Eleanor, une tempête passe

J'ai regardé le journal télévisé de France 2, à treize heures, et vingt heures! La hiérarchie des sujets proposés se déclinait à propos de la tempête qui traverse la France: vent, tornade, pluie, inondation, submersion, avalanche, incendie. Pas une fois les journalistes n'ont parlé de dérèglement climatique, pas un mot sur les causes de la violence de ces phénomènes.

Capture d'écran © Pol Capture d'écran © Pol
Il s'agit d'une absence d'information. Est-ce notre société qui est dans le déni? Quand les rédactions de Médiapart ou celle de France 2 réaliseront que la question essentielle a traité, tous les jours, c'est uniquement celle-là, ce sera évidemment trop tard. Une bonne compréhension du monde, voudrait que les journalistes expliquent à longueur de colonnes, qu'il va falloir évacuer les côtes, que ces villes, situées au bord de la mer, vont être englouties par la montée du niveau de la mer, et que cela se comprend des jours comme aujourd'hui. Mais la présentatrice de France 2 parle de catastrophe naturelle, comme si tout cela était parfaitement naturel, et exceptionnelle. Pourtant il est aujourd'hui évident que tous ces phénomènes vont se répéter plus souvent qu'à leur tour, avec plus de violence encore.

Le chercheur australien Clive Hamilton a une belle manière de décrire ce qui se passe aujourd'hui, le climat comme un animal blessé (par l'homme) se met à mordre et à se déchaîner.

La journaliste de France 2, elle, égraine le nombre de morts (un de plus à chaque nouvelle édition du journal) explique qu'il n'y a pas que la France qui est "touchée", et ne propose rien d'autre qu'un sujet pratique sur les indemnisations des assurances. Dormez bonne gens?

Un jeune homme de vingt-cinq est mort, sur une piste verte de quatre kilomètres, un arbre lui est tombé dessus. Le reportage semble démontrer que c'est la faute à pas de chance. Une vielle dame a vue son salon envahi par un torrent de boue, elle est décédée d'un arrêt cardiaque, comme s'il n'y avait pas autre chose qu'un problème médicale. Un pompier volontaire a été emporté par les eaux tumultueuses alors qu'il portait secours à une famille dont la voiture était tombée dans un ruisseau devenu torrent. Il n'est pas encore compté comme victime, cinquante personnes le recherche encore. Le récit, la manière de raconter les événements, tous liés les uns au autres, permet de n'inquiéter personnes. Les skieurs ont été confinés dans la station, c'est juste un moment exceptionnel? Pas de reportage pour expliquer combien le dérèglement climatique change complétement les probabilités d'avalanche? C'est juste une tempête qui passe après la précédente et avant la suivante. Une éolienne qui avait déjà quinze ans de service a été abattue par le vent, pas les autres, mystère, une tornade sans doute? Et le diable probablement?

George Marshall dans un ouvrage publié chez Actes Sud, dans la collection le Domaine du Possible, explique pourquoi "l'homme" n'aurait pas la capacité de réagir devant la catastrophe en cours. "Puisque la plupart d'entre nous reconnaissent la réalité du changement  climatique sans rien faire pour le ralentir, il est intéressant de se demander par quels leviers psychologiques on parvient à admettre une réalité, sans agir." Peut-on lire sur la quatrième de couverture. 

Il y a vingt ou trente ans quand avec des scientifiques ou d'autres, nous discutions du moyen de faire prendre conscience du dérèglement climatique, nous pensions tous que la violence des catastrophes et le nombre des victimes permettrait un électrochoc. George Marshall a enquêté sur les lieux mêmes des grands événements climatiques récents. Les victimes qui ont perdu des proches, dont l'habitation a été entièrement noyée, brûlée ou détruite par le vent, ne font pas le lien avec le dérèglement climatique, ils reconstruisent là. Ne change rien à leur manière de penser ou d'agir.

Nous aurons cette année, ou plus tard, un beau reportage sur la tombe de Johnny Halliday, noyée, emportée par les flots rugissants lors d'un prochain cyclone... Qu'est-ce qui pourra faire prendre conscience du danger imminent? L'augmentation des polices d'assurance? Le refus des assurances de rembourser les dégâts? Ici en France en ce début 2018, on célèbre le génie français qui a permis l'accord de Paris, à la COP 21, mais de fait, le taux de C02 continue de grimper, avec le méthane etc... Notre Président parade dans une conférence sur les initiatives privées en présence de Bill Gates ou d'autres qui préparent et financent les pires initiatives comme celle de la géoingénierie.

En ce début d'année la télévision de service publique, et Médiapart échouent à faire le simple travail d'information nécessaire à la mobilisation des esprits, et des initiatives. Chaque événement de ce genre qui se répète et se répète devrait permettre la proposition d'article de fond (facile à préparer) pour faire comprendre combien tout cela est lié et combien il faut agir maintenant avec beaucoup plus de volonté que celle affichée par nos dirigeants.

Dans l'ouvrage de George Marshall, Le syndrome de l'autruche, il explique, si j'ai bien compris, qu'il faut trouver des récits positifs, ou des manières de décrire tout cela en donnant des solutions. Il y en a tellement... qu'il me faudrait écrire un livre entier. Alors lisez par exemple le livre d'Isabelle Delannoy L'économie Symbiotique dans la même collection, j'y reviendrais, un jour où je serais moins en colère, parce qu'elle propose une organisation de l'économie qui résoudrait probablement tous nos problèmes.

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