Judas, l'absent de la Pentecôte

 La Pentecôte1 est d'abord une fête juive2, comme l'est Pâques. Le Nouvel Evangile recycle l'Ancien en associant à chaque fête de celui-ci un évènement de celui-là. La Pentecôte est la descente de l'esprit-saint sur les apôtres, sauf qu'ils n'étaient déjà plus au complet, ce qu'on oublie de dire. Judas est un personnage trop injustement oublié en considération de sa très grande modernité. La pentecôte offre l'occasion de réparer cette omission.

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La Pentecôte1 est d'abord une fête juive2, comme l'est Pâques. Le Nouvel Evangile recycle l'Ancien en associant à chaque fête de celui-ci un évènement de celui-là. La Pentecôte est la descente de l'esprit-saint sur les apôtres, sauf qu'ils n'étaient déjà plus au complet, ce qu'on oublie de dire. Judas est un personnage trop injustement oublié en considération de sa très grande modernité. La pentecôte offre l'occasion de réparer cette omission.

Judas se serait pendu après son marchandage, aussi hasardeux que celui des financiers de la crise de 2008, laquelle a aussi provoqué des suicides. Judas serait le saint patron de la finance que cela n'étonnerait personne.

Judas était le trésorier, le financier de la bande à Christ, Jésus Christ. Des SDF, mais sans chien.

Judas était radin et ne brillait pas par sa compassion et sa charité chrétienne comme le rapportent des évangélistes à propos de la femme offrant du parfum au Christ :

Jean fait le lien entre sa fonction et sa malhonnêteté : " Il dit cela, non qu'il se souciât des pauvres, mais parce qu'il était voleur, et qu'ayant la bourse, il dérobait ce qu'on y mettait. " (Jean 12, 6) ;

Matthieu fait de cet épisode le motif de sa trahison : " Alors l'un des Douze, appelé Judas Iscariote, alla trouver les grands prêtres, et dit: " Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? " Et ils lui fixèrent trente pièces d'argent. " (Matthieu 26,15). De même que Marc (14, 3 à 9).

Judas, spéculateur avant l'heure, apparemment, reproche au Christ de rater une bonne affaire. Cela l'a mis en pétard, comme n'importe quel mafieux qui s'est fait tirer de l'oseille sous le nez. Il est donc passé à la concurrence, comme cela s'observe dans les affaires aujourd'hui, avec l'idée de se refaire mais aussi de se venger de son patron, comme cela arrive dans des rachats d'entreprises, même s'il faut mettre du personnel sur le carreau pour sa petite vengeance.

Non seulement, Judas n'attirait pas la sympathie mais il était aussi mauvais en affaires.

Judas se scandalise du gaspillage d'un parfum valant 300 deniers (Jean 12,3) mais vend le Christ pour trente pièces d'argent, soit 120 deniers. N'importe quel agent du show-biz aurait bien mieux vendu Jésus. Mais ne l'accabons pas. Judas n'est pas plus mauvais que le ministère des finances qui brade les actifs de l'Etat et contracte des PPP ruineux, alors que les taux d'emprunt de l'Etat sont nuls, voire négatifs.

Nul en affaires, mais également stratégiquement.  Selon la matrice BCG, il a abandonné un produit "vache à lait" comme en témoigne le développement de la clientèle. Les Judas d'aujourd'hui font carrément fuir les électeurs.

Iscariote a deux sens.

Soit géographique, Judas pouvant venir de Judée, du village de Carioth (Josué 15,25) ; soit politique, relatif au mouvement des Sicaires, faisant alors de Judas un fanatiques religieux et nationaliste venu à Jésus pour rétablir la domination de ses idées sur les autres, nonobstant un moyen de s'enrichir. Judas a beaucoup inspiré l'Histoire si on considère l'influence de sa motivation dans le déclenchement des conflits.

Rien d'étonnant à ce que Judas l'Iscariote ait été un nationaliste, radinerie et nationalisme vont souvent de pair, comme capitalisme et extrême-droite. L'histoire connaît d'autres exemples de nationalistes déçus par leurs chefs n'ayant pas profité de leur popularité pour prendre le pouvoir (en l'absence d'une agence en communication pour le suggérer).

Judas s'est donc vendu à la concurrence, déçu par l'absence d'opportunisme financier du patron à spéculer et de son refus de manipuler les foules.  Judas, saint patron des financiers mais peut-être aussi des mercenaires ?

Judas est l'exemple du type qui ne comprend rien au discours et qui s'associe à un mouvement que dans le seul espoir que ce mouvement serve ses intérêts. Il est allé s'acheter un champ avec ses 30 pièces d'argent.

Passée la joie d'être devenu un investisseur et découvrant alors seulement qu'il ne savait rien faire d'autre que compter des sous, et certainement pas cultiver la terre, un océan de perplexité l'a envahi au point de lui provoquer des flatulences fatales : " Lui donc a acquis un champ avec le salaire du crime et, devenu enflé, il a crevé par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues. " (Actes 1,18).

Judas, bien avant les études qui le confirment, démontre que le financier serait péteux et que cela peut être funeste.

 

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(1) pentecôte vient du grec et signifie cinquantième

(2) "fête de la Moisson", cinquantième jour après la "fête des Azymes " (Lévitique 23,16), ou "fête des semaines" Ex. : " Tu célébreras la fête des semaines, des prémices de la moisson du froment, et la fête de la récolte, à la fin de l'année. " Exode 34,22

 

Illustration : Pop théologie

La conclusion de Mark Alizart renvoie aux Esseniens dont la doctrine était fondée sur la prédestinations des justes, "fils de la lumière", seul "petit reste" du peuple de Dieu appelelé au Salut, qui se distinguaient des mauvais, "fils des ténèbres" voués à la perdition. Judas était-il Essénien ? La discrimination entre initiés et néophytes rappelle les mouvements sectaires, les sociétés secrètes, comme les Esséniens, imposant le secret sur leur rites, desquels certains discernent l'influence des gnostiques, des sectateurs de Zoroastre ou des néopythagoriciens. Le Tetraktys pythagoricien, symbole de perfection, se retrouve sur le dollar accompagné de la devise " In gos we trust "et sur des monuments religieux au prétexte qu'il symboleriserait la sainte trinité.

Les Grands Initiés. Edouard Schuré.

 

 

 

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