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Billet de blog 16 septembre 2014

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Sabra et Chatila : la politique israélienne de Deir Yassin à Gaza

ARTE rediffuse The Gatekeepers. La date n'est pas anodine. Il y a 32 ans, l'armée israélienne avait encerclé les deux camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila au sud de Beyrouth-ouest. Elle y a laissé entrer 150 phalangistes libanais dirigés par Elie Hobeika pour y perpétrer un massacre de civils provoquant la mort de plusieurs centaines de civils. Israël s'est comportée comme l'armée soviétique attendant la fin du massacre par les SS de l'insurrection de Varsovie pour libérer la ville. Les Occidentaux, déjà, n'ont pas insisté pour que l'armée soviétique intervienne et libère la ville plus tôt.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

ARTE rediffuse The Gatekeepers. La date n'est pas anodine. Il y a 32 ans, l'armée israélienne avait encerclé les deux camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila au sud de Beyrouth-ouest. Elle y a laissé entrer 150 phalangistes libanais dirigés par Elie Hobeika pour y perpétrer un massacre de civils provoquant la mort de plusieurs centaines de civils. Israël s'est comportée comme l'armée soviétique attendant la fin du massacre par les SS de l'insurrection de Varsovie pour libérer la ville. Les Occidentaux, déjà, n'ont pas insisté pour que l'armée soviétique intervienne et libère la ville plus tôt.

L'émotion internationale qu'a provoqué ce massacre de civils de Sabra et Chatila, sous le contrôle de l'armée isrtaélienne, a conduit Israël à diligenter une enquête en désignant un commission présidée par le Président de la Cour suprême israélienne, Yitzhak Kahane.

Une commission indépendante, présidée par Sean Mac Bride, avocat, fondateur d'Amnesty international et prix Nobel de la Paix, concluera à la responsabilité d'Israël.

L'Assemblée générale des Nations-Unies adoptera la résolution 37/123 condamnant ce massacre qu'elle qualifie d'acte génocidaire " that the massacre was an act of genocide ". Cet acte est donc imprescriptible.

La commission Kahane a conclu dans son rapport à la responsabilité criminelle des phalangistes et à la complicité de l'armée israélienne.

" a number of I.D.F. soldiers detected killing and violent actions against people from the refugee camps. We heard testimony from Lieutenant (Avi) Grabowsky, a deputy commander of a tank company, who was in charge of a few tanks which stood on an earth embankment - a ramp - and on the adjacent road, some 200 meters from the first buildings of the camps. In the early morning hours he saw Phalangist soldiers taking men, women and children out of the area of the camps and leading them to the area of the stadium. Between 8:00 and 9:00 a.m. he saw two Phalangist soldiers hitting two young men. The soldiers led the men back into the camp, after a short time he heard a few shots and saw the two Phalangist soldiers coming out. At a later hour he went up the embankment with the tank and then saw that Phalangist soldiers had killed a group of five women and children. Lieutenant Grabowsky wanted to report the event by communications set to his superiors, but the tank crew told him that they had already heard a communications report to the battalion commander that civilians were being killed, [and] the battallion commander had replied, "We know, it's not to our liking, and don't interfere." Lieutenant Grabowsky saw another case in which a Phalangist killed a civilian. In the afternoon hours his soldiers spoke with a Phalangist who had arrived at the spot, and at the request of Grabowsky, who does not speak Arabic, one of the soldiers asked why they were killing civilians. The answer he received was that the pregnant women will give birth to terrorists and children will grow up to be terrorists. Grabowsky left the place at 16:00 hours. Late in the afternoon he related what he had seen to his commander in the tank battalion and to other officers. At their suggestion he related this to his brigade commander at 20:00 hours (Grabowsky testimony, pp. 380-388). In various statements made to the staff investigators, soldiers and officers from Lieutenant Grabowsky's unit and from other units stationed nearby related that they saw on Friday various acts of maltreatment by the Phalangist soldiers against men, women and children who were taken out of the camp, and heard complaints and stories regarding acts of killing carried out by the Phalangists. One of those questioned heard a communications report to the battalion commander about the Phalangists "running wild." "

La commission a souligné notamment la responsabilité directe d'Ariel Sharon dont elle a réclamé la démission.

