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Billet de blog 8 janvier 2026

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Entre chien et Loup

Nous vivons une époque tragique, partout dans le Monde, les individus, les communautés connaissent des situations conflictuelles, dramatiques, douloureuses, dans laquelle chacun peut se sentir piégé, sans solution, sans issue, conditions le plus souvent créés par l’accélération de la « sixième extinction ».

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Illustration 1
capture d'écran Instagram © pol

Nous vivons une vague de froid, aujourd’hui, qui correspond à la saison (mais il n’y en a plus d’habitude depuis 1991) et au premier flocon de neige, l’équipe de communication de l’Élysée a publié une photo mélancolique du chien NemoJean-Michel Apathie prétendait, l’autre soir, pendant l’émission Quotidien qu’Emmanuel Macron déprimait sérieusement, son chien n’a pas l’air en grande forme non plus. Le pelage noir permet de remarquer les petits flocons… La cellule de com, n’avait pas anticipé, comme le ministre des transports, que l’épisode neigeux ne permettrait pas de fêter les sports d’hivers, mais plus, une fois de plus, de démontrer factuellement l’impéritie de l’État.

Mais revenons à ce sympathique toutou baptisé d’une manière macronienne: Nemo, ce terme qui vient du latin veut dire littéralement « pas un homme » - la belle affaire - mais aussi « personne, nul, pas une personne, sans valeur, méprisable ». Autant dire qu’il porte le nom de toutes ces « personnes » qui selon Macron, lui même, ne sont « rien »… On comprend pourquoi Nemo a l’air si triste. 

Le non NEMO  renvoie culturellement « en même temps » au Capitaine, misanthrope et réprouvé du Nautilus; au héros rêveur de Little Nemo in Slumberland qui tombe toujours de son lit et au poisson clown de Disney qui nous a caché que ce petit poisson appartenait à une espèce transgenre!


Il y en a pour tout le Monde, et la confusion - comme souvent- est grande…

Alors pourquoi communiquer avec une joli image d’un chien noir triste? 

Probablement parce que les communicants de l’Élysée veulent s’inscrire dans le sillage de la Pub Intermarché (un milliard de vues, on vous dit)… Un clin d’œil à des crétins comme moi, mais surtout aux journalistes, pour créer du buzz autour du chien du président afin que des retombées de popularité tombe comme des flocons (saviez vous que chaque flocon à une structure différente?) sur Macron lui-même (sans parler de l'émotion suscité par le décès de l'ultra médiatique défenseuse des animaux triés sur le volet)

La belle affaire?

(le spot publicitaire pour l’unique personne qui ne l’aurait pas vu https://www.youtube.com/watch?v=oa7vKrJQzlI
et la gentille vidéo publié par Le Monde, pour ceux qui voudrait un gentil commentaire https://www.youtube.com/watch?v=5oCejoexG5c)

Aucun éditorialiste n’a dénoncé  l’« anthropomorphisme » de ce long spot - extrêmement bien réalisé et très émouvant - . Même les documentaires animaliers à la télévision décrivent les espèces animales comme si ils se comportaient comme des membres de nos familles. Cette conception de la Nature reste désastreuse, rétrograde et passéiste.

Dans le scénario consacré au « bien mangé », même la « conversion culinaire » du personnage principal est biaisée… Nous devrions tous cesser de manger de la viande, et « les ressources halieutiques » disparaissent à vitesse grand V.  Pourquoi le loup de la Pub pêche-t-il? Pourquoi, alors qu’on prétend qu’il va cesser d’être un prédateur, cuit-il des poissons? Les espèces aquatiques n’auraient-elles pas, elles aussi, le droit à l’amour tendre? (« un petit oiseau, un petit poisson », comme dit la chanson). Pourquoi ces discriminations, j’allais dire - ce racisme - Pas d’oiseaux non plus dans l’histoire… Les petits zozios ne sont pas dévorés par le cruel loup? Il y aurait des animaux - comme les bébés phoques tout blanc- qui on le droit de faire partie du casting? 
Pour le festin final, c’est une brebis qui préside (vous avez déjà vu des moutons, en forêt?) 
Est-ce que c’est parce que les publicitaires savent bien que nous sommes de moutons? Communiquer c’est niquer le commun?
Bref le site Reporterre a élucidé le mystère: Intermarché  - appartenant au groupe Mousquetaires -  ne peut diffuser un message contre « le premier armateur français de pêche fraîche. »
De la même manière Reporterre dénonce le soit disant message sur la « bonne bouffe » puisque ce n'est pas seulement le consommateur isolé qui doit changé son comportement c'est surtout aux marchands de proposer de bons produits, bon pour la santé, et au gouvernement de légiférer pour cela. « Sur les huit catalogues de promotion Intermarché distribués en février et mars, 64 % des promotions s’appliquaient à des aliments dont la consommation doit être réduite selon le Programme national nutrition santé, 46 % à des produits ultratransformés, 38 % à des produits avec un Nutri-score D ou E. Les produits à privilégier, eux, ne représentaient que 13% des promotions d’Intermarché, et seulement 1 % pour les aliments bio. »

