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Billet de blog 4 déc. 2021

Le "parler" faux des politiciens

Valérie Pécresse vient donc de remporter le « Congrès » de la droite dure, et elle commence par un discours, où, à aucun moment, on ne la voit croire à ce qu’elle dit. C'est le « train-train » du jeu électoral, le « bla bla » un peu plus brun que d'habitude... mais mal dit.

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capture d'écran BFMtv © Pol

Elle est comme un création virtuelle d’une intelligence - du même nom mais sans discernement - incapable de retrouver un peu d’authenticité naturelle, un peu d’humanité. Elle cause selon ce que les big data ont trouvé... dire et répéter ce que leur électorat veut entendre. C'est à dire rétablir ce qu'ils fantasment comme l'Avant. Pour elle, la politique c'est conserver les croyances, les représentations d'Avant. C'est du conservatisme, un discours réac, un peu exagéré. En plus, elle joue faux! Comme dirait mon professeur de théâtre.

Jean Renoir - sans doute le plus grand cinéaste français -  endossait des rôles dans ses films et parlait faux, lui aussi. Pourtant dans « La règle du Jeu » il ne détonne pas. Valérie Pécresse dans le jeu politique, avec ses intonations, sa diction, n'arrive pas à être à la hauteur de son rôle. Dans le casting du film de Jean Renoir, elle aurait pu facilement s'intégrer. Aucun acteur du film ne pratique la comédie sur un même registre. Ils n’ont pas la même vision, le même phrasé les uns ou les autres. La variété permet la justesse de la description de la société. Dans la comédie du pouvoir aujourd'hui à part Mélenchon et Poutou, on a l'impression qu'ils jouent tous faux, et qu'ils ont perdu la règle du jeu, ils essayent tous de ressembler au Général de Gaulle, et seul Mélenchon y parvient quelque fois. C’est que le théâtre à des traditions différentes, il y a différentes manières de faire l'acteur, et que la politique d'aujourd'hui se conduit en regardant dans le rétroviseur (les sondages, une histoire révisée et fausse, des mythes anciens et sans fondements). La politique se moque des faits, des arguments, de ce qu'on appelle raisonnablement le réel. Enfin la politique pour gagner des élections, celle qui se conduit, c'est bien autre chose. Je ne parle que d'élections, ici.

Ce qui est génial dans  « La règle du Jeu »  c’est que les différences de classes sont parfaitement incarnés par des acteurs qui n'ont pas les mêmes traditions… « La règle du Jeu » reste une description magistrale de la société française qui montre combien la bourgeoisie va trahir et préférer Hitler au Front Populaire, avant même que la défaite de 40 ne le montre. 

Dans notre jeu politique aujourd'hui, on assiste - médusé - à la prise en compte d'une logorrhée d'extrême droite qui contamine bien des candidats, alors que le contenu n'est que pure fiction.

« La règle du Jeu »  nous indique que la question n’est pas de jouer faux, ou juste, mais d’être en place du point de vue du personnage qu’on doit interpréter… Certains acteurs politiques d'aujourd'hui non seulement jouent faux, mais n'ont plus la partition qui corresponde à leur étiquette. Nous avons l'impression d'être trompé sur la marchandise. Arnaud Montebourg, ou Fabien Roussel tiennent des propos qui ne correspondent pas à leur camp de base. C'est aussi le cas de Valérie Pécresse qui minaude en permanence, comme si son texte sortait de la plume de la Comtesse de Ségur, alors qu'elle tient des propos franchement inspiré des deux Éric. Elle tient son rôle comme la femme du Marquis dans « La règle du Jeu » mais avec des termes digne du garde-chasse, le petit propriétaire, qui deviendra l'assassin avant que « les ombres ne rentrent dans le château. » 

Tout le monde clame qu’on vit dans la société du spectacle et il est à déplorer que la grande majorité des acteurs de la vie politique ne sont pas de bons comédiens. Quand on en découvre un bon acteur chez les politiques, c'est pour pleurer un peu plus. C’est seulement quand il est démasqué et que son mensonge est prouvé que Jérôme Cahuzac - qui a mystifier tous ses interlocuteurs et nous avec - mérite un CÉSAR d'interprétation. 

Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit.

