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Billet de blog 27 juin 2010

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Les hochets de la République

Végane s'interroge sur la Légion d'honneur dans l'article de Martine Orange sur l'affaire Bettencourt. La légion d'honneur est un ordre de chevalerie créé par l'Empire et perpétué par la République. Rien de neuf. Les héritiers de la révolution n'ont fait que singer l'ancien régime.

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Végane s'interroge sur la Légion d'honneur dans l'article de Martine Orange sur l'affaire Bettencourt. La légion d'honneur est un ordre de chevalerie créé par l'Empire et perpétué par la République. Rien de neuf. Les héritiers de la révolution n'ont fait que singer l'ancien régime. Le ruban rouge sous l'ancien régime s'appelait l'ordre de saint Louis et le ruban bleu l'ordre du saint esprit. Le problème des décoration réside surtout dans le fait que ceux qui les méritent - il y en a - servent de caution aux imposteurs.

La légion d'honneur participe au "régime des notables" de la France depuis 1789, selon Jacques Ellul. C'est un exhausteur de goût, comme les matières grasses dans la plats préparés, pour lesquels il suffit de 10% de viande dilué avec de 90% de graisse pour donner l'illusion de la qualité. Le principe gastronomique s'applique à la société française. Le "héros" sert de caution à ceux qui réclament la même médaille pour s'appropier sa notoriété par procuration.

Un président a démissionné par ce que son gendre, pour répondre à l'afflux des demandes, en avait fait un commerce. Les bonnes volontés ne sont pas toujours bien récompensées.

Les décorations impressionnent et influencent les sots. Mais l'organisation sociale y contribue.

Le laminoir intellectuel de la fonction publique favorise la disparition de l'esprit critique. L'obligation du devoir de réserve développe la soumission à l'autorité (cf. affaire Matelly). La "domesticité publique" rend les agents plus réceptifs à ce genre de signal social.

Etant donné qu'un haut fonctionanire sans légion d'honneur est consdiéré comme un raté, le système donne de l'importance aux médailles. Le petit fonctionnaire menaçant les chances de sa hiérarchie par l'affirmation de son indifférence risque d'avoir des problèmes et la raison le conduit à affecter une neutralité respectueuse. Le système est bien fait. Il existe des médailles pour récompenser ceux qui travaillent à faire obtenir la légion d'honneur du chef.

La France étant une monarchie adminsitrativo politique, le civil qui veut s'y sentir pleinement intégré - et reconnu - veut ressembler au modèle et recherche à en acquérir les signes extérieurs. La légion d'honneur est l'étape ultime de sa quête, le sésame par lequel il se sentira adoubé par le grand maître (c'est ainsi que se nomme le vénérable qui dirige l'ordre). Il est parvenu.

Le manque de modestie et d'humilité conduit cependant certains à en rajouter, en faisant savoir qu'ils ont été décorés par le ministre au minstère. D'autres précisent leurs décorations sur leur carte de visite au cas où le ruban rouge sur le blazer bleu serait trop discret à leur goût. Le pire, c'est l'ordre national du mérite. Le contraste avec le ruban bleu est difficile à faire resssortir. On n'imagine pas les affres du décoré pour s'habiller.

Pour le contraste du rouge et du bleu (ils vont très bien ensemble, pour ceux qui hésitent à les associer), rien ne vaut l'hermine blanche ou le noir de la robe.

Se pose alors la question des magistrats décorés affichant ainsi, d'une certaine manière, leur soumission au pouvoir exécutif. Les syndicats ont abordé le débat à moment. Il fut abandonné. Trop de magistrats souhaitent ête décorés. La question pour les avocats se pose de manière identique. Des historiens s'interrogent aussi sur la fourragère de la légion d'honneur de la police parisienne en considération des évènements durant l'occupation.

La décoration participe à l'imposture des apparences, du formalisme républicain et bourgeois. La république gère l'obéissance des élites en leur attribuant de la respectabilité officielle, mais elle la donne aussi à des gens infréquentables. Les décorations ont alors l'avantage de permettre d'identifier ces derniers. Ceux qui les arborent avec le plus d'ostensiation sont souvent ceux qui les méritent le moins.

Baudelaire disait que les médailles servent à donner du mérite aux gens incapables d'en avoir par eux-mêmes (1) et les tartuffes les réclament. La République a cependant tardé à honorer ceux qui l'ont vraiment servie, comme l'a longtemps montré la procession des quelques poilus sélectionnés chaque année pour chercher leur légion d'honneur en fauteil roulant, dans le froid d'un 11 novembre, à la veille de leur mort.

Avec l'expérience, le ruban au revers de la veste finit par faire le même effet que la gourmette du proxénète. Le sourire et les manières sont assez identiques. Un très bon signal d'alerte.

La légion d'honneur n'est toutefois pas un problème en soi.

L'inconvénient naît de ceux qui passent leur temps à se monter et s'en prévaloir pour tenter d'en tirer des avantages ou des égards indus. Les médailles ne font que récompenser un comportement passé. Elles ne garantissent rien pour l'avenir.

L'institution de la légion d'honneur devrait faire le ménage dans ses promotions si elle souhaite rester crédible aux yeux de ses propres légionnaires. Certains l'ont qui ne la portent déjà plus.

(1) "Relativement à la Légion d'Honneur. - Celui qui demande la croix a l'air de dire : Si l'on ne me décore pas pour avoir fait mon devoir, je ne recommencerai plus. Si un homme a du mérite, à quoi bon le décorer ? S'il n'en a pas, on peut le décorer, parce que cela lui donnera un lustre.
Consentir à être décoré, c'est reconnaître à l'État ou au prince le droit de vous juger, de vous illustrer, et caetera."

"Il y a de certaines femmes qui ressemblent au ruban de la Légion d'honneur. On n'en veut plus parce qu'elles se sont salies à de certains hommes."

"Mon coeur mis à nu"

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