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Le Club de Mediapart ven. 30 sept. 2016 30/9/2016 Dernière édition

Raymond Aubrac et la libération de Marseille

J'apprends la mort de Raymond Aubrac que j'ai cotoyé lors du tournage de mon film, Le Refus, à propos de la Résistance, en 1995. Je veux juste, en forme d'hommage, reprendre quelques-unes de ses paroles, à propos de la mission que lui confia le général de Gaulle, comme Commissaire de la République à la libération de Marseille.

J'apprends la mort de Raymond Aubrac que j'ai cotoyé lors du tournage de mon film, Le Refus, à propos de la Résistance, en 1995. Je veux juste, en forme d'hommage, reprendre quelques-unes de ses paroles, à propos de la mission que lui confia le général de Gaulle, comme Commissaire de la République à la libération de Marseille.

 © pol © pol
Je prends délibérement le récit d'une anecdote, parce qu'elle est probablement oubliée aujourd'hui. Une petite leçon d'histoire a méditer en ce jour, tout en se disant que l'esprit de Résistance - toujours nécessaire, est une conquête quotidienne. Je suis heureux d'avoir appris de lui lors nos trop courtes rencontres. Raymond Aubrac : J’ai été rappelé d’urgence à Alger le 6 août 1944. Le 7 août, le général de Gaulle m’a reçu pour me faire savoir qu’il me confiait cette mission – pour laquelle je n’étais pas du tout volontaire. C’était une mission très lourde. J’étais très jeune, j’avais juste trente ans. Pas d’expérience administrative, et… Mais je savais ce qu’impliquait cette mission, mais on n’avait pas l’occasion de discuter, c’était comme une mission militaire, il fallait l’accepter. La seule instruction que m’ait donnée le général de Gaulle était la suivante : « En aucun cas vous ne laisserez les autorités militaires alliées s’occuper des affaires de la population civile. »  En fait, le terrain était déjà assez déblayé, parce que, à ce moment-là, le gouvernement français n’est pas reconnu par les Alliés. Il ne va être reconnu que fin octobre. Mais déjà en Provence, en Normandie, de Gaulle a mis en place un commissaire de la République dans la tête de pont de Normandie, et en fait les Alliés ont accepté sa mission.

J’arrive donc à Marseille dans l’après-midi du 24 août, accueilli par le comité départemental de libération, qui est en même temps l’état-major insurrectionnel de la ville depuis cinq jours. Et la bataille continue. Immédiatement, le président du comité départemental de libération me cède le pouvoir – qu’il détenait réellement, car les comités départementaux de libération, dans tous les endroits qui ont connu l’insurrection, ont réellement disposé du pouvoir pendant la période insurrectionnelle. Et le comité départemental devient un organisme consultatif, ce qui est symbolisé par le fait qu’il quitte le bureau du préfet, qui m’est attribué, et il va s’installer dans la salle du conseil général. Et les problèmes se posent. Dans les premiers jours, les problèmes sont brûlants, parce que la bataille de Marseille va durer jusqu’au 28 août. Autrement dit, cette bataille aura durée neuf jours, neuf jours pendant lesquels il n’y avait réellement aucun pouvoir… dans cette ville. Et je crois que l’insurrection marseillaise, avec l’insurrection parisienne, a été la plus importante, dans une grande ville, de cette période de la Libération. Naturellement, il y a des différences entre l’insurrection marseillaise et l’insurrection parisienne, et ces différences m’étaient d’autant plus sensibles que j’étais chargé de rétablir la légalité républicaine, à commencer par le rétablissement de l’ordre. Or, dans une période insurrectionnelle, l’ordre public c’est une notion un peu lointaine. Un certain nombre d’exécutions ont eu lieu pendant la bataille, et puis un certain nombre de règlements de comptes sommaires ont eu lieu. Des enquêtes qui ont pu être faites après, on a conclu que dans un grand nombre de cas, dans la plupart des cas, les gens qui ont été exécutés étaient réellement des salopards qui méritaient le sort qui leur est advenu. Mais nous voulions rétablir un État de droit, et il fallait le faire rapidement. Or, tandis qu’à Paris, en mars, la police parisienne avait rejoint l’insurrection, il n’en a pas été de même à Marseille. Autrement dit, la police marseillaise n’avait pas l’autorité sur l’opinion et sur la partie dynamique de l’opinion, la Résistance, la population ouvrière, les organisations de Résistance, les F.F.I., le même genre d’autorité, le même genre de prestige qui lui permettait de faire ce travail de maintien de l’ordre. C’est ce qui m’a conduit très vite à constituer ce que nous avons appelé les « forces républicaines de sécurité », constituées en « compagnies républicaines de sécurité », qui étaient faites à l’origine par un mélange de policiers ayant contribué à la Résistance (il y en avait heureusement un nombre important), avec des F.F.I. volontaires pour ce genre de travail. C’est ainsi qu’ont été constituées les premières compagnies républicaines de sécurité

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Tous les commentaires

Votre témoignage, mon cher pol, rejoint le mien. Et cela ne m'étonne pas. A ce propos, j'ai beaucoup apprécié ce qu'écrit Edwy Plenel à la une de ce journal en ligne que nous aimons tous les deux.

Par contre, je n'avais pas du tout aimé le film de Claude Berri (complaisant et partiellement erroné) et je l'avais dit à Raymond.

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L'auteur

pol

Pierre Oscar Lévy, réalisateur de documentaire, etc...
Paris - France

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