Un nouveau scandale des biens nationaux

Les fameuses "deux cents familles" qui tiennent la direction des affaires en France ont construit leur fortune lors de la Révolution avec la vente des biens nationaux. La Révolution des bonnes affaires s'illustre notamment avec Pierre-François Palloy ayant fait fortune avec la Bastille : " Quand le 16 juillet, l'Assemblée des électeurs décide que "la Bastille sera détruite sans perte de temps", Palloy s'empresse de poser sa candidature. Il le veut, ce contrat. Il va jusqu'à se trainer aux pieds de Montebourg, lui promettant de n'engager que de bons travailleurs français. " (Le Point)

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Les fameuses "deux cents familles" qui tiennent la direction des affaires en France ont construit leur fortune lors de la Révolution avec la vente des biens nationaux. La Révolution des bonnes affaires s'illustre notamment avec Pierre-François Palloy ayant fait fortune avec la Bastille : " Quand le 16 juillet, l'Assemblée des électeurs décide que "la Bastille sera détruite sans perte de temps", Palloy s'empresse de poser sa candidature. Il le veut, ce contrat. Il va jusqu'à se trainer aux pieds de Montebourg, lui promettant de n'engager que de bons travailleurs français. " (Le Point)

La Bastille n'est plus à vendre, du moins celle de 1789, mais le stratagème capitaliste recommence.

C'est ce que la Troïka recommande - ou impose - aujourd'hui aux Etats pour se désendetter - c'est le prétexte - en bradant leurs actifs culturels, historiques et naturels. Et la France s'y soumet avec avec complaisance.

C'est d'autant plus aberrant que Christain Eckert, secrétaire d'Etat au Budget, envoie des lettres de cadrage aux ministres pour leur imposer au total une économie de 22 milliards dans la loi de fiance 2016 alors qu'il néglige tous les ans 150 milliards d'euros de recettes fiscales et sociales.

L'idée de ce bradage du patrimoine à vil prix - parce qu'un monument ne ne peut pas se réduire à un prix au mètre carré comme une place de parking au centre de Paris - sort d'un rapport de Monsieur Georges Tron en 2005, dont l'actualité a permis d'apprécier son sérieux.

La mise en oeuvre de cette loterie est confiée au ministère des finances qui a créé l'agence France domaines dont le catalogue des " objets " que l'Etat juge encombrant est consultable en ligne ici : http://www.economie.gouv.fr/cessions/cessions-en-cours

Cette braderie ne se réduit pas au seul hôtel de la Marine place de la Concorde, et à la France. Le mouvement est général au sein de l'Union européenne (Europe à vendre | ARTE). Frande Domaine a récemment vendu le pavillon de la Muette, à un haut-fonctionnaire, et propose à la vente en 2016 le pavillon du Butard (Wikipédia).

Il est étonnant que personne ne s'émeuve que l'Etat témoigne de la mansuétude aux criminels économiques et financiers qui le grugent chaque années de 150 milliards de recettes, lesquels 150 milliards manquants servent de prétexte à vendre des biens nationaux, lesquels biens nationaux seront rachetés par les criminels à vil prix avec les 150 milliards qu'ils détournent chaque année, lesquels criminels revendront ces biens nationaux avec une plus-value dont ils éluderont l'impôt, comme ils savent le faire. Et de venir ensuite parader et expliquer que c'est mieux que le privé rachète et s'occupe du patrimoine national, puisque l'Etat manque de moyens. C'est la morale du voleur qui prétend rendre service à celui qu'il vole. L'escroquerie est une notion de sciences politiques et de gestion publique françaises ou un particularisme bien établi depuis 200 ans.

La grande bourgeoisie née de la spéculation des biens nationaux répète donc l'opération.

Jacques Ellul considérait que l'Empire avait créé un "régime de notables", si peu honnêtes avec l'argent public que Napoléon leur a imposé le code du commerce en 1807, pour calmer leur rapacité et encadrer leur manque d'honnêteté, notamment chez les fournisseurs aux armées :

" si l'Empereur était, en général, bien disposé pour les industriels, il était en défiance, on le sait, envers les financiers et surtout envers les commerçants.(...) . Peut-être aussi avait-il quelque peine, en jugeant en bloc les commerçants, à oublier les entrepreneurs et les fournisseurs des armées qu'il avait connus sous le Directoire. " (source). 

Le discours du Médef s'inscrit dans une tradition historique. La politique libérale de la majorité aussi. La France est un grand pays de traditions.

 

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Pour aller plus loin, lire :

" A vendre, joli pavillon royal " par Alexandre Gady, professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris-Sorbonne in L'OBJET d'ART N°512  mai 2015 pages 30 et 31

" INA : le rapport gardé secret qui flingue la gestion de Gallet " Le Canard enchâiné N°4932 6 mai 2015 p.4

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