Résilience

N'ayez pas peur! © pol N'ayez pas peur! © pol

Je lis l’excellent blog de ma camarade Dominique Leglu (Nous avions créé sous la houlette de Jean-Jacques Henry, le Magazine d’ARTE, Archimède(s) en 1994) http://sciencepourvousetmoi.blogs.sciencesetavenir.fr/. Il y a de quoi être étonné par le fonctionnement de l’information. Je cite : On s’en doutait depuis longtemps, mais voir la chose admise par l’opérateur TEPCO de la centrale Fukushima fait un effet sidérant : le cœur fondu du réacteur n°1 a percé sa cuve en de multiples endroits !

http://english.kyodonews.jp/news/2011/05/90715.html

Je n’ai pas vu cette information en première page des journaux. (Une heure après la parution de ce billet Michel de Pracontal en a parlé en première page de Médiapart) Si vous lisez le blog de Dominique Leglu, vous comprendrez cette information était prévisible. Et pourtant, nos journalistes responsables, ne commniquent pas sur cette information capitale.

 

François Leclerc fait un bien étrange rapprochement sur le blog de Paul Jorion. http://www.pauljorion.com/blog/ je cite : Les parallèles n’ont pas manqué d’être soulignés entre la crise économique et financière mondiale que nous continuons de subir et la catastrophe nucléaire de Fukushima qui se poursuit. Toutes deux mises dans le même sac, celui d’un système dont les justifications ont été dans les faits mises brutalement en cause et dont les supposés bienfaits s’effacent dans les deux cas devant les désastres qu’il suscite. Une nouvelle opportunité vient de se présenter permettant d’opérer un autre rapprochement : des stress tests (tests de résistance) vont être presque simultanément menés en Europe dans le but d’éprouver la solidité des banques et celle des centrales nucléaires. Avec en commun de chercher à démontrer qu’elles le sont, tout du moins dans leur grande majorité, à l’exception éventuelle de quelques victimes expiatoires. Illustrations un peu trop criantes de ces opérations de propagande qui semblent désormais être l’âme même de l’action politique, que l’on préfère appeler plus noblement stratégie de communication.

 

Nous sommes entrain de vivre un épisode de sécheresse en France, plus grave qu’en 1976. Cette année là, nous avons vécu – j’y étais – la première canicule. Mais nous n’avions pas à l’époque les concepts pour le comprendre. C’était une manifestation du dérèglement climatique et nous le savions même pas. C’est aujourd’hui avéré. Aucun journaliste ne parle de cela dans les multiples reportages qui nous racontent le drame des paysans et la hausse prochaine des prix des céréales. Aucune mesure, semble-t-il n’a été prise pour prévenir un phénomène récurent. Bruno Lemaire, le Ministre de l'Agriculture n'a pas anticipé, n'a pas penser l'évidence, il essaye de trouver des subventions pour panser les plaies.

 

Il était vraiment touchant, émouvant de regarder ce soir le journal de France 3 qui parlait enfin collectivement de ces otages Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier. Ne voyez pas d'ironie dans mes propos, ils se sont mobilisés pour l'anniversaire des 500 jours d'incarcération. Les journalistes qui composent cette rédaction, ont fort obligeamment fait leur travail pour parler de leurs collègues. Il y en avait un qui était même vraiment ému. Moi je l'étais aussi. Pourtant en ce souvenant de la libération des otages du Liban, on ne pouvait pas croire à la sincérité de ce que racontait la chaîne mobilisée.

 

Tout cela sonne comme des mensonges vertueux. Et justement j'ai trouvé, dans des pages Internet, une sorte de défense et illustration du mensonge.

 

http://www.psychologies.com/Moi/Moi-et-les-autres/Relationnel/Articles-et-Dossiers/Boris-Cyrulnik-psychiatre-Le-mensonge-est-une-preuve-d-intelligence

 

Je cite : « Devant la Gestapo, devant le mauvais juge, le mensonge est un devoir », affirme Paul Lombard, avocat à la cour. « Si certains mensonges ne sont assurément pas nécessaires, il existe néanmoins des mensonges bienfaisants », explique André Bercoff, journaliste et écrivain, familier de la scène politique internationale. « Ce qui m’interroge dans le mensonge, c’est sa motivation. S’il s’agit de peur, s’il s’agit du besoin de masquer d’autres fragilités, de ne pas faire de peine, pourquoi pas le mensonge ? » Questionne le père Christian Delorme, prêtre catholique engagé auprès des jeunes des banlieues sensibles.
La position de l’éthologue et psychiatre Boris Cyrulnik est tout aussi surprenante et novatrice. Pour lui, mentir c’est une preuve de respect de l’autre et le moyen de préserver sa propre dignité dans une société devenue très exigeante. Il ne glorifie pas le mensonge mais il le clarifie et resitue son rôle dans l’évolution de l’être humain.

