pol

pol

Pierre Oscar Lévy, réalisateur de documentaires, programmateur à Tënk, etc...
Abonné·e de Mediapart

605 Billets

0 Édition

Billet de blog 11 nov. 2014

Cent ans après, la "Grande Guerre" fauche toujours

Depuis la mort de Rémi Fraisse, cette guerre que certains ont qualifié avec raison de boucherie me semble bien plus proche que ce qu’on nous raconte dans les gazettes. En ce jour, la République va déployer ses pompes et son spectacle pour faire oublier la réalité de la sauvagerie des combats subis par un peuple enrôlé dans une aventure militaire dont personne n’explique clairement les raisons… 

pol

pol

Pierre Oscar Lévy, réalisateur de documentaires, programmateur à Tënk, etc...
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Photos de Pierre Helman, mon grand-père maternel. © pol

Depuis la mort de Rémi Fraisse, cette guerre que certains ont qualifié avec raison de boucherie me semble bien plus proche que ce qu’on nous raconte dans les gazettes. En ce jour, la République va déployer ses pompes et son spectacle pour faire oublier la réalité de la sauvagerie des combats subis par un peuple enrôlé dans une aventure militaire dont personne n’explique clairement les raisons… 

Pire encore, je peux écrire, que  la guerre quatorze, continue à tuer quotidiennement des milliers d’inconnus sans que personne n’en prennent conscience. Je vais m’expliquer. Ce n’est pas un anachronisme, à peine une provocation.

Tout le monde peut comprendre aujourd’hui que Rémi Fraisse est mort – comme Médiapart a su vraiment le décrire – déchiqueté par l’explosion d’une arme de guerre inventée à cette époque… Que la gendarmerie utilise des grenades comme si elle était encore dans les tranchées ? Cent ans après, en temps de paix, contre des manifestants qui défendent des positions politiques… Il y a de quoi s’interroger… Pour le centenaire, il serait bon de commémorer l’arrêt des hostilités en interdisant l’usage de ces armes antédiluviennes.
La mort tragique du militant écologique est un exemple.

Mais la Grande guerre qui continue dans nos campagnes… encore aujourd’hui sous d’autres formes.

Les paysans qui ont déversé leur lisier sur un local d’Europe Écologie Les Verts, ne se rendent pas compte (de cela aussi) qu’ils défendent une agriculture obsolète utilisant des pesticides…

Et ne le saviez vous pas, les pesticides, sont né à cette période.

Un peu d’histoire … Issu de la petite bourgeoisie juive prussienne, Fritz Jacob Haber, chimiste allemand inventa, avec quelques collaborateurs, la synthèse de l'ammoniac, pour créer un engrais azoté… à la place du guano et du salpêtre utilisés dans l’agriculture.

Malgré les conventions de La Haye de 1899 et 1907 qui interdissent les armes chimiques Haber va en créer une redoutable (qui a servi encore pendant la guerre Iran/Irak ): Le gaz moutarde.

Le 22 avril 1915, à Ypres l’essai en vraie grandeur inaugure l’aire moderne. Sa femme Clara qui n’arrive pas à le convaincre d’arrêter ce qu’elle pense être – avec raison - un crime, se suicide peu après. Elle ne sera pas la dernière à être la victime de Fritz Haber.

L’État-Major allemand justifie la violation des traités d’avant-guerre en protestant contre l’expérimentation par les français des gaz lacrymogènes. Les français ayant été les premiers à rompre les accords. On pourrait en rire… si la police n’en faisait toujours usage… Cent ans, on le voit, c’est bien court.

Mais l’histoire, avec sa grande Hache, ne  s’arrête jamais n’en déplaise à Francis Fukuyama.

Fritz Haber, ce criminel de guerre, reçoit en 1918, le prix Nobel de Chimie (horreur au Nobel).

L’Allemagne battu, se voit interdire par le traité de Versailles, en 1919, toute recherche en matière d’armement. Haber continue pourtant mais il travaille innocemment à la lutte contre les insectes. Il met au point de la fabrication industrielle de l'acide cyanhydrique, un acide dangereux qui entre dans la composition d'un pesticide, pour tuer les poux, le Zyklon B. On sait que ce produit sera utilisé par les Nazis dans les chambres à gaz des camps d'extermination. Haber n’en saura rien, il meurt en exil en 1934, fuyant l’Allemagne, lui, le juif. Les néo-nazis d’aujourd’hui continue d’utiliser le camouflage de 1919, le Zyklon B étant pour eux, un insecticide, un produit désinfectant.

Toutes les armes chimiques - presque toutes inventées en Allemagne -  vont être transformées, réutilisées et camouflées, à nouveau, après la deuxième guerre mondiale par les mêmes entreprises de la chimie allemande qui accompagnait Haber depuis 1904… Depuis ces pesticides empoisonnent tout le monde, et nous promettent le cancer pour tous, puisque à la base, ce sont des armes chimiques.  Bien entendu, j’entends déjà tous les chimistes de la terre, tous les amis des sciences et les autres, me dire que c’est une question de dosage. Et je suis bien d’accord. Examinons froidement les faits, ils sont têtus. On n’a d’autant plus raison de fêter le centenaire que l’histoire n’est toujours pas finie… Si les paysans sont morts en masse pendant la Grande Guerre, ils continuent pour ceux qui répandent ces pesticides par être les premiers (après les millions de créatures vivantes qui peuplent chaque mètre carré de terre traitée) victimes tombées au champ de déshonneur de l’usage des pesticides. L’ombre de Fritz Haber plane toujours sur nos plaines… Et que ceux qui n’aiment pas les billets polémiques cessent immédiatement de lire ce qui suit, parce que c’est le pire est à venir, la Grande Guerre n’a pas cent ans, elle continue encore.