Le problème en politique devrait être « le parler vrai »  - titre d’un recueil de textes de Michel Rocard que je n’ai naturellement pas lu…-  Selon un article de Libération paru en 1976 (1) il ajoutait « Parler vrai n'est pas suffisant. Encore faut-il avoir quelque chose à dire ! » Est-ce que Valérie Pécresse n'a rien à dire? Je le crois… Son discours pourtant n’est pas forcément sans mensonges. Vu le poids pris par Éric Ciotti. Son programme ressemble sur bien des points à ceux des autres à l’extrême droite.

«  La profession politique ne bénéficie plus du respect qu'on avait pour elle du temps où elle passait pour efficace, c'est-à-dire du temps du plein-emploi » regrettait Michel Rocard dans une interview au Monde en mars 2004. « Aujourd'hui, on nous insulte, on nous veut pauvre et on nous moque. Nos rois aussi avaient leurs bouffons. Mais le bouffon du roi n'entrait pas dans la cathédrale. Aujourd'hui, les bouffons occupent la cathédrale et les hommes politiques doivent leur demander pardon. Ce qui fait que ne viendront plus que les ratés de leur profession.» 

Cette prédiction semble bien juste aujourd’hui tous les candidats à l'élection présidentielle ressemblent à ces ratés à deux exceptions près - même si pour Michel Rocard les bouffons sont ceux qui agissent sur les chaînes de télévision, alors même que CNews n’existait même pas- . 

Caricaturer Z. - ce produit labellisé du système médiatique, s’il en est - en Bouffon serait trop d’honneur pour un petit homme qui ne produit aucune vérité, et qui surfe sur des peurs et des mensonges que s’empressent d’accepter pour vrai la droite toute entière, y compris notre Président…  Les vrais bouffons disent la vérité et incarnent parfaitement leur rôle… Coluche nous manque. C’est dire combien dans cette campagne électorale nous sommes orphelins. 

Bref Marine Le Pen joue faux, Valérie Pécresse joue faux, Anne Hidalgo ne sais pas jouer, Arnaud Montebourg joue faux, Yannick Jadot surjoue, Macron n’a jamais réussi à bien placer sa voix (sauf quand il est enroué) et Mélenchon devient sublime quand il parle comme le Général de Gaulle… Aucun - aucun - ne sait parler vrai, aucun ne peut tenir sa place dans la société du spectacle, sauf Philippe Poutou qui comme Julien Carette dans « La Régle du Jeu », occupe le rôle du braconnier… Philippe Poutou, vrai ouvrier qui est le seul a chasser sur les terres des professionnels de la profession politique, tous des marionnettes pas vraiment justes...

Je suis documentariste, et pourtant j’ai suivi de longs stages pour apprendre à être comédien et à les « diriger ». Je sais donc comme un communicant mettre mes personnages à l'aise... J'ai même filmer des politiciens qui semblent être excellents et sincères. C'est mon travail. Le problème des acteurs du jeu politique français, c’est qu’ils sont conseillés par de mauvais communicants qui n’ont pas fait de stage à l’Actor Studio. Quand Ronald Reagan - acteur professionnel - s’est présenté, il a utilisé toutes les cordes du storytelling et il déclamait parfaitement les histoires mensongères et complètement inventés concoctés par des communicants. C'était, dans son métier, un acteur de second plan, qui a su trouver le premier rôle dans la vie: Président. Aucun de nos artistes, même pas Emmanuel Macron - qui a bénéficié d’une formation au rabais de théâtreux quand il était lycéen - n’ont le talent pour débiner leurs mensonges… 

Parce que réellement ce sont des mensonges que Valérie Pécresse nous décrit; il n’y a pas d’insécurité en France et il n’y aura jamais de grand remplacement !  Mais comme la bien démontré Christian Salmon, après son  « Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits », en publiant en 2019, « L’ère du clash » (2) - illustré, comme on l’a vu, par les pratiques de Donald Trump - faire de la politique ce n'est pas avoir un beau programme. C'est faire semblant, Macron, le disruptif, a gagné les élections en n'ayant pas de programme.

