Laurent Fabius va-t-il bientôt quitter le gouvernement ?

Laurent Fabius est-il usé ? S'oriente-t-il vers le départ lors du prochain remaniement ? Où est passé le leader socialiste appelant à voter non au référendum sur l'Europe du 29 mai 2005 ? Chaviré, coulé  ? Son ministère se fait étriper et lui-même paraît assez absent.

Laurent Fabius est-il usé ? S'oriente-t-il vers le départ lors du prochain remaniement ? Où est passé le leader socialiste appelant à voter non au référendum sur l'Europe du 29 mai 2005 ? Chaviré, coulé  ? Son ministère se fait étriper et lui-même paraît assez absent. Le drame des noyés en Méditerranée ne soulève pas de critique particulière des affaires étrangères à l'égard de la Turquie, étonnamment, concentrant les critiques sur la Lybie qui, elle, n'existe plus. Il n'y a plus d'Etat lybien. Menacer la Lybie, c'est menacer dans le vide, crier dans le désert. Le pouvoir se ridiculise à morigéner un pays qui n'a plus de gouvernement, et il se décrédibilise à ménager un Etat qui ne respecte pas ses engagements internationaux.

2673?file=1La documentation disponible permet de constater qu'il ne s'agit pas d'immigration mais de réfugiés et que, pour beaucoup d'entre eux, ils sont victimes de torture, voire de contraintes et de violences permettant de considérer qu'il s'agit d'esclavage.

Le droit international protège les réfugiés. Les Etats membres de l'Union ont ratifié ce droit international auquel ils font pourtant obstacle avec Frontex. Le ministère des affaires étrangères a l'obligation de rappeler au pouvoir ses devoirs internationaux. La France ouvre ses frontières au commerce de produits alimentaires douteux, de produits manufacturés réalisés par une main d'oeuvre exploitée au mépris des droits de l'Homme, à l'argent provenant du crime ; mais refuse d'agir efficacement en matière humanitaire. Un société et d'abord faite d'hommes. Pas d'OGM, de gadgets ou d'argent sale.

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Le droit international et le droit interne prohibent l'esclavage et la traite des êtres humains. Le ministère de l'intérieur dispose d'un Office central pour la répression de la traite des êtres humains. La France est un membre permanent du Conseil de sécurité, une puissance militaire et un Etat riverain de la Méditerranée. Elle est également membre de l'OTAN. Il lui appartient donc diplomatiquement de prendre l'initiative, avant d'envisager des actions militaires, qui sont un aveu d'échec ou de faiblesse politique.

La France doit rappeler l'état du droit international et témoigner d'une activité diplomatique efficace à cet effet. Ce à quoi elle manque cruellement. La béchamellisation de la diplomatie française sous le quinquennat précédent et la superficialité d'une actualité politique se caractérisant par un marketing politique réservé à la communication interne ont décrédibilisé l'action de la France au plan international. Un interlocuteur étranger ne peut pas respecter un pays qui se satisfait d'escrocs intellectuels. Cela fait tout au plus sourire les chancelleries. Il est toutefois toujours possible d'abandonner une communication de postures pour adopter celle de défenseur du droit international et rappeler à un Etat les obligations qui le lient à ses voisins.

Parmi les bateaux avec lesquels les organisations criminelles font de la traite d'être humains (contre laquelle prétend lutter la France), et non pas de l'immigration, une part non négligeable d'entre eux partent de Turquie, un pays qui prétend vouloir adhérer à l'Union européenne et qui est membre de l'OTAN.

