Le suicide du pilote à l'origine des 150 victimes du drame aérien dans le sud-est de la France soulève la question de la responsabilité du modèle social promu par la politique actuelle, qui organise la régression sociale au mépris du droit. Ce qui s'est passé sur le vol Germanwings est rendu possible par la volonté majoritaire de la classe politique qui répond favorablement au diktat de la logique financière.
Germanwings appartient à Lufthansa.
Germanwings est une compagnie low-cost, dont le principe est de réduire les coûts.
La réduction des coûts passe par des salaires plus faibles et une hausse de la productivité.
Luftahansa a connu des mouvements de grève juste avant l'accident :
Lufthansa : retour à la normale après la grève des pilotes ...
Lufthansa : nouvelle grève samedi sur les long-courriers
Les pilotes de Lufthansa à nouveau en grève jeudi
Air France a voulu développer une compagnie low-cost comme Germanings contre la volonté des pilotes
Le low cost au cœur du conflit social chez Air France
Air France : derrière la grève, le séisme du capitalisme low ...
Air France abandonne le projet low-cost à l'origine de la grève
Si les compagnies low cost méprisent les droits sociaux de leurs salariés, elles n'hésitent pas non plus à négliger la sécurité de leurs clients :
Enquête sur Ryanair après des atterrissages d'urgence
Trois avions de Ryanair atterrissent d'urgence par manque de kérosène
"Les avions Ryanair sont souvent à quelques minutes de s'écraser"
Germanwings est une entreprise d'un pays qu'on présente malhonnêtement comme un exemple de réussite économique alors qu'Angela Merkel ne défend prioritairement que les intérêts de son électorat de rentiers de la CDU, puisque 25% d'Allemands détiennent les 99% de la richesse nationale.
Un pays qui laisse 75% de sa population sur le carreau peut expliquer qu'elle ait une compagnie aérienne qui emmène ses clients au tapis.
La France n'est pas mieux servie avec une politique libérale dont l'alternance ne porte pas sur le programme mais seulement les personnes qui l'appliquent. L'action politique se caractérise par un comportement garçons de courses des banques, des assurances, de la finance alternant avec des postes politiques. C'est le système des portes tournantes.
Voilà comment se créent des entreprises dont le chiffre d'affaires se réalisent sur le dos des travailleurs et de leurs clients.
La mort au travail restait un sujet qu'il était facile de maintenir en marge du débat politique tant qu'il n'affectait que des personnes isolées dans la douleur et la souffrance.
Mais voilà qu'il déborde du cadre dans lequel tente de le contenir le patronat qui promeut la gestion par le stress, le LEAN, et que la souffrance au travail, le suicide du salarié, affiche l'incidence dramatique et sa nocuité incroyable pouvant frapper les consommateurs, n'importe qui en fait.
La mobilisation politique porte à s'interroger si elle se soucie vraiment de la sécurité des consommateurs ou plutôt de la pérennité des entreprises et avant tout de la santé des investisseurs du secteur aérien ?
Reste un constat, le système produit des maladies psychiatriques. La folie du système est de s'en satisfaire.les plus fous ne sont donc pas se qui se font soigner mais qui s'accommode d'un système qui fabrique des salariés malades.
Le pilote n'est donc pas à incriminer mais plutôt de rechercher à savoir pourquoi une société - commerciale ou politique - admet que des personnes malades doivent travailler, cacher qu'elles sont malades, plutôt que de se soigner efficacement, alors que le niveau de qualité des services de soins en Europe est très élevé et que ces pays sont très riches.
L'Union européenne est tellement riche que les Etats membres permettent aux plus fortunés d'éluder 2000 milliards d'impôts tous les ans. Les gouvernements préfèrent les gros fraudeurs aux petits frondeurs.
Résumer l'accident de Germanwings à la dépression d'un pilote est donc réducteur. C'est un drame social.
L'accident soulève la responsabilité des choix politiques conduisant à une régression sociale et une compétition destructrice de l'humain en mettant en concurrence la rentabilité du travail - les salariés - avec la rentabilité du capital - la spéculation - au mépris de la sécurité et de la santé du consommateur.
Le pilote dépressif est dénoncé abusivement comme un mass-murder.
Le pilote ne peut pas être qualifié de criminel tout en invoquant des troubles psychiques, lesquels altèrent son discernement et excluent une reconnaissance de culpabilité.
Reste que le mass-murder fait écho à la logique du mass-market.
A s'être concentré sur le quantitatif, les accidents du travail entrent, avec la tragédie de Germanwings, dans une pareille appréciation.