Selon le philosophe et l’historien Jacques Grinevald, c’est bien pendant la première guerre mondiale, que c’est passé le basculement de la civilisation occidentale. La guerre a commencé à cheval, puis s’est continué en voiture, avec l’invention de Fritz Haber et bien d’autres, avec l’arrivée des Tanks, en 1917, le monde a basculé dans l’Anthropocène.

Késaco me direz-vous ?

C’est une nouvelle ère géologique  qui a commencé à cette époque là.

L'humanité occidentale, est devenue si puissante, que sa pratique invasive, productiviste et destructrice a  interagi à l'échelle même du système de la biosphère, de la planète qui nous accueille.

Si des géologues étudient, un jour lointain, les couches de sédiments de notre planète, ils pourraient déterminer plus précisément le tournant. Ce moment où l’homme en tant qu’espèce prend le pas sur la nature et détermine par son activité les changements climatiques.

Personne ne va dire en ce jour de fête nationale que le dérèglement climatique, la sixième extinction (c’est à dire la disparition de la majorité des espèces animales et végétales qui est en court) pourrait avoir commencé durant la première guerre mondiale.

Alors assurément, la boucherie n’a pas pris fin, et il est peut-être bien trop tard pour en prendre conscience. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
En laissant courir Omicron, l’Europe parie sur un virus endémique
Un à un, les pays européens lèvent les restrictions comme les mesures de contrôle du virus. Certains, comme le Danemark ou la France, sont pourtant touchés par une contamination massive. Ils font le choix d’une immunisation collective, avec l’espoir de vivre avec un virus circulant tout au long de l’année à basse intensité.  
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Nouveaux vaccins, traitements… : des pistes pour protéger les plus fragiles
Avec des vaccins peu efficaces pour limiter la transmission d’Omicron, le raz-de-marée des infections se poursuit. Si une quatrième dose est écartée, des vaccins plus adaptés et de nouveaux traitements sont attendus pour aider à protéger les plus vulnérables.
par Rozenn Le Saint
Journal — Énergies
Nord Stream 2 : le gazoduc qui ébranle la diplomatie allemande
Entre intérêts économiques et alliances, Nord Stream 2 se retrouve au cœur des contradictions de la politique allemande. Sous pression, la coalition gouvernementale accepte finalement que le gazoduc construit pour écouler le gaz russe vers l’Allemagne par la mer Baltique soit inclus dans les sanctions en cas d’invasion de l’Ukraine.  
par Martine Orange et Thomas Schnee
Journal
Aux jeunes travailleurs, la patrie peu reconnaissante
Dans la droite ligne de 40 ans de politiques d’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi, le gouvernement Macron s’est attelé à réduire « le coût du travail » des jeunes à néant. Selon nos invités, Florence Ihaddadene, maîtresse de conférences en sociologie, et Julien Vermignon, membre du Forum français de la jeunesse, cette politique aide davantage les employeurs que les jeunes travailleurs et travailleuses.
par Khedidja Zerouali

La sélection du Club

Billet de blog
Pour la « primaire populaire »
[Archive] Partout, dans mes relations comme sans doute dans les vôtres, les gens se désespèrent de la multiplicité des candidatures de gauche. C’est le découragement, la démobilisation des électeurs potentiels, et la probabilité d’un désintérêt conduisant à l’abstention. Même si les chances de réussite sont faibles, tout, absolument tout, doit être tenté pour éviter une cinglante déroute.
par Jean Baubérot
Billet de blog
La Chimère Populaire (bis)
Un prolongement du billet du chercheur Albin Wagener, sur les erreurs de la Primaire Populaire pour organiser la participation aux élections présidentielles, avec quelques rapides détours sur les formes de participation... Alors que la démocratie repose bien sur des techniques, elle est tout autant une affaire sociale et écologique !
par Côme Marchadier
Billet de blog
Pour en finir avec la Primaire populaire
[Archive] Allons ! Dans deux semaines aura lieu le vote de la Primaire populaire. On en aura fini d'un mauvais feuilleton qui parasite la campagne « à gauche » depuis plus d'un an. Bilan d'un projet mal mené qui pourrait bien tourner.
par Olivier Tonneau
Billet de blog
La Chimère Populaire
Pourquoi certain·es d'entre nous se sont inscrit·es à la Primaire Populaire et envisagent désormais de ne pas y voter ? Un petit billet en forme de témoignage personnel, mais aussi d'analyse politique sur l'évolution d'un choix électoral - parce que la trajectoire de l'électorat est mouvante, n'en déplaise aux sondages ou aux Cassandre de tous bords.
par Albin Wagener