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Le droit international impose aux pays de respecter et d'agir de bonne foi. La Turquie ne le fait pas, notamment si on considère l'article 2 du traité de l'Atlantique nord : " Les parties contribueront au développement de relations internationales pacifiques et amicales en renforçant leurs libres institutions, en assurant une meilleure compréhension des principes sur lesquels ces institutions sont fondées et en développant les conditions propres à assurer la stabilité et le bien-être. "

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(source)

 

" A chaque fois, l’ombre de la Turquie se profile. Des passeurs et des équipages turcs aurait largement profité d’une certaine bienveillance, voire de connivences des autorités d’Ankara. " (Des bateaux fantômes bourrés de clandestins... - Christophe Chiclet: Membre du comité de rédaction de Confluences Méditerranée - 27 janvier 2015)

" La semaine dernière, deux cargos en très mauvaise condition ont été escortés par la marine militaire italienne alors qu'ils étaient en difficulté dans la mer ionienne. 1157 Syriens ont ainsi été sauvés après un voyage de plus de dix jours entre la Turquie et l'Italie. " (RTBF)

Un pays qui sert de départ au trafic d'êtres humains par une criminalité organisée internationale ne répond pas à son obligation " de développer les conditions propres à assurer la stabilité et le bien-être " ; à moins de violer d'interpréter cette disposition juridique comme le font le ministre de l'intérieur, du premier ministre et du président de la Commission des lois, voire du président de la Cour des comptes en matière des droits de l'Homme. Il est loin le temps, voire révolu, où Aubry présentait le "livre noir" du PS à propos des atteintes aux libertés.

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Martine Aubry s'étant ralliée au vallscisme, Laurent Fabius ne peut pas trop se distinguer du conformisme ambiant au risque de se faire flinguer encore plus vite. Mais n'a-t-il pas d'autre choix que de s'adapter au discours d'un gouvernement à l'esprit funeste comme en témoigne les lois que celui-ci défend à l'assemblée ?

Même si la perspective de la loi Urvoas y conduit, ne peut-on pas espérer que Laurent Fabius invite la Turquie affecte plutôt ses moyens d'espionnage de la population et de la presse à la poursuite et à l'arrestation des chefs de bande du crime organisé ? Le ministre des affaires étrangères s'abstient-il, pour ne pas contrarier l'adoption de la loi Urvoas, permettant à la France d'atteindre le niveau d'excellence de la Turquie, que le gouvernement pourrait lui envier en matière de sécurité mais aussi d'immigration ?

La Turquie, en laissant prospérer sa criminalité organisée qui fait le trafic d'êtres humains, se débarrasse des réfugiés avec une efficacité que lui envie peut-être la France. Le crime organisé apparaît ici comme un moyen d'externaliser la gestion d'une politique publique en matière d'étrangers, de réduire les coûts des politiques sociales, de satisfaire les agences de notation, rassurer les "investisseurs" et plaire aux banques, dont l'affaire Swissleaks montre que la criminalité ne les rebutent pas. Politiquement et financièrement le crime présentent des avantages.

L'absence de mise en cause de la Turquie par Laurent Fabius à propos de la tragédie méditerranéenne -  expression du degré élevé de mépris pour le respect de la dignité humaine, qui est cependant la norme fondamentale de l'ordre juridique français et européen - vient d'un ministre des affaires étrangères expliquant à l'Assemblée nationale que la France ne ratifiera pas le protocole additionnel N°12 de la Convention européenne des droits de l'Homme - qui étend la prohibition de la discrimination et accroît l'efficacité à la sanctionner  - au prétexte que la France, sinon, risquerait d'encombrer encore plus la Cour de Strasbourg.

Ce que Manuel Valls n'a pas pu s'empêcher de confirmer. En effet, presqu'au même moment, le tribunal administratif de Lyon condamnait le ministre de l'intérieur, l'actuel occupant de Matignon, pour sa politique contre les Roms, alors qu'il prétend aujourd'hui combattre le racisme. Les conditions de rétention administrative des étrangers ou la situation sanitaire catastrophique des étrangers à Calais révèlent une fois de plus la dimension cosmétique du marketing politique de Matignon.

Comme si ce constat ne suffisait pas, le ministre des affaires étrangères est enfin particulièrement gâté par le Canard enchaîné de cette semaine qui lui consacre trois articles. Serait-ce l'annonce d'un prochain départ compte-tenu de l'attention que paraissent lui témoigner ses camarades du PS, comme la richesse éditoriale du Canard semble inviter à le penser. Trois article pour un seul et même ministre, c'est assez rare. 

