Ontologie de la barbarie collective par Johann Chapoutot

Johann Chapoutot publie " La loi du sang - Penser et agir en nazi ". Joseph Confavreux en a fait une présentation dans son article " La carte mentale du nazisme ", mais ce livre dépasse la compréhension du phénomène politique criminel, car il signale le caractère synthétique du nazisme des aberrations de son époque, reposant sur des discours français (antisémitisme de l'affaire Dreyfuss), italien (le positivime scientifique du droit pénal comme arme de prévention sociale), anglais (le darwinisme social) ou américain (l'eugénisme), dont la monstruosité découle du fait que le nazisme les a rassemblés.

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Johann Chapoutot publie " La loi du sang - Penser et agir en nazi ". Joseph Confavreux en a fait une présentation dans son article " La carte mentale du nazisme ", mais ce livre dépasse la compréhension du phénomène politique criminel, car il signale le caractère synthétique du nazisme des aberrations de son époque, reposant sur des discours français (antisémitisme de l'affaire Dreyfuss), italien (le positivime scientifique du droit pénal comme arme de prévention sociale), anglais (le darwinisme social) ou américain (l'eugénisme), dont la monstruosité découle du fait que le nazisme les a rassemblés.

S'agissant de l'antisémitisme, lire "Le juif errant est arrivé" d'Albert Londres montre que la haine du juif en Europe n'a pas été inventée par les nazis. Le reportage d'Albert Londres, rétrospectivement, fait frémir en établissant que le régime nazi a prospéré d'autant plus facilement qu'il existait un terreau très favorable à la haine du juif. Comme il en existe une aujourd'hui, décomplexée et officielle, des pauvres et de l'admission à les voir se noyer, ou souffrir dans des pays corrompus, pour permettre leur spoliation et leur exploitation dans des conditions inadmissibles ; ce qui renvoie l'analyste contemporain des mesures destinées à satisfaire l'opinion - flatter l'électeur-consommateur - aux observations historiques  (Comment Hitler a acheté les allemands par Götz Aly).

La banalisation des inepties par la caution scientifique et leur appropriation par les politiques ont favorisé l'acceptation du nazisme jusque dans les sphères les plus élevées de l'Allemagne, désarmant ainsi l'esprit critique face à la construction intellectuelle nazie, que Chapoutot exopse et analyse en détails, et dont les nazis se sont servis pour se justifier et se légitimer. Les expériences de Stanley Milgram illustrent la force de conviction du "sachant" sur l'opinion ; alors que la méthode scientifique repose sur le doute.

Cette même abdication intellectuelle des élites qui s'observe aujourd'hui, au prétexte d'une mondialisation, de l'argument selon lequel " les autres font pareil ", doit alerter les consciences et prioritairement celles qui ont la responsabilité des affaires publiques, qui sont très gravement défaillantes.

Johann Chapoutot expose page 254 et s. que le nazisme avait fait du droit pénal une " arme de guerre ". La loi sur le renseignement s'inscrit dans une logique de combat contre un ennemi intérieur. 

L'abdication des responsables des affaires publiques se manifeste la dynamique de régression sociale, la stigmatisation de groupes de population, et des droits fondamentaux au nom de " l'ordre " et de l'affirmation de l'émergence d'un Etat policier, un Etat fort, qui n'est que du totalitarisme.

Cette régression des droits fondamentaux s'accompagne d'un discours promouvant la croissance. Le point commun de ces mesures est la recherche de l'optimisation immédiate du profit. Le nazisme fut un business profitable reposant sur le vol et l'esclavage, l'aboutissement ultime de la logique de dérégulation dans la recherche du profit maximal.

Les juristes qui siègent à l'Assemblée nationale trahissent donc les valeurs fondamentales de la République française sans avoir peur du ridicule et de se contredire publiquement, pour défendre la corruption et la prise illégale d'intérêt.

Daniel Fasquelle, agrégé de droit, sur France Info, invoque le respect des droits fondamentaux pour critiquer la décision de la Chambre d'instruction (Sarkozy-Herzog-Azibert : la chambre d'instruction n'avait pas le choix)  ; alors qu'il a voté la veille pour l'adoption de la loi liberticide sur le renseignement, laquelle loi Urvoas met en échec des dispositions contraire à une loi adoptée quelques mois plus tôt à la demande de Christiane Taubira.

La dynamique régressive des droits se retrouve pareillement dans la loi Macron qui menace l'efficacité du principe de  l'égalité-homme femme (L'égalité hommes-femmes mise à mal par le projet de loi sur le dialogue social).

Il est unutile de s'émouvoir de l'émergence éventuelle d'un régime fasciste susceptible d'abuser de tels textes liberticides. Les dispositions régressives sont de nature totalitaires. Le fascisme est donc déjà là, en germe, qui fleurit un peu plus chaque jour et qui trouve des jardiniers pour l''arroser tous les jours et le faire fleurir en invoquant des prétextes fallacieux et arbitraires.

Le silence des politistes est coupable, la caution silencieuse des juristes est criminelle. Les tribunaux deviennent frileux. Assister à une audience, alors que la justice est publique, devient aussi difficile que de prendre l'avion.

A quoi cela sert-il d'être diplômé des plus haut grade de l'Université pour se taire ou raconter des inepties, faire dans le superficiel, la vacuité (Les Inrocks - Roger-Pol Droit contre les prophètes de bonheur) ?

Il est inadmissible d'entendre cette " intelligentsia " se défausser de son abdication sur le vote ouvrier, pour expliquer la montée du FN. Lire à ce sujet la critique de la presse de gauche de Vincent GOULET aux Editions Textuel : " Média, le peuple n'est pas condamné à TF1 ".

Le travail de Johann Chapoutot propose donc des clefs de compréhension du mécanisme intellectuel et des causes du succès du nazisme. Cette grille d'analyse complète utilement l'outil critique du discours actuel et et la compréhension de l'incidence de ses dérives.

Johann Chapoutot, historien, est un lanceur d'alerte démocratique.

 

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