Les économistes se succèdent pour affirmer, les uns après les autres, que le contribuable sera in fine celui qui supportera le coût de la renégociation de la dette grecque. Cette unanimité pose question d'autant que plusieurs éléments ne sont pas pris en compte.
D'une part, les banques ont profité de la situation économique grecque pour faire des profits énormes en prêtant à des taux sans commune mesure au taux moyen du marché avec la caution de l'Union européenne et du FMI. La prise de risque étant minime, un taux élevé n'est donc pas justifié. Il y a dès lors abus et plutôt que de faire supporter le coût de ces abus à un contribuable qui a déjà refiancé un secteur bancaire incompétent en 2008, les Etats, par souci d'équité et de justice sociale, devraient se retourner contre les banques pour leur demander de reverser les profits indument perçcus sur le dos de la Grèce, si tant est que les gouvernement aient encore une quelconque autorité. Ce remboursement de l'indu des banques viendrait en déduction du capital que la Grèce doit rembourser. La répétition de l'indu est un mécanisme juridique très souvent utilisé contre les bénéficiaires de droits sociaux. Il serait normal qu'il soit appliqué avec la même rigueur contre les institutions financières qui abusent d'une conjoncture pour faire des bénéfices anormaux par des taux manifestement exagérés en considération de ceux qui se pratiquent. La banque est un outil qui justifie son utilité par le progrès du niveau du bien-être général. Il n'y a pas lieu d'admettre qu'elle contribue, au contraire, à la destruction de la cohésion sociale, sans quoi, son action est équivalente à celle d'une organisation déstabilisant la société, c'est-à-dire qu'elle s'affirme comme une menace et que l'Etat a donc l'obligation de protéger la population contre ses effets néfastes, comme il le fait à propos de n'importe quelle autre menace. La crise de la dette en Grèce a fait beaucoup plus de victimes dans ce pays que le terrorisme dans toute l'Europe.
D'autre part, le niveau des prêts au Etats étant faibles, très faibles, voire négatifs et voyant que la BCE rachète de la dette, il est possible d'en déduire que la BCE peut racheter la dette grecque, sur la base d'un prix prenant en compte la répétition de l'indu exposé précédemment, et participer à la négociation pour que les institutions financières s'appliquent à faire un prêt à taux zéro pour le solde, comme elles le font pour les autres pays de l'Union. Le refus des banques, montrant l'inanité du marché, ne peut qu'obliger et justifier la création d'une banque publique en Grèce qui se refinancera directement auprès de la BCE et accueillera les dépôts et l'épargne populaires. Soit il existe une Union et on ne peut distinguer entre les membres sans commettre de discrimination, prohibée par le droit de l'Union, soit il n'y a pas d'Union, et la Grèce n'a pas à se soumettre à des recommandations venant de Bruxelles.
Enfin, la cause de la faillite de la Grèce se trouve dans l'injustice fiscale et l'absence de volonté à établir une fiscalité progressive et distributive intégrant le revenu du capital. La Grèce n'est qu'un cas caricatural de ce qui se pratique dans toute l'Europe et la sortie de la crise de la dette grecque est l'occasion pour l'Union de poser des règles permettant de réagir à une fuite anormale de capitaux via l'évasion fiscale et la corruption - 2120 milliards d'euros par an - pour prétexter ensuite, de mauvaise foi la nécessité de se désendetter. Comment un pays peut-il se désendetter si ceux qui lui doivent de l'argent le volent et bénéficient de la mansuétude de gouvernements qui viennent indécemment culpabiliser ensuite la majorité de la population qui vit honnêtement ?
Cela montre que la question de fond de la dette grecque n'est pas économique mais juridique et politique. Soit l'Europe est capable de se montrer à la hauteur contre un système bancaire qui tend à éclipser et ridiculiser le discours politique, en faire son garçon de courses, soit l'Europe ne sert à rien, et c'est fort dommage. Ce ne sera pas de la faute à l'Europe mais d'une abdication politique face à la finance.
La victoire d'Alexis Tsipras permet aussi d'envisager le retrait de la Grèce du mandat de négociation de l'accord transatlantique. Ce qui peut être un argument utile pour le gouvernement grec dans la renégociation de sa dette.