TRI

Je m'étonne, je suis surpris, ahuri qu'il puisse être dit depuis plus d'une semaine dans des reportages à la télévision qu'à l'hôpital un TRI des malades soit fait.

Morgue d'un hôpital aux Antilles © Pol d'après France Télévision Morgue d'un hôpital aux Antilles © Pol d'après France Télévision
Jamais les phrases des soignants hébétés de fatigue ne sont repris en titre: "À partir de 60 ans les malades n'ont pas le droit à la réanimation". "Je suis heureux qu'il y ait des renforts venant de la Métropole, parce qu'ils vont pouvoir se rendre compte de la situation catastrophique que nous vivons et cela va leur servir d'expérience pour la suite, à la rentrée en France."
Cela se passe en Martinique et en Guadeloupe, le discours officiel est bien rodé, si les "gens"  (pourquoi ne diraient-ils pas les "indigènes" vu le mépris?) meurent aux Antilles, ce n'est pas du fait du manque de moyens et de personnels du Service Public, c'est à cause des "gens" qui ne se sont pas vaccinés.
Quand la Pandémie à l'automne va se tourner contre les enfants (les seuls non vaccinés) ou quand un nouveau variant ( insensible au vaccin) viendra nous frapper, alors la politique vaccinale du gouvernement apparaîtra pour ce qu'elle est... au minimum insuffisante.
Nos concitoyens meurent aux Antilles, parce qu'Emmanuel Macron ne sort pas de son sillon idéologique, faire des économies à l'hôpital, selon un schéma néolibéral. On comprend bien aujourd'hui que plus de lits, plus de soignants, coûterait moins cher à la Nation. Si on en croit les épidémiologistes sérieux, cette Pandémie va durer, et d'autres zoonoses viendront. J'ai cru naïvement que quand la catastrophe viendrait, la conscience des dangers dû au dérèglement climatique et à la surexploitation de notre planète (la zoonose est dû à la destruction de la biodiversité) viendrait avec. Je dois reconnaître que de ce point de vue là, j'étais bien loin de la réalité. L'être humain se comporte comme la grenouille - du petit récit- elle s'habitue à l'eau qui se réchauffe dans la casserole où elle se trouve pendant que le gaz allumé fait son office par dessous. 
Mais tout de même le TRI c'est un scandale! Pourquoi cela ne fait pas la UNE des journaux?

Ce jour - après avoir écrit ces mots - je lis dans Libération: « Les obsèques de madame Farescourt Eléonore Agathe, surnommée Gagathe, décédée dans sa 75e année, seront célébrées ce jeudi 19 août à 9 heures…» Comme tous les jours à 13h30, Jean-Charles Martyr-Fale lit machinalement, à l’antenne de la radio Guadeloupe la 1ère, les avis d’obsèques. Une tradition aux Antilles écoutée par une grande partie des plus de cinquante ans. Musique triste et pesante en fond sonore, il annonce les cérémonies à venir, donne quelques détails sur le défunt et sur ses proches, puis passe à la feuille suivante. Comme tous les jours, pas tout à fait : mercredi, l’émission se termine une heure plus tard qu’en temps normal, explosion des morts du Covid-19 en Guadeloupe oblige. «D’habitude l’été on a entre 30 et 40 avis de décès à lire par jour. La semaine dernière, on était déjà monté à 50. Aujourd’hui j’en ai 79, c’est du jamais vu», détaille l’animateur un peu déboussolé. D’une demi-heure, l’émission est donc passée à une heure et demie. Deux journalistes sont désormais obligés de se relayer pour venir à bout de l’imposante pile de papier que crache un fax à longueur de journée, et une partie des programmes est bouleversée. (https://www.liberation.fr/societe/sante/covid-19-dans-les-morgues-de-guadeloupe-cest-de-pire-en-pire-20210819_IODLINNRRRC7ZDYZBRI5WAS2VQ/?redirected=1).

Il faut donner les noms de tous ces morts qui décèdent parce que l'hôpital est détruit. Nous attendons encore ce mémorial pour citer tous les morts de cette Pandémie.

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