80 km/h sur les routes, du cosmétique politique qui cache les inégalités sociales

Le gouvernement veut abaisser la vitesse maximale sur les routes de 90 à 80 kilomètres par heure, pour diminuer le nombre des victimes et la charge à la collectivité du coût des accidents. Les victimes des accidents du travail, les accidents domestiques, les suicides ne font jamais, ou très rarement, l'objet d'une réflexion gouvernementale. Le débat sur l'abaissement de la vitesse est contradictoire avec l'injonction de "mobilité" faite aux travailleurs mal payés, obligés d'aller vivre à bon marché, loin de leur travail, et d'arriver à l'heure. Cette annonce est du fond de teint politique.

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Le gouvernement veut abaisser la vitesse maximale sur les routes de 90 à 80 kilomètres par heure, pour diminuer le nombre des victimes et la charge à la collectivité du coût des accidents. Les victimes des accidents du travail, les accidents domestiques, les suicides ne font jamais, ou très rarement, l'objet d'une réflexion gouvernementale. Le débat sur l'abaissement de la vitesse est contradictoire avec l'injonction de "mobilité" faite aux travailleurs mal payés, obligés d'aller vivre à bon marché, loin de leur travail, et d'arriver à l'heure. Cette annonce est du fond de teint politique.Le gouvernement veut des travailleurs mobiles et de l'autre le même gouvernement appuie sur le frein ; parce qu'il se désengage de l'aménagement durable du territoire en abandonnant les transports publics au privé, en abandonnant l'entretien des chaussées aux collectivités territoriales qu'il oublie de financer en proportion, en abandonnant au privé l'exploitation et les bénéfices des sociétés autoroutières.

Il y a dès lors une incohérence à s'attaquer à un seul des aspects de la mortalité sur la route, si celle-ci est mal entretenue, pas financée et empruntée par des travailleurs, à qui on demande d'être " efficaces " dès qu'ils montent dans leurs véhicules pour gagner leur contre-la-montre quotidien, soumis à un management par le stress qui les met sous pression par le chantage au licenciement. Les retards sont un motif qui ne sont pas étrangers à la précipitation et à la prise de risque sur la route. La distance entre le travail et le domicile est un élément qui accroit la probabilité d'une "mise en danger d'autrui".

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La route tue aussi à cause de l'augmentation de la distance domicile travail et de la désertification industrielle des régions, le manque d'aménagement du territoire, l'obligation des travailleurs, du fait de la hausse de l'immobilier et de la faiblesse de leurs salaires, à aller vivre de plus en plus loin des centres urbains, jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres, et emprunter de mauvaises routes, qu'ils doivent parcourir pour arriver à l'heure quelque soient les conditions météo ou de circulation, sans s'inquiéter de la bonne disposition du conducteur à assumer cela toute l'année.

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La sécurité routière ne prend pas en compte la fatigue du travailleur, contraint tous les jours, à rouler, une fois le matin, aux aurores, une seconde, le soir épuisé, après sa journée de travail ; sans parler du gymkhana pour déposer les enfants et/ou faire les courses. Les travailleurs supportent déjà la mobilité du fait des inégalités sociales, qui explosent.

Abaisser la vitesse sur les routes n'est pas forcément la réponse la plus pertinente qu'un gouvernement puisse apporter aux accidents de la route qui sont aussi une conséquence des inégalités sociales.

Enfin, si la vitesse tue, pourquoi ne pas commencer par l'abaisser là où elle est le plus élevée, sur les autoroutes ?

 

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Une solution serait d'imposer le cabotage routier en interdisant l'accès aux routes nationales et départementales aux poids lourds articulés et les réserver aux camions à deux essieux de 19 tonnes de PTAC. Cela redynamiserait les petites sociétés de transport locales, le transport par les autres poids lourds d'un PTAC supérieur à 19 tonnes étant réservé aux autoroutes, le long desquelles seront installées des gares routières marchandes.

Une telle solution permettrait aussi de relancer le transport fluvial ou par voie ferrée.

 

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