Même mauvaise foi, et mensonge chez le gouvernement qui a plus de deux ans de retard, sur la publication de la Stratégie nationale alimentation, nutrition et climat (SNANC), qui a de nouveau été bloquée le 28 novembre 2025. La politique menée par Macron depuis 2017, en matière d’agriculture, d’alimentation et de climat est strictement nocive et contraire à la raison. Pas étonnant qu'il soit mal aimé.

Mais revenons à notre sujet. 

Le loup n’est pas un personnage anodin, dans nos récits humains, contes, fables et légendes, il est fondamental…

Et je m’étonne qu’aucun savant (à ma connaissance) n’est pas pris la parole à propos de ce conte de Noël mensonger.


L’un des frères Grimm, Jacob a contribué a un ouvrage sur l’origine des mots… et il note que « le mot Wargus signifie à la fois loup et brigand, parce que le banni, de même que la bête de proie, est un habitant de la forêt et que, tout comme le loup , il peut-être tué impunément. »
Cette définition permet donc de comprendre combien le loup est un candidat exemplaire dans le processus d’anthropomorphisme que je dénonçais tout à l'heure. Les histoires de loup-garou proviennent aussi de ces convictions « juridiques » qui remontent à l’antiquité. Le loup est cerné par la Justice humaine.
Grégoire Chamayou précise dans son ouvrage « les chasses à l’homme », à la page 37: « Dans les anciens droits nordiques et germaniques, les bannis sont littéralement mis "hors la loi", expulsés de l’ordre légal, ils deviennent les proies d’une battue populaire. Chacun peut le tuer impuné,ment. Le "hors-la-loi" - l’Utlag des Anglo-Saxons et l’Out-law des Écossais - est aussi, en islandais, appelé loup, Vargr, "pour signifier qu’exclu de la société des hommes, ii était réduit à errer dans les forêts comme une bête fauve". » Au XIIIe siècle, toujours en Islande, la prime d’abattage versée à quiconque ramenait au Juge une tête d’un proscrit ou d’un loup était la même.

On comprend donc parfaitement que si le loup d’Intermarché est humanisé, pour martyriser, il faut animalier l’ennemi. Une pratique constante et favoriser - par exemple par l'église chrétienne - Donald Trump parlait des vénézuéliens en les désignant comme « ces animaux ». Les ministres fascistes israéliens n’ont pas d’autres mots pour qualifier les palestiniens.

Bannis, expulsés, sortis de la communauté, de l’Antiquité, au Moyen-âge, ces hommes sont aussi sortis du droit, et donc peuvent être tués impunément. 

De la même manière Donald Trump s’appuie sur la fameuse doctrine Monroe, - décrite dans une adresse au Sénat, le 2 décembre 1823 qui proclamait que les Amériques n’étaient plus ouvertes à la colonisation européenne- pour justifier ses visées impérialistes. J'ai envie de préciser aussi que Monroe a bâti un compromis avec les États du Sud pour que l’esclavage soir préserver. C’est également lui qui fit pression, avec le ministre de la Guerre Calhoun et le général Jackson, pour que les Indiens émigrent vers l’ouest, au delà du Mississippi. Il créa le bureau des Affaires indiennes, le 11 mars 1824, qui va organiser les déportations (il n’y a pas d’autres mots) menant plus tard à une politique systématique d’extermination. Il faut comprendre ce que signifie les modèles trumpien.

