Anomalie de la représentation !

Tout a été dit, répété, jusqu'à en vomir : "Ces images sont scandaleuses et inacceptables". Ce sont les faits qui sont répréhensibles pas les images qui n'offrent qu'un "témoignage" en enregistrant ce qui se passe devant la caméra.

Chacun voit midi à sa fenêtre © pol Chacun voit midi à sa fenêtre © pol
C'est comme si dans notre belle société moderne et développée tout la culture avait disparue dans un effondrement étrange.
L'anomalie vient de l'oubli que tous ceci n'est que représentation du réel.
Tout image n'est qu'un reflet de la réalité!
Le processus technique qui permet l'enregistrement d'un événement fabrique un compte-rendu différents parce que transformé par le procédé technique.
Chaque image restitue une part de "réel" mais ce n'est pas le monde réel...
Sur tous les plans montrés de l'agression de Michel Zecler, chacun de nous peut voir et comprendre l'essentiel. Ce sont surtout les plans qui permettent d'accuser la police de violence...
Le témoignage de Michel Zecler n'aurait pas pesé un gramme de certitude face aux mensonges des policiers.
Avec la caméra de "sous-surveillance" du studio d'enregistrement musical, on ne voit pas grand-chose: c'est en noir et blanc et presque pré-flouté, il n'y a pas le son. Mais la longueur du plan des images, c'est à dire la séquence entière - sans coupure - sans manipulation suffit pour comprendre. C'est donc la continuité de l'action - enregistrée de manière mécanique et objective, sans intention -  c'est cette durée qui fait preuve bien plus que  ces "images" d'une qualité médiocre...Le temps, la durée, plus que les images établissent les faits qu'il faut interpréter... Le chrono lui est une donnée, factuelle qui permet de bien comprendre l'action des forces de l'ordre... Cela dure, ce n'est pas un seul coup... c'est un acharnement qui indique une volonté.
Mais c'est cela qui est paradoxale dans notre époque, les chaînes de télévision en continue qui nous offre une vision "floutée" de la réalité n'utilise jamais leur temps d'antenne pour donner du temps au temps et nous offrir cette durée de réflexion et d'EXPÉRIENCE, qui nous permettrait de comprendre ce qui se passe dans notre monde. Parce que ce qui nous horrifie dans cette vidéo, c'est d'expérimenté dans cette vidéo, la représentation objective de cette violence.
Chacun en apercevant un extrait de la bande de vidéo surveillance du Studio de Michel Zecler peut fantasmer à loisir et projeter comme il veut, ce qu'il veut sur ces images. Un syndicat de police ne vient-il pas de prétendre que l'ensemble a été "accéléré" pour "enfoncer" leurs collègues... Que les images soient accélérés ou pas (elles ne le sont évidemment pas) le dispositif technique banale - dans sa durée - permettra à un juge et à quiconque de bonne foi qui aurait accès à l'ensemble de la séquence (non monté ) pourrait se faire une opinion.
Toutes les vidéos de l'extérieur par contre ont été réalisées avec des téléphones portables de personnes dont l'assignation à résidence a déterminé l'angle de prise de vue... Ces citoyens qui filment ont donc - pour une fois - un usage de leur téléphone comme caméra de surveillance, une sorte de "sur-surveillance" . Il y a une nuance, l'intentionnalité des auteurs de ces vidéo. Chacune des images à été décidées par un auteur. Il y a eu un moment où l'enregistrement a commencé quand son auteur prend conscience de l'importance de ce qui se déroule devant ses yeux. Il n'y a donc pas l'intégralité de la séquence des événements, mais seulement ce qui se passe après le moment où la personne qui filme a été interpellé par l'incident. C'est un autour intrigué, ou scandalisé qui filment, et qui devient acteur de l'événement. Les syndicats de policier n'arrêtent pas d'ailleurs de répéter en boucle (à tout bout de champ) que la violence qui a précédé le début de l'enregistrement n'existe pas dans ces images (violence qu'il déduise du point de départ de la prise de vue). Sauf que les personnes qui appuient sur le bouton enregistrement de leur téléphone - en mode vidéo- sont là aussi pour témoigner et que l'image n'est qu'un support ensuite pour appuyer leur dire...Les images d'un téléphone portable sont en couleur, sonorisé, et souvent accompagné d'un commentaire de la personne qui filme dont ont sent l'émotion non feinte.
La prise d'images d'intervention de la police a évidemment un rôle sociale de "modération". La preuve en est que l'action violente des policiers s'arrête au moment même où ceux-ci se rendent compte qu'ils sont filmés...Parce qu'intentionnellement les filmeurs ne crient, pour que cela s'arrête... Filmer c'est donc porter assistance à personne en danger... Faire cesser le trouble à l'ordre public... l'image n'est même pas un support, c'est juste une arme de dissuasion... Le projet de loi de "sécurité globale" devrait donc être baptisé autrement "insécurité total".  