" The Commission determined that the massacre at Sabra and Shatilla was carried out by a Phalangist unit, acting on its own but its entry was known to Israel. No Israeli was directly responsible for the events which occurred in the camps. But the Commission asserted that Israel had indirect responsibility for the massacre since the I.D.F. held the area, Mr. Begin was found responsible for not exercising greater involvement and awareness in the matter of introducing the Phalangists into the camps. Mr. Sharon was found responsible for ignoring the danger of bloodshed and revenge when he approved the entry of the Phalangists into the camps as well as not taking appropriate measures to prevent bloodshed. "

Elle a également évoqué la responsabilité des autorités US dans les décisions israéliennes, notamment celle de Morris Draper, ambassadeur itinérant du président Ronald Reagan au Proche-Orient.  Un article du monde précise cette interprétation : " Le "massacre évitable" de Sabra et Chatila " par Sylvain Cypel :

" Dans ses Mémoires, le secrétaire d'Etat, George Shultz, sera le plus sévère : "Les Israéliens ont dit qu'ils entraient dans Beyrouth (…) pour éviter un bain de sang, il s'avère qu'ils l'ont facilité et peut-être même suscité." Pour avoir fait confiance à leurs alliés, écrira-t-il, "le résultat brutal aura été que nous sommes partiellement responsables" de ce massacre.

En conclusion de son article, Seth Anziska écrit : "La leçon est claire : parfois un proche allié agit à l'inverse des intérêts et des valeurs américaines. Echouer à exercer la puissance américaine pour les défendre peut avoir des conséquences désastreuses." L'important, explique-t-il au Monde, n'est pas que les Israéliens aient "délibérément trompé" les Américains, selon l'expression qu'utilisera le sous-secrétaire d'Etat Lawrence Eagleburger, ou qu'ils l'aient fait par conviction. "L'essentiel tient en la faiblesse diplomatique face à leurs intimidations et aux reculades successives de l'ambassadeur Draper", qui finit par céder sur l'essentiel. "

Les procédures engagées au niveau international contre Ariel Sharon ont été contrariées par les grandes puissances alliées d'Israël, protégeant ainsi Ariel Sharon, criminel international selon la résolution UN AG 37/127, le rapport Kahane, le rapport Mac Bride et le droit pénal international, au mépris du droit international et du principe aut dedere aut judicare (« extrader ou poursuivre »), que les Etats occidentaux savent portant invoquer avec succès contre les Etats africains.

Le massacre de Sabra et Chatila n'est malheureusement qu'un évènement illustrant la persistance de la politique israélienne qui s'affirme dans le massacre des populations civiles palestiniennes depuis Deir Yassin, de Lydda, d’al-Dawayima et d’Abou Shousha, jusqu'aux massacres chroniques de Gaza, comme l'opération "bordure protectrice" a encore illustré récemment la persévérance d'une politique faite de brutalité (plus de 2100 morts et 11000 blessés civils selon I24 news et AFP) ; au mépris de la Charte des Nations-Unies et de la résolution 181 des Nations Unies créant l'Etat palestinien ("l'Etat arabe" dans le texte), et agissant impunément avec la caution et le soutien des autorités occidentales en donnant un blanc seing aux massacres : «il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces».

Ce mépris pour l'ordre public international explique le développement des conflits.

Ce mépris a été encouragé par le gouvernement des USA de Georges Bush, Dick Cheyney et Donald Rumsfeld dont la situation actuelle en Irak établit l'erreur criminelle. Barack Obama ne peut absolument pas se permettre la même erreur.

Israël a cependant et également une très grande responsabilité dans l'inefficacité de la Charte des Nations-Unies. Cet Etat a témoigné de son mépris pour l'ordre public international en assasinant le représentant des Nations-Unies pour un plan de Paix en 1948.

L'anniversaire de Chabra et Chatila, dans la perspective de la dérive internationale, souligne l'importance de la réhabilitation du droit international public et notamment de la Charte des Nations-Unies.

