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La mort ce dimanche de Brigitte Bardot me permet de constater, en direct, la construction d’un épisode du « Roman National » ou l’institution d’une « Légende Dorée », comme pour une sainte laïque, une hagiographie trompeuse, bref d’un mensonge collectif.
Si France 2 commémore Brigitte Bardot en proposant un sujet sur son invention de la « tarte tropézienne » et BFMtv la célébre comme la marraine d’une bougie de St Tropez, en forme de l'église du village, la médiocrité des premiers commentaires donnaient plutôt envie de vomir, ce dimanche.
En fin de matinée Pierre Arditi, par téléphone, faisait part de son ressenti inintéressant.Il n'était ni légitime, ni passionnant! Il ne l’avait jamais rencontré mais seulement entraperçu deux fois tout au long de sa longue existence. La belle affaire! Il parlait comme tous ces genres de mange-mort, de sa terreur devant sa propre disparition. Il prétendait avoir dix ans que moins qu'elle. Qu'est ce que cela vient traîner sur l'antenne. La première fois (de l’importance du témoignage) qu'il la vit, c’était à la cantine du studio de cinéma (où il traînait vainement à la recherche d'un rôle) quand elle fit son entrée un silence totale envahit le lieu… BB imposant le silence par sa seule apparition, ce serait Mythique si cela correspondait à une manifestation de la Sainte Vierge. Mais « Vierge » n'est pas le bon concept, alors j’ai changé de chaîne. Pour ne rien apprendre puisque la fonction des chaînes d’information en continue, c’est seulement de laisser un flux constant de « non sens » couler de manière tiède pour que les petits vieux comme moi se sentent moins seul en attendant que le chat (que je n'ai pas) revienne de maraude.
Partout le même racontar, le même ragot, le même slogan BB aurait été une « femme libre »… Comme quoi les présentateurs de JT ont peu de culture « La femme libre » n'est autre que Jill Clayburgh dans un film de Paul Mazursky, sorti en 1978, c'est à dire cinq ans après que Brigitte Bardot cesse définitivement sa carrière. Cela ne fait pas de BB un pionnière, dans le genre, par ailleurs.
Cette légende concoctée, dimanche, par les présentateurs de télévisions sera repris par tous… Moutonnerie, absence de réflexions et de culture, paresse dominicale, engourdissement pas le froid, je vous laisse juge.
Ils n’ont pas osé prétendre qu’elle serait une icône féministe, quoique?
Ce serait-elle qui aurait libéré la femme? Vous savez comme la ville de Paris « Paris libéré ! libéré par lui -même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle.» et justement BB c'est la « France éternelle », une Marianne qui se serait faite toute seule n'est-ce pas! Comme Paris s'est libéré sans les américains.
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Brigitte Bardot tellement iconique et zélatrice de la liberté qu'elle n'a jamais pu encadrer Mai 68.
Vous me direz que les idoles auraient le droit à des contradictions?
Personnellement, je m’incline devant la vie d’une femme qui n’a probablement été qu’une « pauvre petite fille riche » mal aimée, malmenée, manipulée et heureuse de trouver quelquefois un mâle dominant pour se sentir en sécurité (illusion qu’elle perdait assez rapidement). Une victime de sa classe bourgeoise, de la domination masculine, de la marchandisation des corps, de l'exploitation de son image, etc...
Étonnez-vous ensuite qu'elle soit devenue misanthrope.
Petite fille mal aimée, aînée d’une famille de riches bourgeois - L’air liquide en industrie offrit à son père un grand ruissellement de liquidités…
Elle vécut son enfance dans un tout petit périmètre du XVIe arrondissement, à côté de la petite ceinture (elle recevait des coups de celle de son père), où, aujourd'hui, les anciennes gares se métamorphosent en restaurants chics.
Elle a tellement peu voyagé dans sa tête que la Fondation pour la défense des animaux, qu’elle a créée, possède un petit immeuble de 2 étages à 11 numéros de l’ancien siège sociale de la société paternelle. Quelques pas sur un trottoir, une grande enjambée pour l'animalité!
