Le paradoxe de l'incompétence?

Dimanche soir, le 24 Janvier 2021, Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique, a déclaré à BFMTv en direct que la pandémie était dû à un « virus diabolique et beaucoup plus intelligent qu’on ne le pense. » C’est scandaleux !

illustration de John Tenniel illustration de John Tenniel
Je pourrais me mettre à ricaner d’entendre Dominique Le Guludec, Présidente du collège de la Haute Autorité de Santé parler elle aussi sur RMC dans l’émission Quotidien de « l’intelligence du virus » sans que le brillant animateur ne s’étonne de cette stupidité. Je pourrais rire aussi avec Yann Barthès de ce mille feuille bureaucratique aussi inutile que coûteux… Mais la farce dure depuis plus d’un an aujourd’hui… Et je suis fatigué de ricaner…

Enfin ce serait donc la seule découverte française inouïe : Les virus auraient un cerveau ? Une intelligence ? Ces microbes, ces parasites qui ont une vertu absolue dans le concert de la biodiversité celle d’opérer une sélection, de trancher dans la masse des individus, en éliminant les faibles, si jamais ont avait une pensée eugéniste. Évidemment que les virus n’ont pas de cerveau… Alors pourquoi dire cela à la télévision ? Par mépris pour le téléspectateur, parce que ces personnages sont d’une arrogance inouïe ? Parce qu’il y aurait un agenda caché ?

Tout le monde répète à l’envie la citation d’Albert Camus « Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde »… Et tous les dominants ne font que cela depuis le début, se tromper de mots.

Quand Emmanuel Macron parla de guerre (contre un virus) il voulut se dessiner les épaulettes d’un grand général, mais se trouva fort dépourvu, de vocabulaire, quand un terroriste vint sur notre sol égorger un professeur… Ils se trompent de mots, certes, toujours depuis un an! Pour nous tromper ?

Dire qu’un virus est « diabolique », au bout d’un an de pandémie, c’est plus qu’une erreur c’est un crime… c’est une pensée moyenâgeuse, indigne d’un homme qui a l’oreille du président…

Dire qu’un virus est « intelligent » c’est gravissime parce que c’est un langage d'idiot alors qu’il serait si facile d’expliquer simplement ce que les scientifiques savent depuis plus d’une centaine d’année à propos de ces microbes…

Tout les journalistes et les médecins - pratiquement tous incompétents - qui pérorent à la télévision se gargarisent de mots nouveaux « clusters », « variants », etc… au lieu de poser un récit calme et précis… Ils organisent la prolifération de la mousse médiatique et la PEUR.

Je ne suis pas scientifique, mais documentariste, mais je travaille avec des scientifiques depuis 1983, et depuis au moins trente ans je réalise ou produit quelques films (la plupart du temps je suis interdit d’antenne) pour alerter à propos du dérèglement climatique dont j’ai compris l’existence en 1968. Cela m’a valu bien des déboires… Je dis cela parce que vouloir juste corriger les termes du phrase en disant qu’il n’y a pas de réchauffement mais un dérèglement vous expose aux insultes et aux ennuis… J'en ai fait l'expérience tant de fois que cela devient statistiquement avéré.

Aujourd’hui je voudrais affirmer qu’un virus n’est ni intelligent, ni diabolique, qu'il appartient à un groupe de parasites qui possède une manière de se diffuser naturellement grâce à des milliards et milliards d’individus… On ne devrait d'ailleurs jamais parler d’UN virus - parce que le virus tout seul n’est rien- mais d’une CHARGE virale parce qu’il y a un moment où celle-ci est sans effet parce que trop petite et qu'il y a un SEUIL de nocivité… Parler des porteurs sains, ou symptomatiques -si je ne me trompe - est une chose, mais parler de la charge virale serait plus juste…

J’ai eu une amoureuse qui avait été infecté par le virus du SIDA, et nous faisions l’amour sans protection parce que les médecins surveillaient la charge virale qu’elle avait dans le corps et que je ne risquais rien… Au moment de la compréhension du mécanisme de la maladie, les pouvoirs publics ont préférés être simple et imprécis à propos des précautions à prendre. Les autorités nous prennent toujours pour des billes…

capture d'écran © pol capture d'écran © pol

Le mot important qu’il faut prononcer à propos de la Covid19 pour comprendre - je peux le prononcer grâce à mes lectures - c’est le mot ÉVOLUTION (merci à Samuel Alizon d’avoir écrit un ouvrage d’une clarté absolue sur ce sujet) Et si Jean-François Delfraissy parle à tort d’INTELLIGENCE du virus - c’est au mieux parce qu’il ne sait rien du débat entre Pasteur et Darwin décrit dans l’ouvrage de Samuel Alizon « Évolution, écologie et pandémies ». On ne saurait mieux conseiller au président du conseil scientifique d’arrêter de conseiller puisqu’il devrait retourner à ses chères études.

