Lizzie et la médiocratie française

Paradoxe du pouvoir à invoquer un passé – De Gaulle, la résistance – quand l'actualité en rappelle un autre - L'affaire Stavisky : les difficultés des investigations financières avec la disparition du conseiller Prince, l'apparence de la rigueur judiciaire s'abattant sur les petites gens (Seznec) avec la complicité d'une police à la Pierre Bonny.

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Paradoxe du pouvoir à invoquer un passé – De Gaulle, la résistance – quand l'actualité en rappelle un autre - L'affaire Stavisky : les difficultés des investigations financières avec la disparition du conseiller Prince, l'apparence de la rigueur judiciaire s'abattant sur les petites gens (Seznec) avec la complicité d'une police à la Pierre Bonny.

Eva Joly a raison de dénoncer la communication politique et son discours anesthésiant. La banalisation du scandale ordinaire n'a qu'un effet, celui de laminer l'esprit critique. Il faut cesser de cautionner par le silence un comportement indécent. Il appartient aux médias de relayer ceux qui le dénoncent depuis déjà très longtemps. Le sursaut d'indignation politique d'Eva Joly n'est pas extraordinaire en soi. Il est tout à fait normal dans de nombreux pays où de telles affaires conduiraient au départ immédiat des responsables politiques ; parce qu'ils ont entamé la confiance de l'opinion dans les institutions démocratiques. Il est donc extraordinaire qu'il paraisse extraordinaire en France qu'un élu s'offusque d'une situation scandaleuse. Cela montre à quel point l'opinion est chloroformée.

Les commémorations du pouvoir sont devenues sa seule façon d'entretenir la légitimité. Il entretient sa notoriété par procuration, en s'accaparant celle dont il montre tous les jours son mépris pour les efforts et le sacrifice de ceux qu'il prétend honorer. C'est du proxénétisme idéologique dont la Nation est la victime.

Lizzie a remplacé Marianne. Si le pouvoir n'hésite pas à mettre la Nation sur le trottoir, elle n'a plus qu'un pas à faire pour être dans la rue. Le "pouvoir souverain" y retrouvera tous ceux qui y sont déjà du fait de l'action du gouvernement.

Au delà de la personne de Monsieur Woerth, du conflit d'intérêt du minsitère public dans des affaires où il est impliqué par sa soumission au pouvoir exécutif, c'est tout le gouvernment, à travers les nombreuses révélations récentes, qui a perdu sa crédibilité. Se maintenir au pouvoir dans ces conditions s'interpréte comme son adhésion aux méthodes révélées par Médiapart.

Ce n'est pas seulement un scandale d'Etat. C'est l'image de la France dans le monde et son poids dans les négociations diplomatiques qui commandent aux "responsables" politiques - si tant est qu'ils se sentent responsables - de réagir. La "fashioncratie", rappelant le clinquant de Félix Faure, commande un sursaut dépassant les limites des stades de foot. C'est l'état de notre démocratie qui garantit le moyen d'y parvenir à tous ceux qui en sont privés.

C'est dans cette otpique que Marc Rigaux s'alarme dans son essai sur le droit de la dignité de l'homme au travail remise en cause : "Droit du travail ou droit de la concurrence sociale". La déshérence de la conscience démocratique française, la déliquescence des acquis sociaux, les atteintes nombreuses aux droits et aux libertés n'ont pas pour seul effet de les faire reculer en Occident mais aussi dans tout le Monde. La France apparaît dès lors plus sûrement comme le fossoyeur des droits de l'homme que comme son promoteur, et ses Lumières ne sont plus que les flambeaux d'un cortège funèbre.

Ras-le-bol de la médiocratie. Honte à ses colporteurs. Merci à ceux qui s'en offusquent officiellement et qui relayent la déception de l'opinion.

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