Télescopage du chaos libéral

« Il y a une égale injustice à attribuer aux princes régnants les mérites et les vices du peuple actuel qu'ils gouvernent. Ces mérites et ces vices sont presque toujours, comme la statistique et la logique le pourraient démontrer, attribuables à l'atmosphère du gouvernement précédent. » (Baudelaire)
L'Accord National Interprofessionnel du 11 janvier 2013 © Banyulsinfo

« Il y a une égale injustice à attribuer aux princes régnants les mérites et les vices du peuple actuel qu'ils gouvernent. Ces mérites et ces vices sont presque toujours, comme la statistique et la logique le pourraient démontrer, attribuables à l'atmosphère du gouvernement précédent. » (Baudelaire)

 

L'affaire Cahuzac a démontré que les partis politiques abritent des techniciens ou des profiteurs de la désertion fiscale du PS au Front national.

Seulement 18% des Français jugent le président François Hollande «capable de rassembler» selon les Echos. Il s'est engagé dans une fuite en avant parce qu'il est isolé dans son propre camp, comme l'atteste la fronde à l'Assemblée menée par son président ralliant le PS et l'UMP, et il a manqué de garder son gouvernement uni en ne réagissant pas aux accusations dirigées contre Laurent Fabius.

François Hollande prend l'opinion à témoin avec la moralisation de la vie publique, dans la précipitation, en annonçant des mesures redondantes, qui existent déjà, preuve de l'incompétence de ceux qui le conseillent et que confirment les censures du conseil constitutionnel. Coincé, isolé au sein de son propre parti, divisé, il joue l'opinion contre le politique, précipitant le calendrier de l'adoption du mariage pour les homosexuels.

 

Mauvais choix.

 

Ce faisant, le mariage pour tous devient le prétexte opportuniste – pour la droite - d'un affrontement que le pouvoir n'est pas en mesure de prévenir. Il prend en otage la revendication légitime d'un groupe de population à voir enfin abolie la discrimination fiscale et patrimoniale dont il souffre, au risque de la maintenir et les exposer en cas d'émeutes. Le PS n'est plus le parti du progrès. La droite cristallise le mécontentement de la régression sociale qu'elle a elle même promue et que le PS entérine en adoptant seul la transposition de l'ANI du Médef.

 

D'une part, la droite et l'extrême droite mobilisent pour finir de profiter de la faiblesse du pouvoir, au risque, dans la confusion, d'attiser la haine ; d'autre part, le ministre de l'intérieur n'est pas à la hauteur.

 

Monsieur Copé et Madame Le Pen instrumentalisent le mécontentement social issu de l'idéologie libérale, qu'ils prônent eux-mêmes, et dont les effets se font sentir, pour le retourner contre un pouvoir incapable d'avoir su marquer sa différence avec eux. L'adoption de l'accord du Médef à l'Assemblée nationale par le Parti socialiste traduit cette proximité, cette « union sacrée » libérale. Le PS et le président ont fait voter l'ANI contre la volonté des salariés. Ils se sont séparés de leur électorat. Cette trahison explique la perte de crédibilité du pouvoir. Elle ne profite qu'à la droite, qui ne voit dans les manifestations à venir qu'une opportunité pour finir de le faire tomber.

 

Le ministre de l'intérieur ne se distingue pas de ses prédécesseurs et témoigne d'une incapacité à modifier le fonctionnement de la police au point de s'interroger très sérieusement sur son autorité. Sa chasse aux Roms et aux étrangers, sans discernement ni humanité (voir la décision du TA de Lyon), témoigne plus de sa mansuétude pour la hiérarchie policière qui promeut la répression et la surveillance de la population. La publication du patrimoine du ministre de l'intérieur crée un doute sur sa capacité à gérer ses propres petites affaires. Ce détail s'ajoute au sentiment d'inadéquation de sa désignation à la tête d'un ministère qui nécessitait une très sérieuse reprise en main et à douter sa capacité à assurer la paix publique.

 

La droite, fascinée par l'esthétique du morbide1, en appelle à la rue. Cette foule sera la couverture idéale des extrémistes, des plus fanatiques. La droite ne peut pas l'ignorer. Qu'a-t'elle prévue comme service d'ordre ? Elle ne peut pas, en appelant ainsi à la rue, se défausser sur la seule police. Ce serait irresponsable de sa part. Elle se doit d'assurer un service d'ordre pour garantir la sécurité de ses manifestants, comme le font les organisations professionnelles lors de leurs manifestations.

 

Le ministre de l'intérieur, prompt à menacer les syndicats, ne dit rien. Le ministère de l'intérieur, quant à lui, dont le comportement est mis en cause dans des affaires (Merah, corrruption, faux en écriture publique par l'IGPN, Tarnac, Wikipédia, ...), ne s'est jamais prononcé clairement sur les agitateurs ou les provocateurs infiltrés dans les manifestations.

 

Des débordements dramatiques et violents paraissent dès lors comme très probables.

 

Enfin, Madame Frigide Barjot engage sa responsabilité à maintenir une manifestation dans ces conditions en offrant le prétexte à tout le monde de verser sa bile et d'en découdre. Le succès de cette femme est d'ailleurs très étonnant quant on constate la difficulté des syndicats à mobiliser pour dénoncer l'accord national interprofessionnel qui menace l'avenir de 20 millions de salariés. Qui est derrière elle, qui la finance, qui l'aide ? N'a-t-elle pas peur de faire « l'idiot utile » d'un mouvement qui n'a rien à faire des préoccupations qu'elle énonce ?

 

Quant aux croyants, la loi civile et le dogme sont séparés. Ceux qui instrumentalisent leur foi sont des manipulateurs anti-républicains, la République garantissant la liberté religieuse par la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Rappeler l'axiome de sa foi rentre dans l'exercice de la liberté d'expression. Celle-ci n'autorise pas cependant à s'opposer à la loi civile qui relève du pouvoir législatif. L'Eglise s'est fourvoyée en n'évitant pas d'être impliquée dans cette confusion des esprits qui la replace pour des années dans le camp d'une droite libérale et méprisante.

 

Ce mois de mai 2013 apporte la conclusion de l'immaturité politique et religieuse des onze dernières années qui se traduit à la fois dans les scandales judiciaires de la collusion et la plus vile manipulation qui soit de la misère sociale, par ceux-là mêmes qui sont responsables de ses causes (réforme de retraites, casse industrielle, politique libérale, privatisation, bouclier fiscal, ...).

 

Il n'y a pas si longtemps, lire ou seulement posséder le livre « L'insurrection qui vient » justifiait des poursuites judiciaires. Aujourd'hui, ceux qui justifiaient cette procédure liberticide appellent clairement à l'insurrection, à l'émeute. Ces gens sont des manipulateurs.

 

Le pouvoir est faible. L'opposition n'est pas bien plus forte et se renforce en s'alliant à l'extrême-droite. Les secondes jouent la paix civile contre le premier. C'est la consécration ultime du modèle libéral qui repose sur la loi du plus fort, le rapport de force. C'est médiocre. C'est inadmissible.

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(1) Ollivier Pourriol raconte dans son livre "On/Off" que Marine Le Pen a récité Une Charogne et s'est dite "fascinée par ce mélange de cruauté et de beauté" (@SI 38'24")

 

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