Et donc quand Z. ânonne son texte dans un mauvais décors de docudrama de pacotille, sans moyen, tout le monde sait que c’est faux, qu'il ne parle pas de programme, parce que ce n'est pas là la question. Quand il utilise des images sans en payer les droits, cela en fait un « rebelle » et un décalé du système (alors que je le répète c’est lui qui en est le pur produit). Quand il fait un doigt d’honneur, il incarne son rôle et gagne des points.  Et si le « système médiatique » le dénonce, c’est encore mieux pour lui… On n'imagine pas Z. lire Christian Salmon, mais ses sbires savent très bien qu'il suffit quelque fois de crier « No Future » pour gagner des voix, surtout si on se calque sur des sondages d'opinion qui proclame que  « c'était mieux avant ». Z. en Punk triste cherche à casser la baraque.

À gauche, c'est possible aussi, parce qu' « impossible n'est pas Français » Il suffit de comprendre qu' « 1 possible n'est pas Français » qu'il faut l'union, qu'il faut arrêter avec « Il était une fois » pour raconter la vie rêvée d'un candidat. À GAUCHE il faut écrire IL ÉTAIT PLUSIEURS FOIS.

Il faudrait que nous autre les « gens » de gauche, nous comprenions que ce ne sont pas les meilleurs acteurs, les meilleurs incarnations, les meilleurs histoires, les meilleurs programmes qui gagnent… Jean-Luc Mélenchon et son merveilleux programme ne fait que jouer la tragédie de Léon Trotsky qui défend le livre, la loi, le droit, contre Staline… Il est issu d’une tradition trotskyste qui s’est enkysté autour de textes sacrés et intouchables. Il se voit en Moïse qui donne la Bible aux français... Mais il a déjà échoué, plus d'une fois, à entrouvrir les eaux... Il est excellent le programme de Jean-Luc Mélenchon, excellent, on ne le dira jamais assez. Les historiens - si l'humanité réussit à ralentir la sixième extinction - étudieront ces textes comme lui à lu et relu le « Programme de Transition». En attendant pour laisser découvrir - plus tard - combien ce programme est juste, il faudrait empêcher la sixième extinction. 

Il y a URGENCE!

Le seul disruptif - en phase avec la période - qui garde toutes ses chances c’est le Président de la République qui a un but précis faire gagner les riches, il le fait, le fait très bien, et veut continuer à le faire, sans se préoccuper de la « réalité » du climat, de l’effondrement de tous le système Public français, qu’il a bien contribuer à accélérer, en continuant à démolir nos principes démocratiques et nos valeurs…

La seule chose qui pourrait éviter le désastre dans notre pays… c’est un vrai moment de clash. Un autre moment disruptif qui électriserait des citoyens qui savent déjà tout ce que j’ai écrit plus haut et qui ne vont plus voter depuis longtemps… Pas besoin d'être un bon acteur, ni de savoir son rôle non... Il faut renverser la table, tout changer pour enfin changer. Refonder les règles du jeu, étonner les citoyens qui ne vont pas voter, qui ne croient plus au politiciens
Il faudrait que ceux qui sont candidats quittent leurs couloirs, qui les amènent à la défaite de tous.

Il suffirait de presque rien.

Ce qui serait l’étincelle qui réveillerait tout le monde se serait l’union des gauches sur un programme minimum possible

À savoir 

1- L’augmentation des salaires (dés l’élection)
2- L’instauration d’un revenu pour tous pour sortir les gens de la pauvreté (dés l’élection)
3- La convocation de l'élection d’une Constituante (et les divergences entre les alliés seraient régler par les urnes) si en plus on peut trouver un truc pour imposer une proportionnelle intégrale, ce serait top!
4- La lutte contre la fraude fiscale avec 5000 fonctionnaires employés sur cette question… (dés l’élection) 
5- l’acceptation complète de toutes les propositions de la convention citoyenne pour le climat (dés l’élection)

Pas besoin de parler juste, ni vrai, agir tout de suite et rapidement. La société du Spectacle empêche un débat correct, intelligent et utile. Assez de professionnel de la profession, assez de communication et de comédie... de l'action de la disruption.

En fait c'est bien et c'est vrai que Pécresse parle faux, mais ce n'est pas le sujet.

NOTEs: 1 - https://www.liberation.fr/france/2016/07/03/parler-vrai-et-jamais-pour-ne-rien-dire_1463800/
2 - https://journals.openedition.org/questionsdecommunication/21346

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