Pierre existe, je l'ai rencontré!

Je me prénomme Pierre, c'était le petit nom de mon grand-père maternel, belge, rexiste, catholique, héros de la guerre quatorze. Devant mon poste, j'apprends que des petits enfants d'origine étrangère (comme moi, mes autres grands parents sont nés en Alsace occupée) doute de mon prénom... Une belle salade d'identité.

Capture d'écran de l'émission Quotidien, sur TMC. Capture d'écran de l'émission Quotidien, sur TMC.
Le Président de la République qui s’ébroue et débute sa campagne électorale - dans le but vain de se faire réélire - s’est rendu à Montpellier dans un « quartier » populaire (sur un ancien lieu de vente de drogue pacifié par la police)… Il n’a pas cherché le bain de foule, parce que cette populace manifestait violemment contre lui en demandant sa « démission ». Le plus drôle dans cette première histoire, c’est que le Président était en retard,  et les mauvais citoyens s’étaient amassés (en ne respectant pas les gestes barrières, ce qui prouvent combien ces êtres sont ignorants et rustres) devant la porte du lieu qu’il devait visité pour l’empêcher de « sortir ». Ils criaient tous que « Non! Macron ne sortirait pas d'ici!" C’est très bien décrit par les journalistes de l’émission Quotidien sur TMC

Mais notre grand Président, arrivé bien plus tard, aime le contact, alors parmi les quelques personnes triées sur le volet, certains (comment a été fait cette sélection? Nous n’en serons rien) avaient été parqués à proximité de l’entrée derrière des barrières après que moult CRS aient repoussés les braillards qu’aucune chaîne d’« infos » n’avait eu le loisir de traiter d’émeutier. Pendant la diffusion des images, le son reste la plupart du temps coupé, comme cela le Président de la République peut faire des « coucous princesse » en agitant la main très fort à des personnes qui le conspuent, tout en gardant un sourire convenu. L'image muette ment. 

Bref ce n’est pas le sujet, revenons à mon prénom Pierre et sur cette pierre je vais raconté la vraie histoire.

Capture d'écran de l'émission Quotidien, sur TMC. Capture d'écran de l'émission Quotidien, sur TMC.
La grande question qui a agité les chaînes « d’info en continue » c’est qu’une femme voilée a parlé au Président… Une femme voilée - le Président est vraiment courageux, selon certains il prend des risques, il va au contact (mais ce n'est pas le débat du jour) - Et de la discussion qui a duré, les « journalistes » de ces chaînes n’ont retenu qu’une seule chose…« Un paradoxe ». Elle ne demandait pas la « séparation », elle voulait de la « mixité sociale ». Les éditorialistes sont restés bouche bée... Mais j'explique mal.

La dame (une mère de famille) - qui a répété à un journaliste de TMC qu’elle faisait partie d’une famille qui « lisait » une famille « cultivée »- cette dame donc a raconté une anecdote à Emmanuel Macron : un de ces enfants lui a demandé si le prénom Pierre existait vraiment où si ce nom n’apparaissait que dans les livres! Le Président, pour une fois, en resta coi. Petit coup d’œil discret pour chercher de l’aide et sourcil largement surélevé montrant un étonnement non simulé. Emmanuel Macron - qui lutte contre le « séparatisme » - venait de rencontrer lui aussi un « paradoxe » (selon les éditorialistes des chaînes d’infos qui diffusent quelques fois des commentaires d’extrême droite en continue). Cette femme voilée racontait qu’elle envoyait une de ces filles (si j’ai bien compris) dans une école privée catholique pour qu’elle puisse vivre la «mixité sociale » qu’elle même avait connu dans l’école de la République à son arrivée en France… « C’est un paradoxe, c’est un paradoxe» ont psalmodié - comme n'importe quel fou de dieu-  les éditorialistes des chaînes qui débitent quelques fois des conneries en continue.

Capture d'écran de l'émission Quotidien, sur TMC. Capture d'écran de l'émission Quotidien, sur TMC.

Incroyable scène, ou le réel arrive devant les caméras esbaudies (ou plutôt atterrées)  et devant le Président… Quoi? Le Réel? « et ce réel-là, le réel, si je puis dire, le vrai réel c’est celui qui vous manque complètement » comme disait Lacan.  
L’image, dit Lacan (que je détourne un peu), « résume ce que nous pouvons appeler la révélation du réel dans ce qu’il a de moins pénétrable, du réel sans aucune médiation possible, du réel dernier, l’objet essentiel qui n’est plus objet, mais ce quelque chose devant quoi tous les mots s’arrêtent et toutes les catégories échouent, l’objet d’angoisse par excellence ». 
La révélation, véritable épiphanie, que personne ne va vouloir voir, personne ne va vraiment écouter cette femme (une femme voilée qui parle devant les caméras c'est tellement rare)… Cette femme VOILÉE désire être INTÉGRÉE, voudrait que ses enfants BÉNÉFICIENT d’une éducation comme elle l’a reçue à l’ÉCOLE DE LA RÉPUBLIQUE, et comme elle est intelligente et cultivée, sa seule possibilité pour conserver une certaine MIXITÉ SOCIALE, c’est d’inscrire son enfant et de PAYER un enseignement privé dans une institution CATHOLIQUE. C'est cela le PARADOXE, pour être républicain, il faut se réfugier dans l'éducation catholique... Personne, personne ne va le dire sur un plateau de télévision, ils vont seulement tous s'étonner qu'une femme voilée puisse réclamer la fin du ghetto social. Une réalité depuis une cinquantaine d'années.

Capture d'écran de l'émission Quotidien, sur TMC. Capture d'écran de l'émission Quotidien, sur TMC.
« Vision d’angoisse » tellement angoissante que personne ne formulera que pour une éducation républicaine normale, il faut quitter le ghetto. Cette séquence de télévision devrait tourner en boucle pour que le RÉEL frappe l’esprit des idéologues… Mais évidemment rien ne bougera, cette femme VOILÉE qui vote peut-être Macronmon vote m’appartient » dit-elle pour suggérer modérément au journaliste que sa question est inappropriée) vient de démontrer par l’expérience que tous les fantasmes xénophobes n’ont pas lieu d’être et que la loi sur le séparatisme stigmatise clairement une population qui ne demande qu’à « vivre en paix » comme le proclame Macron pour qualifier sa politique qui ne fait pourtant qu’accroître les inégalités, les discriminations, les haines.  

Drôle de paradoxe en effet, où, dans se pays on s'interroge sur le prénom Pierre, alors que la maison brûle et qu'on regarde ailleurs.

La Bruyère écrivait: « Il y a un pays où les joies sont visibles mais fausses et les chagrins cachés, mais réels. »

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