La commémoration de la victoire du 8 mai 1945 a permis à nos Présidents d’offrir à la Nation, l’image d’un pays rassemblé, apaisé, j’allais écrire libéré du poids des tensions de la campagne. Les deux Présidents, dans un duo presqu’amical offraient une image inédite de la politique française. Depuis le dernier discours du candidat sortant, nous étions heureux ! Nous avions réussi grâce au rapport de force imposé par les urnes à réussir à obtenir deux Présidents normaux pour le prix d’un. L’attitude de Nicolas Sarkozy, enfin, devenait adapté à son costume.
Espérons néanmoins que le nouveau sera moins normal qu’annoncé et qu’il trouvera une énergie et surtout un genre de savoir faire magique pour ne sortir de l’ornière. Souvent j’explique aux personnes que je filme dans mes documentaires : Napoléon demandait à ces généraux d’abord d’avoir de la chance. Il semblerait que notre nouveau Président en ait un peu et que le la défaite économique et idéologique du néolibéralisme soit possible. Ce synchronisme avec l’histoire est le contraire de ce qui s’est passé en mai 1981. Hubert Védrine dans Un monde dans tous ces États, disait: On mesure mieux, avec le recul, à quel point François Mitterrand, en mai 81, a été élu à contre courant …ce grand mouvement de mondialisation libérale dérégulatrice, et pourquoi ça a été si difficile à la gauche française, après, d’essayer d’aller contre.
François Hollande, part dans la difficulté, mais dans une dynamique annoncée de régulation dont on espère qu’elle n’ira pas dans le sens de la rigueur et de la croissance bête.
L’actualité, le spectacle, les récits reprennent leurs petits travaux antidémocratiques et ce matin tous les regards sont tournés – encore une fois – vers la Grèce, mais nous avons probablement tous le sentiment accru que notre avenir se joue en partie là-bas.
Pourtant je voudrais revenir sur ces deux hommes au garde à vous dans une position solennelle. Un premier étonnement, ils ont en apparence la même taille, à l’exception de la cravate bleue de François Hollande, il ressemble étrangement à ces personnages des films américains de la série Men in blacks. Même sérieux, même manière de porter avec calme et assurance le poids du monde, même attitude protectrice et pourtant même secret. À regarder Nicolas Sarkozy et François Hollande je ne peux m’empêcher de penser que les partisans de Marine Le Pen y verront le symbole de l’État UMPS. Pourtant les mens in black se battent contre des extraterrestres qui dans le premier épisode de ces films apparaissaient tout naturellement déguisés en travailleurs clandestins en provenance du Mexique.
Dans le système des images aujourd’hui, les meilleures intentions du monde, accoucheraient-elles d’autres choses ? Comme si la machine à produire du récit politique était cassée ?