Une conception qualitative du travail et des conditions d'exercice aurait prévenu un tel accident.
Mais le qualitatif est dénoncé par les libéraux dont les agents d'influence ont un accès très facile aux médias (voir l'IFRAP, qui bénéficie de facilités fiscales pour les subventions). Pour les libéraux, le qualitatif et le social sont du gaspillage.
L'accident de Germanwings remet donc en cause le modèle économique que promeut une classe politique aux ordres de la logique financière.
Le low-cost n'est qu'une mise en concurrence de la rentabilité des travailleurs avec celle de la spéculation.
Les travailleurs, et donc les consommateurs, ont perdu d'avance.
Le travail produit dans le monde en un an un PIB de 58 000 milliards d'euros quand la spéculation réalise 3 838 000 milliards d'euros dans le même temps (Montant des transactions financiers par an : 980 000 milliards d'euros ; Montant des achats-ventes sur le marché des dérivés - produits financiers virtuels - par an : 2 858 000 milliards d'euros - source)
Le discours sur la concurrence, la compétitivité, la mobilité, la flexibilité, la rentabilité promeut cette mise en concurrence du travailleur avec la spéculation, laquelle aboutit à exploiter des personnes malades au mépris de la sécurité des consommateurs. Le discours de M. Gattaz du Médef est favorable à la gestion low-cost, qui est également high-benefits. et dont les profits vont grossir l'évasion fiscale. Les personnes qui bénéficient des minima sociaux ne grossissent pas les comptes suisses.
Le comportement du politique établit qu'il néglige la sécurité du consommateur et du travailleur et n'agit en fait que pour l'intérêt des investisseurs.
En effet, le pouvoir politique ne rappelle pas aux compagnies aériennes leur obligation de résultat en matière de santé et de sécurité des travailleurs, laquelle, si elle avait été respecté sérieusement - efficacement comme l'impose le droit - aurait empêché cet accident.
Ce manque d'exigence du pouvoir politique à l'égard des entrepreneurs emporte sa responsabilité en cas de nouveau suicide de pilote.
Le premier ministre ni le président n'a demandé au ministre du travail de rappeler cette obligation de résultat en matière de santé et de sécurité des entreprises dont l'inexécution emporte nécessairement des conséquences pour les clients, l'environnement, les voisinages (cf. Explosion de l'usine AZDF), etc.
La mise en concurrence du rendement du travail et du capital comme l'impose la globalisation financière conduisant à al régression sociale que votent les majorités successives expliquent la dégradation des conditions de travail et de santé des travailleurs qui, par ricochet, emporte des conséquences dramatiques, comme l'accident de l'Airbus A320 n'en est qu'une illustration.
Rajouter un personnel incapable d'apprécier la pertinence des gestes d'un pilote dans le cockpit est une mesure qui ne peut avoir aucune incidence efficace sur la prévention d'un nouveau suicide de pilote.
La seule manière de garantir la sécurité du consommateur réside dans une couverture maladie efficace et une protection sociale adéquate afin que le travailleur ne cache pas son problème de santé et n'hésite pas à se faire soigner (Germanwings : le copilote cachait une maladie à son employeur).
Au-delà des pilotes, n'importe quel salarié peut engager la sécurité et la santé des personnes s'il a peur pour son emploi et refuse de se faire soigner du fait qu'il n'existe pas de protection sociale efficace.
L'accident de Germanwings soulève donc la question de la grave incidence de la régression sociale.
Il illustre dramatiquement la nocivité du "captialisme prédateur".
" Je pense donc qu'il y a faute de la Lufthansa, pour ne pas avoir répéré les graves difficultés de cette personne. " (...) " Il semble qu'Andreas Lubitz prenait des psychotiques, et notamment des antidépresseurs. Or certains de ces médicaments sont connus pour avoir des effets secondaires absolument pas compatibles avec le pilotage d'un avion! On sait qu'ils peuvent provoquer des poussées d'angoisse, et des passages à l'acte suicidaire. " (Michèle Agrapart, Propos recueillis par Sandrine Chesnel, publié le 27/03/2015 à 12:27 , mis à jour à 12:50 dans L'Express)
Mais voilà, Hollande et Valls ne voyagent pas sur les compagnies low-cost, bétaillères modernes dont l'entassement des passagers renvoie au mépris de la traite négrière, et ne mangent pas les produits hard-discount.
Ce n'est donc pas demain qu'ils prendront la mesure de l'ineptie de leur discours et de leur action politiques.
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Le Monde : Les dispositifs de sécurité dénoncés par les pilotes
Crash de l'A320 : le copilote était en arrêt le jour du drame