Page deux (Un rapport sur l'Afrique recalé à l'Assemblée), le Palmipède relève la censure d'Elisabeth Guigou, présidente de la Commission des affaires étrangères, à propos du rapport parlementaire de 200 pages de MM Philippe Baumel (PS) et Jean-Claude Guibal (UMP) déplorant l'échec de la diplomatie française en Afrique, dont l'action est inefficace - trop aimable à l'égard de régimes autoritaire es "illégitimes" - et dont l'influence est éclipsée par celle d'un ministère de la défense prescripteurs d'interventions armées. Un aimable parlementaire exlique que le geste d'Elisbaeth Guigou ne serait dicté par le souci de ménager la susceptibilité de Laurent Fabius mais plutôt qu' "Elle ne veut surout pas apparaître comme cuation de critiques de l'exécutif ni compormettre son éventuelle entrée au Quai d'Orsay."  Après Urvoas, Guigou montre que les président(e)s des commissions de l'Assemblée exercent leur fonction d'une manière qui tend à brouiller quelque peu l'idée qu'on pourrait se faire du principe de séparation des pouvoirs. Ne devrait-on multiplier substantiellement les moyens et les effectifs du Conseil constitutionnel en considération de l'amateurisme et des approximations juridiques du législateur qui s'accumulent ?

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Page 4 (Ces ressortissants qu'on ne laisse pas ressortir - Quand des Français sont détenus à l'étranger, le soutien dont ils bénéficient relève de la loterie), le Canard explique la doctrine opportuniste qu'applique le ministère des affaires étrangères pour répondre aux demandes de protection consulaire et cite de nombreux cas qui laisse perplexe sur l'utilité d'avoir un passeport français, surtout quand la France entretient de bonnes relations économiques avec le pays qui accable le ressortissant. Tel est le cas, par exemple de Pierre Marongiu, qui s'étant évade des geoles du Qatar et cherché asile à Baïren aurait été "restitué" au Qatar avec l'aide ... des Français. Michel Atangana a lui croupi pendant 17 ans dans une geôle de 7 m2 au sous-sol au Cameroun, pays cité dans le rapport qui déplaît à Elisabeth Guigou. Lydienne Yen-Eyoum, avocate, fait actuellement les frais de l'hospitalité de ce pays que la présidente de la Commission des affaires étrangères souhaite ménager. le cas de Serge Atlaoui est également cité en précisant que la première condamnation était de la prison, puisqu'elle s'est transformé en peine de mort. La garantie d'une protection consulaire des justiciables français à l'étranger s'est encore substantiellement dégradée avec la convention judiciaire passée entre le Maroc et la France, abandonnant au Maroc le monopole des poursuites quand un Français est victime. Ce dont s'est félicité Manuel Valls, comme il se félicite de la loi Urvos et de la loi Macron. Quant au président de la République, il ne peut qu'approuver aussi poussant l'adhésion à cet abandon de souveraineté judiciaire à décorer de la légion d'honneur un tortionnaire poursuivi en France pour crime de tortures. Le politque méprise autant le droit que la diplomatie, à moins que ce soit de l'incompétence. Le marketing politique montre ici ses limites.

Enfin, page 5, (Giscard et fabius en duel autour de l'hôtel de la Marine) une histoire amusante dans laquelle Valéry Giscard d'Estaing, très mécontent de Laurent Fabius qui aurait l'ambition de transformer l'hôtel de la Marine place de la Concorde en gargote pour VIP et CSP+, va se plaindre au chef - des cuisines ? - à l'Elysée. Laurent Fabius accumule les pourboires déboires. Tout est bon pour lui mettre des casseroles aux fesses, même pour ouvrir un snack à Paris. L'article précise que "l'idée d'une succursale de Rungis place de la Concorde ne fait pas aujourd'hui l'unanimité au sein de l'équipe Valls". Forcément. On comprend la difficulté des services de renseignement à retranscrire ce que disent les gens entre eux s'ils ont la bouche pleine.

 

Laurent Fabius est comme les victimes de la Méditerranée, à la différence très notable qu'il n'a pas la mer à boire. Il n'y a pas de honte à quitter une galère et vaut mieux quitter le bateau avant qu'il ne coule que d'avaler des couleuvres pour nourrir le poisson.

