C'est une erreur de réserver le mot blasphème à la religion. C'est se limiter à au sens du latin chrétien blasphemia. Blasphemia n'a pas une signification exclusivement religieuse. C'est donc une erreur que de limiter à ce champ. Un petit détour dans l'étymologie montre que le blasphème existe en France et qu'il est réprimé par la loi sur la liberté de la presse.
Le latin blasphemia est construit à partir du mot grec βλασφημία (blasphémia) composé, d'une part, de l'adjectif βλάξ (signifiant mou de corps et d'esprit, stupide et donnant βλακεία signifiant paresse ou βλακικός paresseux) ou du verbe βλάπτω (blaptô « léser, endommager. ») et d'autre part du verbe φήμη (dire) qui signifie aussi parole, rumeur ou réputation.
Le blasphème est donc une parole qui blesse.
L'étymologie montre que notre république, malgré un discours qui exclut le blasphème dans son sens religieux, le consacre malgré tout dans la loi sur la liberté de la presse par la répression de la diffamation, de l'injure et de l'apologie.
La diffamation et l'injure sont des blasphèmes à l'honneur.
L'étymologie révèle le peu de caractère républicain de l'honneur : Du lat. class. honos (dér. d'onus), honor, honoris, masc. « honneur rendu aux dieux, décerné à qqn, marque de considération; charge, magistrature, fonction publique »; à l'époque médiév., honor désigne surtout la charge octroyée par le roi au comte, au duc, aux officiers royaux (dep. le VIe s. ds NIERM., § 8); ces fonctions entraînant la concession de revenus fonciers, l'honor finit par se confondre avec le beneficium; devenu héréditaire, il tend naturellement à désigner le fief (dep. le début du IXe s., ibid., § 14; v. HOLLYMAN, pp. 33-37; F.-L. GANSHOF, Qu'est-ce que la féodalité?, pp. 77, 79 et 153-154; R. BOUTRUCHE, Seigneurie et féodalité, t. 2, pp. 263-64) (Trésor de la langue française).
La répression de l'apologie d'actes de terrorisme, extrait de la loi sur la presse pour en faire une infraction pénale autonome dans le code pénal, témoigne de la volonté du pouvoir à réprimer la parole qui contrarie "l'ordre".
Apologie vient également du latin chrétien apologia, signifiant justification d'une idée ou d'une croyance, issu du grec ἀπολογία (apologia) signifiant « défense parlée ou écrite », dont l'emploi remonte aux écrits de Saint Jérôme, Epist. c. Ioannem (Trésor de la langue française Etymologie d'apologie)
Cela montre l'inspiration peu laïque de la limitation de la liberté d'expression.
Un glissement des mythes s'est opéré en France avec le passage du divin à la raison.
L'actualité montre, notamment Médiapart, que le même manque de rigueur intellectuelle qui caractérisait ceux qui professaient l'ancien régime se retrouve à l'identique dans les personnes qui professent le nouveau. Il semblerait que ce n'est pas tant les mythes qui sont mauvais que ceux qui les appliquent. Cette critique existe depuis l'Antiquité.
L'observation peut porter à s'interroger si l'invocation aux Lumières n'enjolive pas une dérive prométhéenne, dans laquelle le mot Nation s'est substitué au Dieu, sans qu'on ne change les textes ni les rapports sociaux, en considération de la faiblesse du caractère démocratique des instutions.
L'orgnaisation sociale actuelle ne repose plus sur le religieux (étymologie) mais sur un supposé ordre républicain (dérivé de république, dont l'étymologie signifie "bien public" et renvoie à la notion d'intérêt général. Sur ce sujet voir : Le Conseil d'État : Réflexions sur l'intérêt général).
Le mot ordre est (très) polysémique.
Il recouvre un nombre très important de notions. Son étymologie montre qu'il vient du verbe latin ordinare qui signifie " mettre en rang ". Le discours sur "l'ordre républicain" renvoie étymologiquement à une caserne. C'est Sparte plutôt qu'Athènes.
Le droit et l'étymologie établissent qu'il existe une répression du blasphème en France, celle d'un blasphème républicain trouvant sa source ou son siège dans l'atteinte à l'honneur, dérivé de l'onus, ou à l'ordre, " la mise en rang ", qui caractérise les champs de tulipes, plante à bulbe.
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La photo est celle d'une campagne de presse de Benetton, marque de vêtements qui aimait provoquer pour faire parler d'elle. Un pratique marketing dont s'empare les communiquants politique, qu'il s'agisse des partis de gouvernement ou Dieudonné.