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Voir son explication philosophique du rugby sur Arte

http://videos.arte.tv/fr/videos/philosophie-rugby--7351032.html

Résumé de cette émission :

L'ordre du chaos.

"Le ballon de rugby est imprévisible, capricieux. C'est le ballon qui décide mais on peut dans une certaine mesure l'apprivoiser, par l'observation et la répétition de l'observation. C'est un défi à l'intelligence et à l'expérience qui comporte un aléas et en fait une école d'humilité.

Concentration et action sous la menace de l'adversaire : le geste pur de la passe, le geste pur de la transmission. La caractéristique du rugby est cette capacité à faire le geste juste sous la menace physique. Sang-frois, lucidité au contact de l'adversaire, il y a une pensée dans l'action, une pensée véritablement incarnée, c'est le corps qui est en train à la fois d'agir et de réfléchir. Chaque phase de jeu revoie à Héraclite : "On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve", chaque joueur ne navigue jamais deux fois dans la même défense. Chaque geste juste se fait dans une situation inédite. C'est le contraire du modèle aristotélicient où on délibère avant l'action. Au rugby action et réflexion sont la même affaire.

Au rugby, la collectivité précède-t-elle l'individulaité ? On présente souvent le rugby comme l'idéal du sport collectif, c'est-à-dire le sport dans lequel l'individu apprend à voir sa solidarité avec tous les autres, quels qu'ils soient ; on dit souvent d'ailleurs qu'il y a de la place pour tout le monde au rugby, il y a de la place pour des petits, pour des gros, pour des maigres, des maigres à condition qu'ils courrent vite.

Dans le rugby celui qui a le ballon est nécessairement devant tous ses partenaires. Le jouer de rugby va seul face à l'adversité, puisqu'on ne peut avancer qu'en passant le ballon en arrière.

La mêlée est l'exemple du collectif : la mêlée est une confrontation à la fois extrêmement brutale, primaire mais aussi organisée. Le talonneur est comme le Christ parce que c'est une position sacrificielle, l'individu à les bras captifs, il ne peut pas se défendre avec, il doit aller avec son torse et sa tête à le rencontre de la violence adverse, c'est une position qui demande un courage particulier, qui fait que les talonneurs sont particulièrement respectés dans le monde du rugby parce qu'ils sont au maximum de cette situation d'affrontement. La mêlée est une organisation qui a la gueule du chaos, mais surtout, c'est ce qui est intéressant, elle est aussi le royaume du symbolique et de l'imaginaire. Quelques symboles de l'imaginaire : on introduit de ballon dans un corps qui renvoie au symbole de la matrice ; ce ballon a la forme d'un oeuf, l'oeuf du monde introduit dans la matrice, la semence enfouie dans la Terre, symbolisme qui se justifie d'autant plus que le ballon va être digéré par la mêlée et donner le fruit du jeu, être rendu disponible à nouveau. C'est l'histoire d'une fécondation et d'une naissance pour que le ballon devienne vivant. La mêlée est une vivification du ballon. C'est l'oeuvre au noir, symbole de toute initiation, de tout apprentissage, qui se fait dans l'obscurité avant d'apparaître à la lumière. Il y a aussi quelque chose dans le ballon de rugby d'une hostie, qui va se retrouver consacré par la mêlée, la mêlée est presque une eucharistie. Le talonneur en Christ, le ballon en hostie, ces symboles expliquent pourquoi le rugby a fasciné beaucoup d'intellectuels. Dans toutes ses phases de jeu, le rugby est riche de symboles ; un festin pour la raison et l'imagination.

Le rugby se résume en deux paradoxes : la forme du ballon, l'introduction du hasard dans une organisation rationnelle du jeu ; le fait de devoir avancer en passant la balle en arrière. Les Anglais ont inventé une règle improbable, absolument farfelue, qui consiste à avancer en reculant ; c'est-à-dire que le mouvement avance mais que le ballon, lui, recule. Il y a là, dans cette contradcition apparente, le mouvement de rugby, c'est le geste de Dieu, la coïncidence des opposés, ou le geste surréaliste cher à Breton où les contraires cessent d'être perçus contradictoirement, où ils deviennent la condition l'un de l'autre. Il y a toutefois une intelligence à passer le ballon en arrière, c'est le mettre en sécurité, l'éloigner de l'adversaire. On se préoccupe de ne pas casser l'oeuf du monde.

Pour un non-initié, le rugby est un sport totalement désarmant, déroutant, presque désagréable ; parce que l'intelligence est découragée. Il n'y a pas d'ordre repérable dans une image fixe. Il faut l'oeil du connaisseur capable de trouver un sens à tout cela, l'ordre dans le désordre. Derrière ce qui parît aléatoire et le fait du hasard, il y aune profonde logique. Deux équipes de rugby sont deux forces collectives en mouvement sur un échiquier, qui se positionnent stratégiquement l'une par rapport à l'autre et qui, continuellement, vont chercher à préserver leur propre équilibre et le moyen de déstabiliser leur adversaire. On va utiliser les caractérisitique propore de chaque pièce (ailier, arrière, ... d'où l'importance des individulaités dans le collectif) en fonction de la configuration du jeu qui est continuellement mouvante. L'ordre n'est pas apparente mais il est immanent et il est jubilatoire de le repérer, de l'anticiper, par intuition, en communion avec celle, spontanée, des joueurs dans l'ordre mouvant, l'apparent chaos du jeu. Le bon joueur est celui qui voit avec une demi second d'avance où est la nécessité stratégique, l'opportunité dans la configuration immédiate du jeu. Repérer avec une demi seconde d'avance la direction future du jeu. Il y a quelque chose à rapprocher du jugement réfléchissant de Kant : on ne peut pas déduire d'un ensemble un cas particulier. Chaque situation est singulière et fait surgir da propre loi et ses propres exigences. Il y a une manière infinie d'aller à l'essai.

Un exemple du jugement réfléchissant kantien dans la farandole collective du rugby : c'est l'essai d'Ulysse, dans le sens où dans une situation donnée, l'individu va toujours trouver la solution, même quand, a priori, il n'y a aucune opportunité ; c'est celui du génie et de la fantaisie individuels, chacun va à chaque fois trouver une solution pour relancer l'histoire, comme Ulysse, il trouve la ressource nécessaire grâce à la Mètis grecque pour rebondir (1973 Babarians vs. All Blacks)

http://www.youtube.com/watch?v=AwCbG4I0QyA

Ce qui est jubilatoire dans cet essai est qu'il est le contraire de l'économie, de la pensée étroite, du gagne-petit : une orgie de passe, une orgie de jeu avec des détours qui n'en finissent pas, en prenant l'inverse du plus court chemin, en prenant tous les détours possibles qui finissent par ennivrer les All Blacks, complètement déboussolés par le Barbarians qui vont leur marquer l'essai l'essai le plus improbable, le plus extraordinaire de l'histoire. Un exemple de cette intelligence en mouvement qui trouve toujours la solution, le sens de l'intuition, le jugement réfléchissant qui n'est pas déductible. L'intelligence créatrice de l'individu s'intègre dans le collectif d'une façon parfois symphonique."

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