Bannir le loup ou le mauvais chrétien ou le malfrat c’est le mette « au ban » de l’humanité, en « banlieue »? 

Dominique de Villepin s’est comparé au p’tit loup: «Vous connaissez l'histoire du loup d'Intermarché ? Il a pris beaucoup de coups, il fait peur. Il est amené à changer, à se métamorphoser. Moi, j'ai subi beaucoup d'accusations (Clearstream, la Chine, le Qatar), sans que je comprenne très bien de quoi il s'agissait. Et à la fin, tout ça se dissipe et il devient l'ami du village, à force de servir, convaincre qu'il n'y a pas d'autre objet à mon engagement que de servir.» 

Illustration 2
Le Gorafi © Le Gorafi

Il faudrait que les politiciens cessent de sauter sur le dernier Buzz!

Bête pourchassée devenue espèce à préserver, le loup aujourd’hui devrait symboliser un enjeu politique central : la cohabitation entre populations, cultures et modes de vie? Ce serait peut-être ce que décrit mal le festin final de la Pub, mais ce n’est pas seulement au loup de se faire ses preuves. Comme d’autres formes de cohabitation conflictuelles, cela nécessitent des compromis pour vivre-ensemble. La société n’en prend pas le chemin. Les éleveurs de moutons, comme les paysans qui manifestent aujourd’hui contre l’accord du Mercosur, ou l’abandon des pesticides font un amalgame incroyable entre les écolos, les parisien, l’élite, et les politiciens dans une confusion largement organisée par les politiciens, les médias mainstream, et les élites (qui ne le sont plus depuis longtemps)

La con torsion du langage, la con fusion (Orwellienne) ajoutée à la menace, et à la peur; les dix tractions ( décrite par Huxley) ne nous mène pas au Meilleur Monde possible.

Quand l’Élysée publie une photo du chien Nemo, cela indique qu’ils ne comprennent rien, ou bien qu’ils sont soumis aux GAFAM… 

Si Emmanuel Macron était le dirigeant qu’il se croit être, il ne participerait pas à cette profusion de publications merdiques, il parlerait peu, il parlerait après avoir agi ou pour s'appuyer sur de FAITS, pas sur des promesses, ou pour annoncer des « plans » sur la comète… 

Le p'tit loup enjoleur d’Intermarché nous émeut parce que chacun d’entre nous vit cette tragédie d’une manière ou d’une autre, et se croit « mal aimé ».

C’est bien parce que nous sommes tous traités comme des chiens, tenus en laisse par la dette et nos peurs (etc…).


Une solutions devrait être de fuir le marketing et les sollicitations stupides, le « confort » du « meilleur des mondes.» 

Quand les mots de l’information sont également mensongers, il faut s’informer ailleurs.

Une journaliste de France 24 ne parle pas, ce matin, de l’arraisonnement d’un pétrolier russe pour décrire un acte de pirates. Elle emploie le verbe « rattraper ». « Rattraper par la patrouille!». Quelle patrouille? La trouille c'est la mienne en tout cas, à l'écouter.

La direction de la BBC interdit, à ses journalistes, d’utiliser le mot « kidnaping » pour décrire l’enlèvement du président vénézuélien, et d’ailleurs Léa Salamé, comme les autres présentateurs de bulletins de désinformation, n’utilisent aucun mot qui soit en rapport avec les faits objectifs. 
L’euphémisation s’impose partout. 

Pour comprendre l’époque il faudrait  noter chaque jour comme Victor Klemperer l’a fait à propos de la création du langage Nazi dans LTI. Lingua Tertii Imperii: Notizbuch eines Philologen, Ou plus récemment, il faut relire l’ouvrage d’Eric Hazan LQR. La propagande du quotidien.

On continuera à avoir une petite larme d’attendrissement en regardant l’enfant de la pub endormi avec son doudou loup, mais nous, nous avons à nous réveiller comme le loup de la fable. Ce que La Fontaine a bien dit.

« Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
"Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encore.» 

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