Souffrant d’un trouble de la vision l’amblyopie, portant de grosses lunettes épaisses et pendant un temps un appareil dentaire, la petite Brigitte était moche! Sa mère n'avait d'yeux que pour la cadette. Triste départ dans une vie de conformité stricte, et à l'esprit collet monté.
Elle aurait connu, en même temps, la maltraitance de l’éducation traditionnelle chrétienne répressive et stupide et la prédation des jeunes loups libertins. Une destinée?
En jouant avec sa sœur cadette (qui deviendra aussi actrice, mais dont personne ne parle) elle aurait cassé un vase précieux! À la suite de cette grave marque d’indiscipline, son père l’aurait fouetté et sa mère aurait prononcé, à l'encontre de ses filles des paroles définitives: « vous n’avez plus de parents, vous n’êtes plus nos filles ». De ce jours les enfants furent obligés de vouvoyer leurs géniteurs. Comme quoi le vernis bourgeois repose sur de drôle de valeurs.
Pour le reste la Mère de BB avait une vocation contrariée de danseuse… ce qui fait que Brigitte pris, contre mauvaise fortune bon cœur, des cours pour jeune fille sage et s’adonna à cette pratique avec passion.
Les contes de fée sont ainsi fait que la petite Cendrillon n’eut pas à se cacher sous une peau d’âne. Sortie par cette activité de sa chrysalide, sa mère compris qu'elle pourrait - vite fait - papillonner ailleurs. Elle lui fit commencer une carrière de mannequin, à domicile, pour l'utiliser, et lui faire porter les chapeaux de sa création (était-t-elle créatrice de mode? Je ne sais!)
En tout cas Brigitte après en avoir baver des ronds de chapeaux, enfant, à 14 ans, commença une carrière de Belle au quartier de La Muette.
Muette, elle le restera longtemps, en posant pour des photographes de mode, puis de charme (pudique). C’est Marie-France de La Villehuchet - excusez du peu - qui la fera poser pour la première couverture d’un journal prestigieux le « Jardin des modes ».
J’ai toujours regretté que Luis Buñuel n’ai pas utilisé les attraits de jeu de Brigitte Bardot. Et mon inconscient malade me fait me remémorer qu’il a réalisé, en 1956, un film au titre magnifique « la mort en ce jardin » l’histoire d’une fuite pendant une guerre civile lointaine.
Fuite qui ressemble plutôt au destin de BB. Fuir l'emprise maternelle a du devenir sa première ambition.
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Parce que la première apparition de Brigitte en couverture de ELLE (tout nouveau magazine féminin) ne montre qu’une jeune fille de bonne famille, dans une belle tenue, bien bridée, maintenue, attachée, empêchée, bloquée, contrainte, arrimée. Elle a quinze ans! Le photographe ne s’appelle pas encore Vadim, mais c’est probablement Roger Vadim Plémiannikov qui a fait la photo.
Le père et l’amant vont dealer entre mâle…
La famille va fermer les yeux sur ce détournement de mineur (d'autant plus que la romance a commencé avant l'image). Aujourd'hui, on sortirait de bien vilaines expressions, pédophilie, etc... À cette époque on s'arrangeait entre homme du Monde, Roger Vadim Plémiannikov se convertit au catholicisme... Quitte à vivre dans le pécher c'est amusant de devoir raconter ses frasques à un collègue pédophile.
La Ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations Aurore Bergé a écrit sur son compte Facebook « Brigitte Bardot fut une icône, une Marianne, 2 initiales qui firent le tour du monde B.B, une beauté insolente, une liberté totale. »
Aurore Bergé trouve toujours les formules les plus usitées par les autres et les compile avant de les répéter.
Personnellement je m’étonne de cette expression « liberté totale »
Après avoir été une petite fille soumise, Brigitte Bardot a rencontré son Pygmalion! On est loin d'un chemin d'émancipation.
Mariée mineure avec lui, à 18 ans (la bourgeoisie se croit libérale), il va la pousser dans la carrière cinématographique, la fausse aux lions, pour incarner tour à tour, la petit fille insolente, la jeune fille aguicheuse, et ensuite un fantasme pour machos. Une icône sexualisée, scandaleuse pour l'époque.
La télévision raconte qu’elle commence sa carrière avec « Et dieu créa la femme » alors qu’elle a tourné 15 films avant!
