Mildred Clary

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J'apprends dans Le Monde de ce soir la disparition de Mildred Clary, décédé le 18 novembre, à l'âge de 79 ans. Luthiste et guitariste de formation, elle parlait de Musique classique à la radio. Je l'ai connu comme productrice de la Série Opus. Les notices nécrologiques sont ainsi rédigées que souvent elles gravent dans le marbre des petites erreurs. Le Monde raconte qu'elle réalisait Opus pour ARTE. Ces émissions produites par l'I.N.A. du temps de Claude Guisard, étaient diffusées au départ par FR3. Aujourd'hui un journaliste ne peut attribuer une émission musicale qu'à la seule chaîne ARTE, ce qui en dit long sur la place de la Culture à la Télévision Française.

J'ai donc réalisé mon premier 52', pour la télévision avec Mildred comme productrice au sens Britannique. Nous avons travaillé ensemble sur 3 documentaires, elle m'avait demandé de créer le générique de la Série. Je me souviens de cette dame incroyable, précise, enthousiaste, inquiète, respectable et respectant les autres, intelligente et sensible, loyale et honnête. Elle avait l'air d'être une éternelle jeune femme de bonne famille, éternelle étudiante, magnifique amoureuse de la musique, et généreuse passeuse de culture.

La lecture du Monde ce soir m'a bouleversée. Je me souviens du sourire de Mildred, et de cette complicité sincère. Je n'y connaissais rien, elle n'était jamais méprisante. J'ai appris avec elle à écouter voir. Je n'ai vraiment entendu les oeuvres, que nous avions travaillées ensemble, que le film terminé. Elle me guidait pour comprendre la musique et me laisser faire mon travail en toute liberté.

J'ai eu grand plaisir à travailler avec elle. Nous avons beaucoup ris, parce que malgré tout, je l'ai toujours vu joyeuse. Elle me lisait la partition, m'expliquait l'oeuvre et puis me laissait faire, inquiète, en me voyant si rustre.

L'histoire du Soldat, expliqué par Pierre Boulez, interprété par l'intercontemporain, a donc été ma première grande expérience de télévision. Nous avons eu peur Mildred et moi que je n'y arrive pas tout à fait. Je crois que le tournage fut pour nous deux, une épreuve. Mais ensuite, l'émission, réalisé en 1990, déprogrammé à cause d'une grève, resta longtemps inédite ce qui lui permis d'obtenir le Premier Grand Prix du Festival d'Art de L'Unesco, à Paris, en 1990, la Médaille D’or URTI au festival de Monte-Carlo en 1991 et la Croisette du meilleur documentaire de musique classique en 1992, au Premier Festival International de l’Audiovisuel Musical de Cannes.

Je me souviens des deux jours de tournage des Variations Diabelli avec Charles Rossen. Ce dernier n'avait pas suivi la consigne, et le choix que nous avions fait de la chemise qu'il possédait en deux exemplaires, et qui aurait permis de l'avoir deux fois dans le même costume. Rossen, une vraie star, était venu avec un pull noir, le second jour, alors que nous l'avions filmé la veille avec un pull marron. À un moment Mildred partit se déshabiller pour prêter son pull qui était de la même couleur que celui de Rossen la veille. Rossen, malgré l'effort de Mildred - qui me paru charmante et extrêmement pudique- rejeta le pull. Le documentaire est donc une curiosité, le pianiste change de couleur de pull à chaque raccord. Personne ne nous en fit jamais la remarque. Chacun n'avait d'yeux que pour les mains du pianiste. Et nous avons eu un Prix encore en 1996.

J'ai toujours regretté que ces émissions ne soient pas publiés par l'I.N.A. ou rediffusés par ARTE. J'ai souvent regretté, de ne plus tourner avec Mildred. Je lui avais rendu visite, à son domicile, il y a quelques années. Elle était toujours souriante, avec dans ces yeux cette sorte d'insouciance feinte. On aurait bien fait un nouveau truc ensemble... Mais c'est vrai, elle avec son délicieux accent, n'aurait jamais parlé avec ces mots si peu choisis.

Mildred c'est la classe même !

 

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