Je cite: « En biologie, l’évolution est le plus souvent associée aux dinosaures ou aux premiers hominidés. Pourtant, les microbes, et en particulier les microbes parasites » -donc les virus- « évoluent bien plus rapidement que les animaux » - donc nous - « Depuis l’apparition de l’homme moderne, il s’est écoulé environ 7500 générations. Le même nombre de générations est atteint par le VIH au sein d’un patient » - dans son corps d’humain - «  après vingt années d’infection car chaque jour une cellule infectée donne naissance à de nouveaux virus. Sachant que le VIH est apparu, il y a environ un siècle , on mesure l’importance de son histoire évolutive. »

Notons que le terme de coronavirus est utilisé pour la première fois dans un article, de la publication reine, Science en 1968. Notons qu’une analyse scientifique citée par Samuel Alizon indique que la divergence entre le SARS-Cov-2 et les autres coronavirus connus de longues dates chez les chauves-souris aurait eu lieu entre 1948 et 2009. Fourchette énorme qui indique combien ces virus ont eu le temps de varier selon des lois darwiniennes de l’évolution.

Mais revenons aux termes employés par Jean-François Delfraissy, aucun diable dans ce détail… Le récit scientifique peut être décrit avec une fable de Lewis Carroll que tous les biologistes connaissent et qui est accessible à tous les enfants, donc à tous les citoyens français que Jean-François Delfraissy (par ignorance, ou cruauté) traite comme des sous-merdes.

Dans L’autre côté du miroir Alice affronte la Reine rouge à la course, je vais citer encore une fois Samuel Alizon pour ne pas me tromper (mais vous pouvez trouver des centaines de manière de parler du paradoxe de la Reine rouge, sur des centaines de site) : « Alors qu’elle est déjà essoufflée, Alice s’étonne que le paysage ne défile pas. La reine lui explique: « Vous voyez, ici, il faut courir le plus vite possible pour rester à la même place. » Alice et la Reine Rouge sont comme l’hôte et son parasite. Tous deux évoluent, le plus souvent en réponse à une adaptation de l’autre. »

Samuel Alizon dit plus loin « Quand le virus est transmis à un nouvel hôte, l’infection qu’il cause n’est pas fondamentalement différente. Bien qu’il se soit produit des milliers de générations virales au sein de la première infection, le plus souvent on ne peut pas dire que le virus est plus évolué que le virus initial »

Il n’y a pas de virus plus évolué parce que la course repend à zéro dans chaque organisme hôte, plus il y a d’hôte plus l’évolution courre rapidement. « L’hôte acquiert des mécanismes de défense et le parasite, en retour, développe des processus pour contourner ou contrer ces défenses. L’hôte répond à son tour, et ainsi de suite »

Réponse? C’est juste que parmi les milliards et milliards de réplication du virus les copies qui sont plus infectantes survivent aux autres. Ni réponse ni dialogue intelligent, juste la mécanique naturelle mise en évidence par Darwin.

Le virus actuel n’est en rien diabolique il est normal, habituel dans le fonctionnement de son développement.  Chose connue depuis longtemps - n’en déplaise à Jean-François Delfraissy- C'est en 1930 aux États-Unis que la première maladie due à un coronavirus est observée, dans un élevage de volailles.

Pour le reste comprendre pourquoi le virus se multiplie partout et que l’épidémie progresse c’est assez facile… Il y a au moins deux histoires parfaitement assimilées par l’espèce humaine depuis des centaines d’années. Pour comprendre la progression exponentielle du virus il suffit de raconter l’histoire de ce roi indien auquel le sage de la légende avait demandé en paiement d’un service qu’il place un grain de riz sur la première case de l’échiquier, et qu’il double le nombre de grains à placer sur la case suivante.

On peut aussi utiliser l’histoire de la prolifération des nénuphars sur un plan d’eau pour comprendre les modèles de prévision de la progression d’une épidémie.

bureaucratie, capture d'écran © pol bureaucratie, capture d'écran © pol

Donc pas de diable, pas d’intelligence du virus… mais des certitudes pour n’importe qui possédant un peu de culture scientifique… Et donc tous ces beaux experts se ridiculisent et perdent toute autorité. Il faut affirmer - en bon gaulois réfractaire, bon Amish, bon procureur, bon démocrate - qu’au bout d’un an de pandémie la preuve est faite de la totale incapacité de l’idéologie qui règne dans le monde à régler cette question qui s’est installée dans le paysage planétaire pour bien trop longtemps pour qu'on la laisse gérer de cette manière. Nous allons vivre avec DES pandémies, ou mourir idiot… parce l'épisode de la Covide19 est une saison du grand feuilleton commencé il y a bien longtemps et qui s'appelle la sixième extinction, une série qui manque dans la bibliothèque de Jean-François Delfraissy.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.