Boris Cyrulnikdonne, plus loin des exemples Mentir, c’est respecter l’autre, c’est ne pas lui faire de mal, mais c’est aussi le préparer tout doucement à la vérité quand il faut la lui dire. Lorsque j’étais jeune médecin, nous croyions qu’il fallait préserver les malades en ne leur disant pas la vérité. […] Mais ensuite la maladie évoluait, la famille n’avait pas pris ses dispositions et, en plus, on avait trompé le malade. Dès lors nous avons changé de stratégie […]. Par conséquent, maintenant certains disent la vérité comme on envoie un coup de poing dans la figure… Je l’ai vu… Dans ce cas-là, dire la vérité devient une forme de non-respect de l’autre. Il y a une attention à l’autre qui exige qu’on le mène à la vérité. […]

 

Il semble que le gouvernement Japonais, laisse vivre des milliers de personnes dans des zones où ces personnes reçoivent des doses de radiations bien trop forte. Il semble que la gestion de la catastrophe de Fukushima va avoir des conséquences sur la planète entière. Il semble que la crise financière est loin d’être terminée. Et que l’ensemble des problèmes se croissent au même carrefour de notre époque. Je reprends ce que j’ai écrit dans un ancien blog, le concept nouveau du Livre blanc de la Défense Nationale, de 2004, c’est justement la résilience, le fameux concept dont Boris Cyrulnik a assuré la publicité depuis bien plus longtemps. Cette manière formidable de se reconstruire après un traumatisme.

 

Je sens donc le fort respect que les dirigeants ont pour la population en travestissant un peu la vérité.Il ne faudrait pas que nous nous rendions compte de la gravité de notre maladie.

 

Avant j’aurais écrit, cela soulève des interrogations, cela pose un problème, mais aujourd’hui, dans le langage de la rue, on m’assure qu’il n’y a pas de soucis. Plus de faits des affects ! Pas de questions, des émotions.

La démocratie cela consiste – de mon point de vue – à exposer la complexité des questions, et de prendre une décision – souvent erronée – mais assumée par tous.

Visiblement nous voilà tous pris dans un flot d’information qui nous noie dans des images qui nous évitent de regarder en face la catastrophe qui se déroule.

 

Il ne faut pas parler des otages, pour ne pas compromettre les négociations. Il ne faut pas trop communiquer sur les radiations pour ne pas créer la panique. Il ne faut pas parler de la crise pour rassurer les marchés. Il ne faut pas parler du dérèglement climatique pour ne pas ressembler à Philippulus. Il ne faut pas poser des questions sur les otages, parce que l’on sera ranger dans la catégorie des imbéciles qui croient au complot.

 

Les experts et les dirigeants, les communicants ont de très bonnes raisons, morales, sérieuses, réfléchies de nous raconter des histoires. Ce sont des gens responsables.

 

Et moi un blogueur, c'est tout dire, sur mon irresponssabilité.

 

Cela ne change pas le fait que les radiations se propagent, que la crise nous appauvrit, que le dérèglement climatique passe un seuil, que les otages seront libérés, juste au moment ou ce sera opportun pour ceux qui ont le pouvoir (je l'espère pour eux)

J’aimerais bien que notre société n’est pas besoin de vivre une résilience réussie. Cela signifierait que nous aurions évité la catastrophe.

D’autant qu’aujourd’hui nous avons toutes les connaissances nécessaire pour prévenir et guérir avant que le ciel ne nous tombe sur la tête.
Mais il faudrait une volonté politique.

J'ai cru comprendre que le gouvernement actuel n'avait qu'une seule obsession rendre plus riche les riches.

Mais j'écris bêtement un blog, c'est dire que je ne comprends vraiment rien, que je suis aveugle et que je n'arrive même pas à comprendre à quel point les Minitres et le Président se dévouent. Ce n'est tout de même pas de leurs fautes s'il y a des trous dans une cuve de la centrale de Fukushima.

 

Si je pouvais prier, je prierais tous les jours pour la libération des otages, et pas seulement pendant 500 jours;

 

Otage ce mot qu’aucun journaliste n’a osé prononcer aujourd’hui à propos de la grève dans le RER, preuve qu'il ne faut désespérer de rien.

Pour essayer d’éviter la résilience, il faudrait que nous soyons tous des citoyens actifs, des experts chacun et à propos de cela il n’y a pas de soucis, depuis que nous sommes rentré dans la société de l'information, nous sommes tous entrain de le devenir.

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