POJ (avatar)

POJ

auxiliaire de justesse

Abonné·e de Mediapart

1010 Billets

8 Éditions

Billet de blog 5 avril 2010

POJ (avatar)

POJ

auxiliaire de justesse

Abonné·e de Mediapart

Benoît XVI et Louis XVI : même malaise

Le lynchage médiatique d'un pape dans ce monde rationnel et positiviste - où l'horoscope est la rubrique la plus consultée d'un journal - rappelle le procès de Louis XVI. L'histoire a établi le crime politique et le fantasme haineux. Son exécution s'est suivie de plus de vingt ans de guerres. Un million d'hommes sont morts sur une population de 24. Léon Schirmann a démontré que l'idéologie jacobine est encore à l'origine de la première guerre mondiale, dont la France, soucieuse de faire tomber les empires centraux, est responsable, initiant la mort à l'échelle industrielle. Où se situe la préoccupation à améliorer le sort des classes sociales modestes ou défavorisées ? Elle n'a que très peu existé. Sinon Jaurès. Il a été assassiné par un Villain. qui sera acquitté. Jaurès était un obstacle à la guerre, à "l'Union sacrée", laminoir intellectuel précurseur de "l'ouverture".

POJ (avatar)

POJ

auxiliaire de justesse

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le lynchage médiatique d'un pape dans ce monde rationnel et positiviste - où l'horoscope est la rubrique la plus consultée d'un journal - rappelle le procès de Louis XVI. L'histoire a établi le crime politique et le fantasme haineux. Son exécution s'est suivie de plus de vingt ans de guerres. Un million d'hommes sont morts sur une population de 24. Léon Schirmann a démontré que l'idéologie jacobine est encore à l'origine de la première guerre mondiale, dont la France, soucieuse de faire tomber les empires centraux, est responsable, initiant la mort à l'échelle industrielle. Où se situe la préoccupation à améliorer le sort des classes sociales modestes ou défavorisées ? Elle n'a que très peu existé. Sinon Jaurès. Il a été assassiné par un Villain. qui sera acquitté. Jaurès était un obstacle à la guerre, à "l'Union sacrée", laminoir intellectuel précurseur de "l'ouverture".

nb : Les mots en gras sont des liens actifs - cliquer dessus pour ouvrir une page relative au sujet.

La révolution française est bourgeoise et les Lumières en sont la pensée. Il est légitime de critiquer la religion. Il le serait davantage s'il existait une même critique sur l'origine et les avatars des Lumières ou si on la développait.

Le musée du Parc de Sceaux montre que la Bastille fut une opération immobilière au profit de Pierre François Palloy. Un exemple d'une révolution ayant consacré le "régime des notables", la soumission de la femme et de la classe ouvrière dans l'émergence d'un monde industriel. La révolution fait la fortune des "deux cents familles". Elles ont racheté ou échangé les assignats dévalués contre les biens nationaux pendant que le livret ouvrier, le racisme ordinaire et scientifique, l'incapacité juridique de la femme mariée, et la colonisation révélaient la véritable nature de la mentalité dominante, les Lumières, que la mondialisation couronne.

Il est tout à fait logique qu'une telle pensée dominante soit réactionnaire aux raticinations d'un vieillard mettant en garde contre les illusions de l'hédonisme. Il y a une opposition une incompatibilité insurmontable. Le respect de la personne humaine est une clause de style du monde moderne pendant que des prisonniers chinois fabriquent des jouets dans des camps de concentration, lesquels sont revendus dans nos hypermarchés dont les plus values augmentent les dividendes pour permettre d'aller violer en série des jeunes en Orient, dont certains font des romans pour s'absoudre, ou militer, et se donner bonne conscience, avec l'absolution émue de ceux qui s'effarouchent aujourd'hui.

Que l'Eglise disparaisse et les libres penseurs - ou censeurs - se regardent en face pour permettre enfin à l'humanité de progresser intellectuellement et plus seulement technologiquement, à en perdre la maîtrise. L'Eglise n'a aucune repsonsabilité dans le modèle post-industriel actuel et la lutte contre les prètres pédophiles ne saurait suffire à la résolution de cette criminalité. C'est globalement qu'il faut aborder ce problème si on prétend y réfléchir sérieusement et sincèrement.

S'il est bien de réfléchir à la responsabilité pénale du dirgieant de l'Eglise, il faut aussi réfléchir à celle de l'Occident (Quid du million de morts en Irak, de la situation à Gaza, de la pollution à l'oxyde d'uranium dans tous les pays du Golfeconstatée dès 1999) ou au Kosovo, de la misère humaine en Afrique dans les mines d'or, de Coltan, de diamant, etc ?) Les conflits armés font 2000 victimes chaque jour dans le monde. La France est un des principaux marchands d'armes, comme la Chine, les USA, l'Allemagne, la Belgique, la Russie,...

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité chargés de veiller à la Paix tirent du profit de la guerre. Cette contradiction ne surprend personne parce que cela permet de mettre de l'essence dans sa voiture et que ce confort étouffe l'indignation, inspire l'indifférence. Mis à part l'Eglise, personne n'a dénoncé officiellement le régime raciste nazi, avant la guerre. Il paraît surprenant de lui reprocher de n'avoir pas fait assez, quand les USA pas plus que les soviétiques n'ont interrompu les convois, en bombardant, ne serait-ce que les voies de chemin de fer.

Une même disportion existe dans la dénonciation de la pédophilie des curés quand la protection de l'enfant est universelle et que le fléau commercial qu'elle génère ne fait jamais l'objet d'une même indignation. Pourquoi ?

