Giscard aime l’Auvergne, comme Pasqua aime la Corse" , semble-t-il se défendre.

Pour lui, s’appeler Smahi et être frontiste n’est pas antinomique. Au contraire, il estime que le FN " a de la chance d’avoir un Farid Smahi. J’aurais dû être beaucoup plus mis en avant. Si on veut gagner la présidentielle un jour, il faut que Jean-Marie Le Pen soit le président de tous les Français, qu’ils soient homosexuels (sic), d’origine musulmane, d’origine juive ou n’importe quoi" . Il ajoute, avec le ton de l’évidence : " Que ferais-je, moi, Farid Smahi, dans un parti raciste ? Il y aurait un problème, j’aurais buggé quelque part" .

Au FN, Farid Smahi est la caution « jeunes de banlieue », et il en est fier. D’origine algérienne, de milieu modeste – " Mes parents ne savaient ni lire ni écrire" - il se vante d’avoir " amené beaucoup de Français issus de l’immigration sur le terrain du Front national" . Il a d’ailleurs organisé "l’opération asperge" , c’est-à-dire le débarquement de Jean-Marie Le Pen en banlieue parisienne, sur la dalle d’Argenteuil. Une opération qu’il affirme avoir menée " sans sécurité particulière, contrairement à Nicolas Sarkozy" . " Tous mes potes sont là-bas" , ajoute cet habitant du XVIe.

A la question : Seriez-vous allé au FN s’il n’y avait pas eu la personnalité de Jean-Marie Le Pen ?, Farid Smahi répond sans ciller : " Non" . Son engagement au FN n’a pas coulé de source. En 1983, il est au côté du PS pour "la marche des beurs" . "J’étais jeune…" , sourit-il. Mais il ne trouve pas d’oreille attentive socialiste pour écouter ses diatribes anti-binationalité, son cheval de bataille : "Au même titre qu’on n’a qu’une seule maman, on ne doit servir qu’une seule patrie" , répète-t-il à qui mieux mieux dans tous les médias. Lui-même a choisi la France, et s’affirme "celte" . Il concède être "de culture musulmane" , mais refuse de dire s’il est pratiquant. "En France on boit du pinard et on mange du porc" , s’empresse-t-il d’ajouter.

Nicolas Bay, tête de liste en Haute-Normandie, « un traître »

Alors en 1997, il frappe à la porte du FN et demande à rencontrer Jean-Marie Le Pen : "Je n’ai peur de personne" , lâche-t-il, bravache. Et là, c’est le coup de foudre: "Jean-Marie Le Pen est un visionnaire. Un homme comme ça, on nous le donne tous les mille ans. Avant lui, c’était Jeanne d’Arc" . Le vieux leader saute sur l’occasion et propulse Farid Smahi en 4e position sur la liste des régionales en Ile-de-France en 1998. A peine un an après son entrée au Front, le voilà élu conseiller régional. A l’entendre, son ascension fulgurante a été bien acceptée, "il n’y a pas eu de levée de boucliers" . Une ascension qui ne reposerait que sur ses "compétences" .

L’ancien membre de l’équipe de France de water-polo se dévoue corps et âme au parti, tracte, colle sans relâche. A côté, il est éducateur sportif dans une association. Pour lui, un parti politique, c’est comme au water-polo, "une équipe solidaire qui marque plein de buts". Sa non-réélection au conseil régional en 2004 lui reste d’ailleurs en travers de la gorge : "C’est à cause d’un traître" . Nicolas Bay a quitté le FN pour le MNR, et il lui pique 1,5% des votes franciliens. A lui, Farid Smahi, fidèle "comme le soldat l’arme au pied" . Aujourd’hui Nicolas Bay a réintégré le FN … il est même tête de liste en Haute-Normandie. Inadmissible pour le soldat Smahi, pour qui "un traître trahira toujours".

Il y a "des choses qui lui échappent" dans la gestion du parti. Par exemple la désignation de Marie-Christine Arnautu comme tête de liste francilienne : "A votre avis, qui est le plus connu, Farid Smahi ou Marie-Christine Arnautu?" , lance-t-il d’un air de défi. Qu’importe, il assure avoir de bonnes relations avec elle, et prédit pour le premier tour des régionales "un tsunami électoral".

Plana Radenovic

Jusqu'au 21 mars 2010, 13 étudiants en journalisme du Celsa couvrent la campagne des élections régionales en Ile-de-France. Retrouvez tous nos articles sur notre site : pariregionales.fr

 

 

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