Respirer

Je n’ai pas vocation à écrire un billet pour jouer sur les mots! Depuis 3 ans déjà, j’ai renoncé à alimente régulièrement mon blog sur Mediapart, tellement les événements qui se déroulent et particulièrement en France, me désolaient, me déprimaient, m’affligeaient.

Cette année pour la première fois de ma vie je n’ai envoyé mes voeux à personne ! Comment pouvais-je souhaité du « bon » à chacun, alors que tout empirait. Et puis bizarrement depuis quelques semaines je reprends espoir.

Je sais que l’espoir n’est pas une très bonne disposition de l’esprit « Vivre dans l’espoir laisse le présent cardé d’angoisse ou de ressentiments et reporte sans cesse demain l’attente de la métamorphose, aux fins d’une tyrannie inconsciente commencée bien avant soit, tramée à même l’histoire des générations qui nous ont précédées et dont nous portons aussi bien la révolte que la puissance sacrificielle. C’est la « vraie vie » qui se trouve ici relégué au rayon des accessoires du futur. » écrit page 160 de  ÉLOGE DU RISQUE , Anne Dufourmantelle, dans son livre édité chez Rivages Poche.

Mais je tente ici d’esquisser une idée qui me vient… La Covid19, virus insignifiant de par sa petite taille, a ralenti un temps la destruction de le biodiversité en s’attaquant à l’espèce invasive, destructrice, nuisible, que nous sommes. Les dirigeants de nos pays (quelques soient leurs idéologies, à l’exception des fachos (pour parler vite) ont tous mis en danger la croissance et l’économie pour « sauver des vies. » Ce qui est fort étonnant puisque les pandémies se succèdent toujours à des rythmes soutenus sans que ni l'opinion, ni les gouvernements ne se soient jamais vraiment soucié de cela (sauf dans le cas où - comme pour la peste - c’est la société qui s’écroule, un temps). Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, ll y a eu de nombreuses épidémies de grippe ou de coronavirus qui ont emportés quelque fois plus de personnes qu’aujourd’hui… alors pourquoi maintenant? Que ce passe-t-il ?


La réaction mondiale face à une autre affaire m’interroge: le meurtre atroce de Georges Floyd - qui a été filmé dans sa continuité par une jeune fille de 17 ans- mobilise la planète. La plupart des dirigeants démocrates (à l’exception notable d’Emmanuel Macron, en parlera-t-il demain?) ont prononcé de belles paroles émouvantes et justes… Probablement aussi parce que la population bigarrée, jeune, provenant de toute confession, culture, ou communauté se mobilise. Quelques fois même comme à Minneapolis, ou Seattle, c’est une véritable insurrection qui a lieu avec un parfum de Révolution.

Les commentateurs avisés qui encombrent les journaux et les chaînes de télévision glosent sur l’impact de l’image… J’aurais moi parlé plutôt du son "terrifiant", de la durée "ATROCE" qui montre combien, le temps est long pour voler une vie. Mais je voudrais dire ici que ce genre d’images, et de sons, nous y sommes habitués - avec obscénité - depuis que les petites caméras vidéos portables personnelles existent. Chacun se souvient du passage à tabac de Rodney King, filmé le 3 mars 1991. Cela fait un moment que cela dure (évidemment les lynchages c'est avant et il existe aussi des photos). L’apparition des caméras dans les téléphones individuels portables n’ayant seulement fait qu’augmenter la fréquence de parution de ces séquences citoyennes « volées » à l’arbitraire policier. Alors pourquoi cette fois-ci, pour cet homme-ci, il se passe comme une révolution des mentalités au niveau mondiale?

Pendant le confinement, la jeunesse, les pauvres, les minorités ont été harcelé par des vérifications d'identité, c'est un fait. En France ,votre administration avait même inventé la nécessité de sortir de chez soi avec un Ausweis. Chacun a pu vivre ainsi la privation de liberté et une facilité à nous humilier.


Mais, j’avance une hypothèse qui fera sans doute sourire certain, je la crois plus profonde qu’il n’y paraît. Même si la Covid19 est une pandémie qui ne s’attaque pas directement au poumon, il y est question -durant le processus d'évolution de la maladie - d’avoir du mal à respirer. Une aide respiratoire est souvent nécessaire. « Je n’arrive pas à respirer » - phrase déjà prononcée par bien des victimes de la violence policière- tout à coup est entendue, relayée, et comprise par une majorité d’habitant sur terre. Le racisme, comme la Covid19 est un virus qui détruit le tissu social.

Je crois (il faudra étayer cela plus longuement au fil du temps) qu’une portion significative (et surtout dans la jeunesse) des habitants de ce Monde, a compris depuis longtemps que c’est la question essentielle de notre époque…

Bientôt nous ne pourrons plus respirer du fait de la pollution et de la destruction de la biodiversité (c'est déjà le cas dans certaines villes chinoises). « Ne Plus Respirer » devient le slogan indiquant la prise de conscience de la « sixième extinction » qui s’accélère et va voir disparaître de 95 à 97% des espèces végétales et animales de la planète.

Quand nous voyons mourir Georges Floyd nous sommes évidemment révulsé par ce crime-là, à cet endroit là, pour cette personne là, à qui les assassins nient toute valeur humaine, avec comme dit Didier Fassin « dans le regard du meurtrier, l’expression obscène d’une jouissance dominatrice ».

Quand nous avons peur pour nous et nos proches à cause d’un virus inconnu, c’est un fait à lui seul. Mais je crois que nous autres humains, quand nous sommes mis en rapport avec la mort d’un autre, nous pensons aussi à la nôtre. Et aujourd’hui, il me semble que la peur de cette mort a pris un nouveau visage, comme si une partie non négligeable de la population de la Planète avait pris conscience de la fragilité de notre espèce en voie de disparition (à une échéance que nous discuterons plus tard).

L’émotion qui nous mobilise me paraît la même que celle des chasseurs cueilleurs de la Préhistoire qui vivaient en tout petite communauté et qui savaient parfaitement que la perte d’un seul membre de leur minuscule bande, mettait en péril le groupe entier. À cette époque, pas de problème de racisme (les blancs n’existaient pas) pas de problème de domination masculine (les femmes et les hommes possédaient la même corpulence) pas de hiérarchie sociale, etc… la pure empathie de tous les Primates… Peut-être que depuis quelques semaines notre espèce est revenue dans le giron de la nature, et a repris sa place d’espèce comme une autre (mais là évidemment vous riez, le rire n’étant pas le propre de l’homme, je vois bien que vous êtes des primates comme les autres)

Michel Leiris - je le cite souvent - disait « Ma mère est mammifère, il faut m’y faire ».

Moi je ne ferais jamais à l’idée qu’on puisse mourir du fait de sa couleur de peau, alors que tous nous savons que Noir, Juif, Arabe, PD etc., cela n’existe pas, c'est seulement une constructions stupide dans la tête

Serment du Jeu de Paume (original non achevé) © Photo POL d'aprés David (Versailles) Serment du Jeu de Paume (original non achevé) © Photo POL d'aprés David (Versailles)

de pauvres attardés. Il faut que tous, chacun d’entre nous, nous gagnons le droit de respirer et cela ce n’est pas gagné… cela ne se fera que dans cette lutte là pour la survie de notre espèce et en préservant toutes les formes de vie.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.