Les pays du Tiers Monde comprennent mal l'Occident qui les exploite et s'en prend à une institution qui les aide à supporter leur misère. Il y a 150 millions d'athées avec un revenu de 20.000 $ par an mais il y a six milliards de croyants qui ne gagnent, pour un grande partie, qu'un dollar par jour. La religion est ce qui les aide à tenir contre l'exploitation. Vers qui va donc se porter la sympathie de la plus grande partie de la population mondiale ? Les réalités démographiques et économiques sont méprisées. L'avenir ne leur résitera pas si on continue à les négliger.

L'Eglise développe une action universelle et personnaliste à l'opposé du modèle consumériste. Elle répond à des attentes urgentes méprisées et engendrées par le capitalisme financier. L'échec de ce dernier conduit des économistes à se rapprocher du discours aristotélicien du pape.

Joseph Stiglitz, Amartya Sen, Daniel Cohen promeuvent une vision de l'économie plus proche de celle de l'Eglise que de la mentalité de ses contempteurs. Il paraît dès lors prématuré de la stigmatiser quand s'affirment des courants de réflexions et des idées repris par des prix Nobel. Des penseurs de gauche comme Jean-Claude Michéa ou Giorgio Agamben sont proches du discours catholique.

L'Eglise véhicule des critiques et constitue un obstacle majeur au modèle de société fondé sur l'apparence où le rendement publicitaire est prioritaire sur le contenu pédagogique. Seul "le temps de cerveau disponible" pour prescrire les achats est recherché. Le but de la communication est de vendre de la pub. Le discours de l'Eglise est à l'opposé. C'est mauvais pour la pub, mauvais pour la croissance, mauvais pour le saccage de la planète. L'Eglise est aussi antipathique que l'islam. Le monde n'est pas divisé entre croyants, mais bien plus entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Les premiers n'ont souvent que l'espérance quand les seconds ont souvent la finance.

Le discours critique de l'Eglise devient aussi insupportable aux puissances d'argent que ne l'est le Hamas, lequel protège les chrétiens, d'après le patriarche latin de Jérusalem : "L’Occident traite l’Orient, et ceux qui y habitent, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, comme des mineurs. Tant qu’il y aura ce rapport de dominant à dominé, on ne sortira pas de la spirale de la violence. Les racines du terrorisme mondial sont là. L’Orient n’est pas libre de son destin, il est soumis à la domination occidentale. Le problème, ce n’est pas l’islam, c’est la confrontation entre l’Orient et l’Occident. Le colonialisme historique a cédé la place à un autre colonialisme, plus larvé, mais non moins réel.".

La disparition des chrétiens d'Orient est un facteur aggravant de déstabilisation dans la région. Ce groupe est un élément modérateur en étant une partie trierce témoin des affrontements. Son départ favorise l'escalade de la violence favorable à la radicalsiation qui elle-même joue en faveur de l'armée israélinne, puissante et moderne.

Le départ des chrétiens est encouragé par Israël comme l'évolution démographique des territoires palestiniens le montre. Les arabes chrétiens forment le premier groupe de population émigrante du Proche Orient. Israël ne fait rien pour les retenir : "Quant aux représentants des instituts religieux, leur nombre est menacé de diminution à cause des tracasseries de l’administration israélienne à l’occasion de l’octroi ou du renouvellement des visas."

Serge Halimi fait un constat semblable dans le Monde Diplomatique d'Avril à propos du débat sur la burqua. Une coupure de presse page deux du même numéro expose les techniques de disqualification pour disqualifier les critiques de la politique israéliennes. Tout cela a une incidence sur la liberté d'expression, de penser et de manifester, en Europe au premier chef.

Disqualifier systématiquement l'Eglise favorise le modèle libéral, sur lequel s'est aligné le communisme chinois. Voilà un enjeu du traitement partiel de l'information sur le sujet dramatique du viol d'enfants par des prètres.

Vu du Tiers Monde, pour être crédible, il faudrait aussi condamner et poursuivre tous ceux que les habitants de ces pays voient défiler pour les mêmes raisons. Le contraire ne fait que les conforter que leurs enfants, et eux-mêmes, sont méprisés. S'abstenir accroît l'incompréhension, le fossé - non pas de civilisation - mais de classe, entre les pays qui se sentent exploités et ceux qui nient le faire. Les lois sécuritaires seront insuffisantes à barrer et contenir le ressentiment.

Un pédophile tombe sous le coup de la loi. Mais pas ceux qui exploitent la misère au prétexte de la défense du pouvoir d'achat. On détourne l'attention de l'opinion du vrai problème qui n'est pas le pape, mais notre mode de vie, lequel profite avant tout à ceux qui n'ont pas d'autre souci que d'en tirer encore plus de profits.

La préservation de la démocratie impose une argumentation juste et non un rapport de force. Le traitement judiciare des dossiers récents (DDV, Julien Coupat, Jacques Viguier) montre que cette dérive touche aussi l'application de la Loi, les rapports sociaux (France télécom). Admettre l'injustice et le lynchage dans un domaine, c'est s'ahbituer à l'admettre dans tous les autres. Il serait bon que l'indignation cessse d'être sélective et idéologique si on souhaite voir le respect de la personne s'affirmer.

Avec la globalisation de l'information tout le monde étudie tout le monde. AL Jazeera regarde l'Occident. Nous sommes à un moment charnière. Il s'agit peut être de s'interroger et de réfléchir à nos modèles pour éviter de continuer à reproduire inutilement les excès du passé.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.