Nous autres qui avons la culture de la vérité nous savons bien que chaque personne qui filme de manière volontaire un policier prend un risque - celui de la destruction de son moyen d'enregistrement et plus-  par le policier qui prend la liberté - qu'il n'a pas  - de supprimer les images d'un moyen ou d'un autre... C'est aussi pourquoi la plupart des vidéos de bavures policières optent pour les plans en plongée - à l'abri d'un balcon ou d'une fenêtre-.
Gérald Darmanin a enfin reconnu devant la représentation nationale que la police avait pêcher beaucoup pêcher... et cet aveu - donc cette reconnaissance de l'existence d'une violence systémique de la police - est obtenu sous la pression des images. Faudrait-il encore savoir les lire.
La réponse à cette question est un vieux discours de cinéaste - vieux discours oublié par la plupart - la réalité n'existe pas, il n'y a pas de réel objectif, toute image à un auteur, une intention et ne montre qu'une toute petite partie de la réalité, à l'échelle de notre temps et de nos dimensions. Chaque séquence de film est donc vue d'une manière différente par chacun d'entre nous... Ce sont les marchands de film et de télévision qui ont fini par nous le faire oublier... Le grand public n'existe pas, parce qu'il n'y a qu'une seule personne à la fois qui regarde. L'audience se crée dans des salles de cinéma - et pas tout seul devant la télévision -. L'émotion d'un spectateur se communique proche en proche pour créer une osmose des réactions... chaque séance de cinéma engendre une audience différente. Il y a dont une seule lecture d'une image qui compte c'est la sienne. il y a une variation multiple des visions et c'est pourquoi je peux comprendre qu'un policier ne voit pas la même chose que moi quand je regarde Michel Zecler se faire tabasser.
Et cela n'existe pas seulement pour les "images". Hervé Le Tellier en parle doctement à la page 165 de son roman L'Anomalie. Je le cite, il l'a écrit mieux que moi je ne le pourrais ici: " Toute réalité est une construction, et même une reconstruction. Notre cerveau est scellé dans l'obscurité et le silence de la boîte crânienne, et il n'a accès au monde que par les capteurs que sont nos yeux, nos oreilles, notre nez, notre peau: tout ce que nous voyons, sentons, lui est transmis par des câbles électriques, nos synapses... nos cellules nerveuses" (...) "Et le cerveau reconstruit la réalité. Sur la base du nombre de ses synapses, le cerveau fait dix millions de milliards d'opérations par seconde."
Rien d'étonnant alors que l'indignation générale face à l'agression de Michel Zecler - dont un syndicat de police réclame encore l'inculpation pour outrage et rébellion - ne soit pas la même pour tous... On dira que ce sont des variations naturelles.
Mais la culture devrait permettre à tout citoyen de comprendre que ce qu'il voit sur des vidéos, n'est pas la réalité et que d'ailleurs ce qu'il croit être le réel n'est qu'une reconstruction continuelle de ce qu'il perçoit du fait de son éducation, ses souvenirs, ses expériences, sa vie même.
Dans notre société la culture de l'image est largement sous-estimée et peu enseignée.
Et maintenant que j'ai écrit ce qui précède peut-être allez vous regarder les extraits d'une émission culte d'une autre façon. Cette émission "Arrêt sur Images" a pour ambition de réaliser ce que je réclame une éducation à l'image. Et dans ce numéro il s'offusquait des manipulations de la réalité organisé et mis en scène par Luis Buñuel dans "Las Hurdes", "Terre sans pain" sont documentaire de 1932.
On parle d'images? Je n'avais jamais vu cette émission où les animateurs font preuve de bêtise (jouée?), et démontre leur ignorance abyssale. "Pourquoi faire du documentaire et pas des films?" est une question... comme si le documentaire ce n'était pas un film, mais surtout comme si un documentaire se devait de capter le réel sans mise en scène, sans choix, sans point de vue. Jean-Louis Comolli répond alors trop poliment à ce genre de bêtises, parce qu'à l'époque on ne parlait pas à tort et à travers de fake news. Mais l'idée est là en germe, il y aurait là, la bonne manière et la seule de rendre compte du monde. Et c'est aujourd'hui pourquoi les débats médiatiques et politiques sont aussi médiocre.
Le documentaire c'est le début et l'invention du cinématographe (tous les plans des opérateurs lumières sont soit mis en scène, soit on une place de caméra judicieusement choisie) tout documentaire est un film... Tout est toujours une question de représentation...
Même les hommes préhistoriques n'avaient pas de question sur la représentation du réel, (ils faisaient aussi du pré-cinéma d'animation) ils n'auraient jamais posé ce genre de question stupide... La régression mentale dans notre société d'imageries est grande... Le réel n'existe pas, une image est toujours une représentation.
 
Extraits d'arrêt sur images.
https://www.youtube.com/watch?v=8UWv57o_2do&fbclid=IwAR2SDD6TInLLJWX0ykRHEJUX9aeax7l4WzYynj8L1M0y9w06yzlfpLJk0Bo
Las Hurdes: https://www.youtube.com/watch?v=qO86FO1bs6g

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