La France, membre permanent du Conseil de sécurité, a, à ce titre, une responsabilité mondiale à l'égard de la communauté internationale et le moyen de s'affirmer à la tête de la diplomatie de l'UE pour conférer et affirmer la crédibilité politique et diplomatique de l'Europe.

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Attentat à Beyrouth contre Elie Hobeika

Joëlle TOUMA 25 janvier 2002 à 21:48

L'ex-chef des Forces libanaises tué par une voiture piégée.

Dans un communiqué en arabe faxé au bureau de Reuters à Chypre, un groupe jusqu'ici inconnu, «les Libanais pour un Liban libre et indépendant», a revendiqué l'«exécution» d'Hobeika en l'accusant d'avoir été un traître à la solde du «gouverneur Ghazi Kenaan», chef du renseignement militaire syrien au Liban. En fait, beaucoup de gens avaient intérêt au silence de ce chef de milice qui fut l'homme des Syriens après avoir été celui des Israéliens (lire ci-contre).

Carnage. Mercredi avait eu lieu, à Bruxelles, la dernière audience devant la chambre des mises en accusation concernant la plainte contre Ariel Sharon pour sa responsabilité dans les massacres de Sabra et Chatila qui firent entre 800 et 2000 morts, lors de la prise de Beyrouth par ses forces en 1982. L'armée israélienne avait laissé se dérouler le carnage dans ces deux camps palestiniens sans réagir. Elie Hobeika, qui était alors chef des services de renseignement des Forces libanaises, milice alliée d'Israël, est accusé de ces massacres et les plaignants se sont récemment constitués partie civile contre lui également.

Enquête étouffée. Ministre au Liban de 1991 à 1998, Hobeika faisait partie jusque-là des protégés de la Syrie et jouissait, comme beaucoup d'autres, de la loi d'amnistie couvrant ces événements. Cela suffisait à le mettre juridiquement à l'abri au Liban, mais cette protection ne vaut pas face à la compétence universelle des tribunaux belges. En juillet dernier, un mois après le dépôt de la plainte, Elie Hobeika avait tenu une conférence de presse pour se déclarer prêt à témoigner en Belgique et à fournir des preuves de son innocence. Pour le Liban, le seul coupable des massacres de Sabra et Chatila est Sharon. Une enquête, entamée à Beyrouth dès 1983, n'a jamais été menée à son terme. «Il est clair que cette enquête a été étouffée politiquement», explique Chebli Mallat, avocat des plaignants.

La mort d'Elie Hobeika a-t-elle soulagé le Liban qui, n'ayant plus à craindre l'ouverture d'une boîte de Pandore, peut ainsi appuyer la plainte contre Sharon? «L'objectif des assassins est de détourner l'attention de l'opinion arabe et mondiale des crimes commis en Palestine occupée et d'empêcher le défunt de témoigner devant le tribunal de Belgique», a affirmé le président libanais Emile Lahoud, accusant implicitement Israël du crime. La thèse de la responsabilité de l'Etat hébreu est effectivement la plus répandue à Beyrouth. C'est aussi la moins gênante. «Il est clair qu'Israël ne veut pas de témoins à charge dans le procès historique intenté en Belgique et qui condamnera sûrement Ariel Sharon», a déclaré le ministre libanais des Déplacés, Marouan Hamadeh, en visite à Amman. «Hobeika posait un problème pour Sharon, il alourdissait son dossier et savait trop de choses sur 1982, sur le Mossad, affirme Joe Bahout, analyste politique, mais c'est également une manière de dire aux Libanais et aux Syriens qu'ils ne sont à l'abri de rien.»

Dans le camp de Sabra et Chatila, personne ne célèbre la disparition d'Hobeika. Pour Mohamed Abou Roudeina, l'un des plaignants contre Ariel Sharon, «c'est une très mauvaise nouvelle, sa mort risque d'enterrer l'affaire Sharon, on a voulu l'empêcher de révéler des noms de Libanais et d'Israéliens».

