La nécessaire écoute des résistants

Ce jour, le journal The Guardian organise un événement « online » pour rencontrer Colette, une ancienne résistante française qui est le personnage principale d’un documentaire diffusé depuis novembre sur le site du journal.

Jean-Pierre et Colette pendant la guerre © Image du film Jean-Pierre et Colette pendant la guerre © Image du film
Le Président Macron s’étant autoproclamé chef de « guerre » au début de la pandémie, on peut légitimement s’interroger sur la légitimité d’un tel propos? Puisque la déprime nous guette, et que des amis ou des parents disparaissent emportés par la maladie, Il est bon pour notre santé morale, de retrouver le sens des comparaisons en écoutant un témoignage sur la deuxième guerre mondiale, et peut-être retrouver l’esprit de la résistance qui va nous permettre de supporter nos épreuves à venir.

Les documentaires ont souvent ce rôle là, nous aider à réfléchir et à nous situer dans le brouhaha du monde.

« On n’entre pas en résistance, comme on rentre dans une banque, pour ouvrir un compte résistance. » nous dit fermement Colette Marin-Catherine. Elle le dit avec un peu d’agacement, en fonction de ce qu’elle entend dans les médias traditionnels, mais elle le dit aussi simplement que les personnes que j’avais rencontré pour mon propre documentaire « Le Refus ». La résistance est selon ces anciens une réaction normale: « comment voulez-vous faire autrement? » me disait en 1995, Olivier Postel-Vinay. Colette refuse le terme de héros pour son compte et désigne son frère aîné mort en déportation, comme celui à qui on doit seulement attribuer cette qualification. Elle sait de quoi elle parle. Et nous comprenons qu’elle est bien modeste, parce qu’on ne revendique pas les actes qui sont nécessaires à accomplir.

Le film décrit le voyage de Colette avec une très jeune femme Lucie Fouble future historienne et bénévole à La Coupole centre d’histoire, prés de Saint-Omer. Je cite le texte de présentation du musée actuel occupant « cet immense bunker, construit par l’Organisation Todt en 1943-1944, qui devait être la base de lancement, contre Londres, des fusées V2. Mis au point dans le centre ultra-secret de Peenemünde par l’équipe de Von Braun, ces missiles sont, avec la bombe atomique américaine, les engins les plus novateurs développés pendant le second conflit mondial. Les V2 furent fabriqués en série dans l’usine souterraine "Mittelwerk", située au cœur de l’Allemagne, par des déportés du camp de concentration de Dora. »
C’est à Dora que Jean-Pierre Catherine, le frère de Colette fut déporté à l’âge de 17 ans.

Le film raconte donc ce pélérinage et grâce à la personnalité des deux protagonistes nous offre l’exact mesure de l’engagement des résistants de l’époque. L’émotion que communique le dialogue entre les deux femmes, l’énergie et les convictions de Colette nous arme pour notre « devoir » d’aujourd’hui face à cette fausse guerre qui nous mobilise… Ce récit est paradoxalement tout à fait actuel parce qu’il remet toutes nos pensées, toutes nos douleurs ou plaintes à leur place sur l’échelle de l’histoire de l'Europe. Pourquoi cela nous bouleverse tant? Pourquoi la pudeur de ces images nous touche à ce point? Il n’y a pas de mystère, Colette et sa jeune guide désirent être à la hauteur du souvenir! Elles le sont. Et progressivement durant le déroulement du film, en suivant leur démarche, la distance entre les générations s’estompent, l’expérience vécue en commun fait sens. Le passage du témoin fonctionne. L’équipe du film a su laisser vivre devant nous la sincérité des protagonistes et nous fait participer pour une fois à l’accomplissement du « devoir de mémoire » qui nous obligerait à être toujours à la hauteur de notre nécessaire refus de certaines prises de décisions politiques. Le film est à voir pour cela, pour vivre avec elles ce chemin qui nous connecte à nos propres doutes, et douleurs du jour.
C’est évidemment la jeune historienne qui craque d’abord, sur les lieux même. Elle touche concrètement la réalité de ce qu’elle écrit dans le dictionnaire des déportés français de Dora. Et c’est bien différent de son engagement habituel, un prolongement qui n'aurait pas pu exister sans le film. Cette rencontre avec Colette était la seule manière d’assimiler réellement la réalité de ce qu’elle avait elle-même écrit. Et nous nous craquons aussi, parce que nous projetons nos propres images sur l’intelligent dispositif qu’a su créer l’équipe de ce film…

Voilà nous savons aujourd’hui que nous sommes dans le monde d’après.

Pour un documentariste comme moi c’est assez étonnant de comprendre que ce film est produit par une entreprise de jeu vidéo, diffusé en ligne par un quotidien, même si le film a eu des projections aux USA et dans les festivals. L’expérience de Tënk, et le partenariat avec Médiapart, sont des formes pérennes pour produire et diffuser de vrais films, et pas des capsules vidéo.

Par honnêteté personnel, je me dois de dire que l’utilisation des images d’archives d’actualité n’est pas très heureux, mais cela n’a pas semblé gêner les spectateurs vu le nombre impressionnant de prix que « Cotette » a obtenu.
Best Short au BIG SKY Documentary Festival, Best Documentary Short au Saint Louis International Film Festival, Young Cineast award au Palm Spring International Short Festival. Sélectionné au festival international du Film Francophone de Tübingen, au European Film Awards à Berlin, à la Berlinale, et à Vision du Réel à Nyon

Pour voir le film
https://www.theguardian.com/colette
https://youtu.be/J7uBf1gD6JY

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Les sites
https://www.facebook.com/ColetteDocShort/
https://twitter.com/ColetteDocShort
http://instagram.com/colettedocshort

et surtout ce jour Mercredi 27 janvier 2021 de 17:00 à 18:00 UTC
https://www.facebook.com/events/guardian-live-online-event/colette-the-story-of-a-family-in-the-french-resistance/450011456127175/

 

 

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