Police nationale : histoire de FES

Les questions d'argent amènent toujours les gens à rêgler leurs comptes. Apparemment, la police a du mal à s'assoir sur ses FES. Claude Guéant doit-il pour autant s'inquiéter des siens ? Un commissaire l'accable dans un article de Médiapart intitulé : "Guéant: la police a été une «vache à lait», accuse l'ancien patron de l'IGS".
La Tactique Du Gendarme © Joli_Papa
La Tactique Du Gendarme © Joli_Papa

Les questions d'argent amènent toujours les gens à rêgler leurs comptes. Apparemment, la police a du mal à s'assoir sur ses FES. Claude Guéant doit-il pour autant s'inquiéter des siens ? Un commissaire l'accable dans un article de Médiapart intitulé : "Guéant: la police a été une «vache à lait», accuse l'ancien patron de l'IGS".

A la question " À quoi servent normalement les frais d’enquête et de surveillance (FES), qui représentent quelque 10 millions d’euros circulant en liquide chaque année dans les services de police ? ", le commissaire explique au début de l'interview : " Quand vous devez acheter un livre qui vous intéresse, il n’est pas possible de faire un bon d’achat et d’attendre six mois pour l’obtenir ! "

Est-ce crédible ?

Ceux qui fréquentent les bureaux de police n'ont pas été particulièrement surpris par la quantité des livres, sinon un vieu code dépassé récupéré auprès du greffe d'un tribunal. Quant au mobilier, aux installations et à l'état des locaux, notamment ceux de garde-à-vue, ils portent à croire que les factures d'entretien courant ne bénéficient pas de cette manne tirée des FES.

Le commissaire précise " Une police sans argent, c’est une police sans renseignement, des policiers qui ne peuvent pas rendre une invitation, ne peuvent pas se payer un sandwich, c’est la main tendue à des affaires de corruption. " Ne pas pouvoir s'acheter un sandwich, est sûrement ce qui a perdu Michel Neyret, directeur adjoint de la police judiciaire à Lyon, poursuivi par l'IGS. Le droit pénal n'abandonne pas la police. Il y a le bon juge de Château Thierry et l'état de nécessité.

Le commissaire explique que tout marcherait beaucoup mieux si cet argent était géré par des policiers, seulement, et non pas par des énarques. Le policier rappelle d'ailleurs que : "Les commissaires ont fait les mêmes études que les énarques, ils ont une solide formation juridique." Alors pourquoi ne font-ils pas l'ENA ? Quant à dire que "Ce sont des gens qu’on ne peut pas manipuler facilement.", ils sont en effet plutôt passés maître dans l'art de manipuler les autres. L''IGS fait actuellement l'objet de poursuites pour faux en écriture publique. L'IGPN aussi (affaire Pichon), la PJ aussi (affaire Tarnac), ...

Le commissaire prend à témoin le lecteur : " Si je vous remettais quelques milliers d’euros dans une enveloppe tous les mois, ne vous poseriez-vous pas des questions de savoir d’où sort cet argent ?

Le commissaire oublie qu'Antoine Gaudino a posé la question à l'administration : " En 1977, à l'âge de 33 ans, il entre dans la police et est nommé à la brigade financière de la Police judiciaire de Lyon. Très rapidement, l'inspecteur Gaudino dénonce les faux frais de mission, lesquels permettaient à la hiérarchie d'améliorer discrétionnairement le salaire de certains fonctionnaires en obtenant le remboursement de frais d'enquêtes pas toujours effectuées. Cette pratique aussi illégale que répandue était alors la norme et permettait de gratifier plus largement des fonctionnaires bien en cour. Par ailleurs, si dans nombre de services, les enveloppes correspondaient plus ou moins à un train obligé de dépenses (notamment lors de commissions rogatoires effectuées extra-régionalement), la répartition ultérieure tenait compte des grades et, partant, défavorisait les échelons inférieurs (pourtant dotés des mêmes appétits et utilisant les mêmes pompes à essence…). " (Wikipédia). Seule la DCRI lit-elle Wikipédia dans la police ?

Il évoque la "caissière" en charge de l'argent liquide au sein du ministère. " Henriette est une femme de bien, un ancien officier de police. Vu son âge – elle doit avoir 90 ans aujourd’hui ". Elle est donc vraisemblablement née en 1923 et elle devrait logiquement être entrée dans la police autour de 1943. " l'année 2009 fête le trentenaire des premières femmes Gardiens de la Paix. En effet le corps des Gradés et Gardiens de la Paix est resté très longtemps réservé aux hommes." Henriette était âgée de 56 ans en 1979. Le corps des officiers de police a été créé par un décret de 2005 (Légifrance). La police comprenait avant cela des officiers de paix et des inspecteurs.

Le commissaire est beaucoup plus disert quand il s'agit de parler des sous de Claude Guéant que des siens : " quel montant ? Je ne peux pas vous dire, car j’étais habilité très secret aussi bien à la DST qu’au cabinet du DGPN. " Réponse décevante venant de quelqu'un qui prône la transparence. Le secret défense couvre des informations classifiées. Un billet de banque n'est pas un document classifié. La révélation de ses revenus passés ne menace pas la sécurité nationale d'aujourd'hui. Le secret-défense n'est pas non plus perpétuel. Yves Bonnet et Marcel Chalet ont par exemple publié leurs mémoires :

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Enfin, l'article comporte quelques phrases cultes : " Les directeurs de police ont-ils touché plus de FES de deuxième secteur après 2004 ? " ; "C’était donc logique que je touche des FES." ; " Il n’y a aucune raison pour que la gestion des FES demeure opaque. " ; ...

Certains se mettent les FES sur la tête, plutôt que dans la poche, comme en Turquie, par exemple. Le chapeau paraît cependant, en l'espèce, un peu trop grand pour un seul homme. Claude Guéant passe un peu pour l'énarque tête de Turc du corps des commissaires de police. Deux corps qui se font la guerre ? Les FES entre deux sièges.

Cette histoire de FES laisse donc cul par dessus tête.

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