Le devoir de mémoire psychorigide : les limites à la liberté d'expression en France

Il est étonnant comme une partie de l'intelligentsia s'érige en happy fiew contre celui ouvrant un débat s'écartant d'une doxa. Laquelle d'ailleurs ? La littérature est un espace de liberté. Cette tentation de l'intolérance rappelle le procès Kravtchenko (lire l'article dans le T. 2 du roman vrai de la IV° république). Les amabilités volent bas et n'apprennent rien sur le livre et la question qu'il pose.

Il est étonnant comme une partie de l'intelligentsia s'érige en happy fiew contre celui ouvrant un débat s'écartant d'une doxa. Laquelle d'ailleurs ? La littérature est un espace de liberté. Cette tentation de l'intolérance rappelle le procès Kravtchenko (lire l'article dans le T. 2 du roman vrai de la IV° république). Les amabilités volent bas et n'apprennent rien sur le livre et la question qu'il pose.

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L'oeuvre de Haenel, rappeler le témoignage de Karski sur la responsabilité universelle de la Shoah que les USA ont reconnu - est à prendre pour ce qu'elle est. Un livre. On ne lit pas un seul livre dans sa vie. Le penser serait faire bien peu de cas du libre arbitre et de la curiosité des lecteurs.

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Assouline déçoit. A quoi bon rédiger une biographie d'Albert Londres ? Londres avait rendu compte de l'étendue de l'antismétisme en Europe bien avant que le nazisme le rende odieux ou infréquentable - mais Assouline n'a peut-être pas tout compris au récit "le juif errant est arrivé".

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Le matérialisme dominant de l'à-peu-près, l'hédonisme faisant l'éloge du mensonge comme esthétique et art de vivre, a fait oublier la glose positiviste prétendant démontrer scientifiquement comment ces "gens-là", exposés dans des zoos humains à Paris juste avant la guerre, n'étaient pas faits comme le bon peuple invité à s'en convaincre en famille, le dimanche.

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Ces promenades dominicales n'ont pas édifié l'esprit critique - démocratique - comme en a témoigné l'éclosion de camps (nombreux) comme Pithiviers, les Milles, et d'autres, ayant trouvé à s'employer jusque dans les années 1970 pour les "infréquentables de la République" successifs, au gré de l'interprétation large de cette notion par l'Etat.

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La Shoah relève d'une mentalité sans exclusive idéologique (le communisme a également été antisémite et criminel - 1), ni économique. Des comportements apparemment anodins témoigneraient de sa persistance. Des produits douteux encombrent nos rayons de supermarché sans soulever de réprobation (2).

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La critique contre un livre montre les limites d'une posture, d'une indignation convenue, ne servant en l'espèce qu'à cacher une mesquinerie d'autant plus regrettable qu'elle illustre le peu de souci porté au fond véritable du débat.

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Les critiques contre Haenel révèlent une tendance à la réification, une patrimonialisation de la Shaoh, par certains. Qui peut légitimement prétendre avoir plus de droits que d'autres à l'invoquer ? Qu'enseigne fondamentalement la Shoah sinon la nécessité la vigilance à la violation des droits fondamentaux et le mépris de la personne humaine ? Quel sens y-a-t'il alors à se disputer l'évocation des victimes du passé en oubliant celles du présent ? Les attaques contre Haenel ont dès lors quelque chose d'indécent et de malsain. Elles donnent une image déplorable de l'intellectuel et donnent raison aux brutes.

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Si l'historien a raison de refuser la récupération ou la "légalisation" de l'histoire entravant sa liberté scientifique, il devrait être cohérent et s'interdire, au nom des mêmes principes de liberté, de refuser à un écrivain de s'emparer du matériau historique ; à moins de vouloir promettre à l'autodafé les oeuvres romancées inspirées de l'histoire - ayant précédé celle d'Haenel - depuis la chanson de Roland, ou même Gilgamesh.

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L'intérêt de cette histoire est de découvrir en Haenel un intellectuel posé.

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Guidoni Olympia 83 - 5 - Le bon berger

(1) "Staline, dans les dernières années de sa dictature, fut pris d’une phobie antijuive et sa mort seule sauva les médecins juifs impliqués dans le complot dit “des blouses blanches”, tandis qu’en Tchécoslovaquie, Slansky fut condamné pour avoir, entre autres choses, manifesté des tendances sionistes. Ce fut là une des conséquences de la création de l’État d’Israël, à quoi pourtant l’Union soviétique s’était montrée favorable. La disparition de Staline atténua pendant quelques années ces manifestations administratives antijudaïques. Mais elles reprirent à partir de 1958 sous la forme de mesures antireligieuses qui atteignirent, d’ailleurs, les chrétiens au même titre que les juifs."

Site : http://www.mrax.be/spip.php?article112

(2) "Harry Wu à été prisonnier du Laogai, où il a dû effectuer dix-neuf années de travaux pénibles contre sa volonté sans recevoir de salaire. Or le fait d'être obliger de travailler contre son gré et de ne pas être rémunéré est du travail forcé. D'après lui il y avait en Chine 1155 camps en 1996, où étaient détenus de six à huit millions de prisonniers travaillant dans les mêmes conditions que celles qu'il a subi.

L'association Artisans du monde rapportait que "les prisonniers de la prison du Zheijiang fabriquent des outils que l'on retrouve dans la grande distribution en France notamment, sous les marques "Diamond" et "Eléphant". Chez Leclerc des haches étaient vendues à 31,45 F, chez Castorama des pince-étaux à 29,50 F de même qu'à Super U."

Site ATTAC : http://www.france.attac.org/spip.php?article851

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