On n'entend pas non plus Christine Taubira sur le drame de la Méditerranée, qui affecte des gens maltraités, réduits à l'esclavage. Où est l'initiatrice de la loi mémorielle tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité, loi n°2001-434 du 21 mai 2001 qui porte son nom, promotrice du respect de la dignité humaine ?

Silence radio. Christiane Taubira n'émet plus.

 

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Missions d'information et groupes de travail de la commission des affaires étrangères

TRAVAUX EN COURS

Missions d'information

  • L'Afrique francophone

    Lors de sa réunion du 11 décembre 2013, la commission a nommé M. Jean-Claude Guibal président et M. Philippe Baumel rapporteur.

    Membres : MM. Jean-Paul Bacquet, Gérard Charasse, Guy-Michel Chauveau, Meyer Habib, François Loncle, Guy Teissier, Michel Terrot, Michel Vauzelle.

 

 

Commission des affaires étrangères Mercredi 11 février 2015 Séance de 9 heures 30 Compte rendu n° 48 Présidence de Mme Elisabeth Guigou, présidente - Compte rendu du déplacement au Cameroun de MM. Philippe Baumel et Pierre Lellouche, dans le cadre de la mission d’information sur l’Afrique francophone.

" Beaucoup de nos interlocuteurs camerounais se sont interrogés sur la place de la France dans la réponse à apporter. Nous avons été stupéfaits de l’interprétation faite de la position de la France qui serait derrière Boko Haram, qu’elle armerait, manifestant ainsi au Cameroun son appétit de déstabilisation de chefs d'Etat africains. "

" Nous avons été très frappés par le sentiment antifrançais, qui deviendra très inconfortable s’il perdure et il va perdurer.  "

" Sur la résolution à l’ONU, il était assez surprenant de constater que le gouvernement camerounais n’avait absolument pas bougé. L’Union africaine a été saisie et tout se passe en dehors de l’ONU, ce qui ne me paraît pas tenable, en particulier sur le plan des réfugiés. Sans vouloir engager une polémique, je n’ai pas l’impression que la diplomatie française ait décidé de passer à l’initiative. "

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" Les évolutions sont significatives depuis la dernière mission du mois de juin dernier. La situation économique et politique s’est considérablement dégradée et je crains que nous n’allions vers de graves difficultés si une initiative politique déterminante n’est pas engagée. "

Un parallèle entre la Révolution et le djihadisme : " La rencontre entre les technologies modernes et le Moyen-Age est le véhicule de coordination. Tout est maintenant très structuré. Tous ceux qui ont étudié la Révolution française savent que les comités de salut public faisaient exactement de même. Quand on envoyait un commissaire de la République dans une région, il prenait le contrôle de la population, organisait des comités qui allaient faire du porte-à-porte pour identifier les suspects, distribuait de la nourriture et imposait une nouvelle règle. "

 

Bernard Cazeneuve, avocat et donc juriste, confond un réfugié avec un immigré :

" Si nous voulons bien accueillir les migrants qui relèvent de l’asile, il faut pouvoir, dans le cadre d’accords très étroits avec les pays notamment d’Afrique de l’Ouest, organiser dans des conditions humaines le retour de ceux qui relèvent de l’immigration irrégulière.  " (Source : Compte rendu des affaires étrangères à propos de la Participation de Laurent Fabius à la réunion extraordinaire de Luxembourg (20 avril 2015)

Un réfugié n'est pas un immigré. Ce sont deux statuts juridiques totalement différent.

 

Morts en Méditerranée: « Les dirigeants européens n’ont plus d’excuses » Par Carine Fouteau

Dans un rapport rendu public ce mercredi, Amnesty International explique, témoignages de rescapés à l'appui, pourquoi la fin de l'opération de sauvetage Mare Nostrum a été une dramatique erreur. L'ONG s'inquiète de voir les navires marchands éviter les zones périlleuses de crainte d'être sollicités.

Renseignement: vu d'Allemagne, le texte français est «inimaginable»



 

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