Extrême-droite : les causes profondes

Un sage montre la Lune, l'idiot regarde le doigt (1). Les deux articles en Une de Médiapart d'aujourd'hui m'y ont fait pensé, à peine avoir écrit un article critique sur la faiblesse de la critique des causes de la montée du front national, qui se limite trop à l'apparence des choses, aux éléments directs du front national, sans s'intéressera aux causes profondes qui ne se trouvent pas au front national, mais dans une pratique de la politique.

RIDAN - Ah Les Salauds ! (LE CLIP QUI DÉRANGE) © RidanMusic

Un sage montre la Lune, l'idiot regarde le doigt (1). Les deux articles en Une de Médiapart d'aujourd'hui m'y ont fait pensé, à peine avoir écrit un article critique sur la faiblesse de la critique des causes de la montée du front national, qui se limite trop à l'apparence des choses, aux éléments directs du front national, sans s'intéressera aux causes profondes qui ne se trouvent pas au front national, mais dans une pratique de la politique.

Les deux articles de Ludovic Lamant et d'Antoine Perraud confirment au niveau européen ce qui me semble être l'erreur caractérisant les commentateurs de l'actualité politique française :

 

L'article de Ludovic Lamant reflète l'imposture du discours dominant erroné sur le fond et qui, méthode Coué, répète et colporte une propagande qui nuit gravement à la réalité de l'UE et à la confiance de l'opinion dans la démocratie. Le citoyen européen doit refuser de se laisser manipuler de la sorte et être critique.

Le discours d'Orban est contraire au droit de l'Union et la mise en oeuvre de ce qu'il annonce serait une violation du droit de l'Union motivant un recours en manquement.

Nonobstant la différence de traitement avec les aberrations juridiques de Cameron qui remet également en cause les droits de l'Homme et parle de réintrodurie la peine de mort, Orban ne peut pas le faire sans se mettre au ban de l'Union européenne au visa de l'article 6 du TUE.

Les responsables de la montée de l'extrême-droite en Europe sont donc aussi à chercher au sommet des instutions, MM. Juncker, Schultz et autres qui, selon ce que rapporte l'article de Ludovic Lamant, énoncent des mensonges institutionnels, parce qu'ils s'abstiennent d'évoquer les possibles recours en manquement, dont la seule menace, s'ils le faisaient, dégonflerait la baudruche libérale, dont l'extrême-droite est l'idiot utile, le laboratoire, celui qui lance les ballons d'essai, que les gouvernements de l'Union adopteront s'il n'y a pas de mouvement d'opinion.

Nos démocraties piétinent le droit qui s'est construit à l'issue de la seconde guerre mondiale et les valeurs fondamentales dont les horreurs nazies ont dicté l'impératif de les consacrer. Le parti européen auquel appartient l'UMP appelle à la guerre contre la Russie sans que cela n'émeuve personne (Des eurodéputés PPE veulent une UE prête à la guerre ) alors que la Charte des Nations-Unies prohibe le recours à la force.

Le venin fasciste de la banalisation du mépris pour la dignité humaine s'est bien diffusé dans l'opinion au point d'exonérer les politiques de tout cas de conscience et de les convaincre qu'ils peuvent repousser d'un revers de la main n'importe quel drame, au prétexte du pragmatisme ou de la baisse de rentabilité des actions. Voir l'indifférence acceptée des gouvernements par les foules à laisser se noyer les gens en Méditerranée.

Ce seul comportement est en violation manifeste avec le droit de l'Union européenne. Ce qui est encore plus grave et inquiétant, est qu'il n'existe pas un seul eurodéputé pour le dire, et encore moins pour agir efficacement.

L'actualité de l'UE doit être traitée conformément à l'état du droit et non en considération des fantasmes qui arrangent bien ceux qui les propagent par absence de courage politique ou incapacité de s'élever à la hauteur des valeurs fondamentales qu'ils sont censés servir et défendre ; comme la France en a donné le triste exemple avec les Roms. Ce qui montre que le sursaut démocratique de l'UE ne viendra pas de ce pays.

Il ne faut pas accepter de se laisser ballader à propos de l'essentiel de l'UE. Ce n'est pas sans conséquence. Les propos rapportés des gouvernements, et pas seulement celui de la Hongrie qui n'est qu'une caricature des autres, font échec aux droits fondamentaux et ils ont pour effet d'en banaliser la violation.

Antoine Perraud propose un entretien avec György Konrád et son fils, l'historien Miklós Konrád. Sur la difficulté de réfléchir et d'aimer son pays pris en otage par un discours anachronique, régressif, niant le progrès intellectuel et politique.

Un intellectuel seul ne fait pas changer le Monde.

Sakharov n'a pas mis à genoux l'URSS. Il a seulement montré le fossé existant entre son courage d'homme isolé face à un régime totalitaire en comparaison à la lâcheté de centaines de millions d'occidentaux qui ont aujourd'hui l'indécence de récupérer son nom et sa notoriété pour se donner bonne conscience en délivrant un prix à d'autres "Sakharov".

Voilà la réalité politique européenne de 2015.

Le délire Orbanesque doit être sanctionné et l'UE a les moyens politiques, économiques et juridiques de le faire.

Laisser faire ne peut qu'emporter le projet européen, fondé sur l'idéal démocratique, et accepter qu'il soit détourné, dénaturé, au service d'un petit nombre et au mépris de l'intérêt général.

La Hongrie n'est que l'effet visible d'une cause qui est à rechercher dans l'abdication du personnel politique au capital et sa désertion à défendre les valeurs fondamentales sur lesquelles reposent l'Europe et son modèle démocratique.

Il ne faut pas seulement observer les résurgences à la base de la pyramide. C'est le sommet qui s'effrite. Et l'effondrement viendra de l'absence de vigilance à colmater les infiltrations au fait de l'édifice qui le pollue jusqu'à la base. C'est l'intérêt du cas que présente la Hongrie.

Cette analyse doit aussi s'appliquer à la France. Elle peut expliquer le succès de la montée du front national tout aussi sérieusement qu'un prétendu transfert de voix de la gauche vers l'extrême-droite dans l'électorat ouvrier. Elle peut aussi expliquer les discours et les coups de mentons d'un gouvernement de gauche qui fait bien plus penser à Viktor Orban qu'à Jaurès.

Cet intellectuel hongrois est un sage. Il alerte sur la nécessité à ouvrir le champ d'exploration de la rélexion sur l'extrême-droite.

Il ne faut pas que l'explication de la montée de l'extrême droite se réduise à l'histoire du sage qui montre la Lune, dans laquelle la presse ne parle que du doigt ; sauf quelques médias, comme sur Médiapart.

 

_____________________

 

(1) Il y a aussi l'histoire de la cruche : "prends une cruche, fracasse toi sur la tête. Si cela sonne creux n'en déduit pas forcément que c'était la cruche qui était vide. "

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.