*

" Dès midi, les camps de Sabra et Chatila, qui forment en réalité une seule zone de camps de réfugiés au sud de Beyrouth-ouest, sont encerclés par des chars et par des soldats israéliens, qui installent tout autour des camps des points de contrôle permettant de surveiller les entrées et les sorties. Durant la fin de l'après-midi et la soirée, les camps sont bombardés au tir d'obus. Le jeudi 16 septembre 1982, l'armée israélienne contrôle l'ensemble de Beyrouth-ouest. Dans un communiqué, le porte-parole militaire déclare: " Tsahal contrôle tous les points stratégiques de Beyrouth. Les camps de réfugiés, incluant les concentrations de terroristes, sont encerclés et fermés ". Au matin du 16 septembre, l'ordre est donné par le haut commandement de l'armée: "Searching and mopping up of the camps will be done by the Phalangists/ Lebanese Army" [10] Pendant la matinée, des obus sont tirés vers les camps depuis les hauteurs environnantes et des tireurs d'élite israéliens postés autour, tirent sans discrimation sur tous les civils se trouvant dans les rues. Vers midi, le commandement militaire israélien donne aux milices phalangistes le feu vert pour l'entrée dans les camps de réfugiés. Peu après 17h, une unité d'environ 150 Phalangistes entre par le sud et le sud-ouest dans le camp de Chatila. Lorsque le général Drori appelle par téléphone Ariel Sharon et lui annonce: "Nos amis avancent dans les camps. Nous avons coordonné leur entrée." Ce dernier répond "Félicitations!, l'opération de nos amis est approuvée." " (Source : http://archive.indymedia.be/uploads/le_massacrjbxvnf.txt citant Amnon Kapeliouk, " Sabra et Chatila : Enquête sur un massacre ", Paris, Seuil 1982 p.37)

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ARTE : The Gatekeepers

mardi 16 septembre à 22h35 (96 min)

Rediffusion lundi 06.10 à 8h55

Les confessions de six anciens chefs du Shin Beth, le Service de la sécurité intérieure d'Israël. Un documentaire exceptionnel, nominé aux Oscars, qui éclaire trente ans de lutte antiterroriste et d'errements face à la question palestinienne.

Chacun à leur tour, ils racontent, intensément, quelque trente ans de lutte antiterroriste en Israël et de gestion désastreuse de la question palestinienne. Un flot d’aveux précis, circonstanciés, d’une remarquable liberté et d’une sidérante acuité. Six anciens chefs du Shin Beth, l’équivalent israélien du FBI, expliquent comment, depuis la Guerre des six jours en 1967, dont la victoire vaut à l’État hébreu d’occuper Gaza et la Cisjordanie et de faire face à un million de Palestiniens, les responsables politiques n’ont jamais vraiment cherché à construire la paix. Une succession d’erreurs qu’inaugurent les mots d'arabe approximatif avec lequel de jeunes réservistes s’adressent aux populations des nouveaux territoires occupés, leur annonçant qu’ils viennent les "castrer", au lieu de les "recenser".

Peuple oublié

Bavures, tortures, méthodes iniques de renseignements et de recrutement d’indicateurs amplifiant la haine de l’occupé… Ils disent surtout l’absence glaçante de vision stratégique ; la résistance et l’hostilité des Palestiniens oubliés explosant avec la première Intifada ; le laxisme face à l’extrémisme juif qui anéantira, avec l’assassinat de Yitzhak Rabin, la seule réelle lueur de paix. "On a gagné toutes les batailles, mais on a perdu la guerre", lâche Ami Ayalon, à la tête du service de 1996 à 2000, quand Avraham Shalom, le plus ancien d’entre eux, compare l’armée d’occupation à celle de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. "Quand vous quittez le Shin Beth, vous devenez gauchiste…", conclut avec ironie Yaakov Péri (1988-1994). Nourri par de formidables archives et un travail visuel sophistiqué à partir de photos, ce réquisitoire exceptionnel, sorti en salles pendant la campagne des législatives, a eu l’impact d’une bombe en Israël. Déjà auteur de Sharon, le réalisateur Dror Moreh croit fermement au pouvoir des films et c’est peut-être là l’un des secrets de réussite de son audacieuse entreprise. Un manifeste passionnant de bout en bout, doublé du portrait de six hommes en proie au doute, mais animés d'un salvateur pragmatisme.

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