« Et dieu créa la femme » fit scandale aux USA et passa presque inaperçu en France, pour ressortir nimbé de la gloire du tintamarre américain. Sinon le film n’a vraiment que peut d’intérêt. Le critique du Canard enchaîné trouve le film mauvais car « le problème consiste […] à déshabiller B.B. de manière à faire admirer toutes les fesses de son talent », et il évoque des ricanements dans la salle.
Claude Mauriac dans Le Figaro littéraire, descend le film trop dénudé et baptise sa critique « Où l’homme détruit la femme ».
Pour Duras, BB est « la plus grande célébrité cinématographique du monde entier ».
Je crois que Brigitte Bardot n'est pour rien dans ce récit, elle vit avec un homme qui sait monétiser sa beauté, il lui aurait dit en l'épousant qu'elle deviendrait la femme que tous les hommes mariés désiraient. Tout un programme.
« Liberté totale » dites-vous?
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Je dois donner un exemple précis pour démonter cette expression et essayer de prouver l'enferment masculiniste dans lequel Brigitte Bardot a toujours vécu.
En 1955 Vadim écrit un scénario pour mettre en vedette son épouse: « Futures vedettes », film français, réalisé par Marc Allégret. C’est de fait une histoire d'une « promotion canapé » où les élèves d’une école de chant - comme les petits rats de l’Opéra, jadis, ou les cours d’acting encore aujourd’hui- sont considérées comme des proies toutes dévolues aux hommes prédateurs dotés d’une soit-disant autorité.
Le héros « un premier ténor » (Le Maître Éric Walter ) interprété froidement par Jean Marais (ce qui ne cesse d'être ridicule)
déplace son arrogance, sa violence, son mépris à propos de ces donzelles, en les subjuguant toutes.
Voici un extrait des dialogues entre deux étudiantes d'art dramatiques, de chant et de danse;
- Dis donc tu ne sais pas ce que j’ai appris sur le Maître.
- Qui Éric Walter?
- Oui Éric! Et bien je sais pourquoi sa femme l’a quitté! Il la battait !
- Non!
- Oui!
- Avec quoi?
- Ah ça je ne sais pas!
- Avec sa ceinture peut-être!
- Oh avec sa ceinture sûrement! Quel Homme!
Un peu plus tard le même Éric Walter (Jean Marais ) va peloter son élève Sophie (Brigitte Bardot ) sous prétexte de lui
apprendre à respirer. Sa main passera du cou au sein gauche sans aucun problème. Cela vaudrait un procès aujourd'hui d'autant que c'est enregistré.
On peut regarder « Futures vedettes » comme un documentaire à propos des mœurs des gens du spectacle. Ce que les filles doivent endurer et subir, pour faire carrière. Vadim permet à Sophie de triompher de son suborneur, avec un twist final ridicule. Mais il y fait mettre en scène un début de viol auquel cède le personnage. Quand une femme dit « non » c'est « oui? » raconte ce film (diffusé récemment sur TV5 Monde, il faut que notre belle culture machiste infus en tout lieu) Brigitte Bardot comme dans l’épisode de Suzanne et les vieillards de l’ancien Testament, se dénude aussi dans une scène de bain pour que les spectateurs mâles de France et de Navarre se rincer l’œil. Singulière liberté? D'autant que cette petite baignade n'ajoute rien au déroulement de l'intrigue.
Brigitte Bardot quand elle enfantera sera prisonnière de son appartement dont elle ne pouvait sortir - vu le nombres de paparazzi au bas de son immeuble- Liberté! Liberté vous dis-je!
Prisonnière de ses traumatismes d'enfant, de son image, de sa carrière, de ce que les hommes projetaient sur elle… Quand elle se disait libre c’est pour clamer son indépendance économique, mais sans jamais faire la promotion d’un quelconque lutte féminine.
Certaines gazette reprennent en chœur un texte, d’août 1959, de Simone de Beauvoir qui la proclame - elle aussi - libre comme l’air. « Elle va pieds nus, elle tourne le dos aux toilettes élégantes, aux bijoux, aux parfums, au maquillage, à tous ces artifices. Elle marche, elle danse, elle bouge. Elle fait ce qui lui plaît et c’est cela qui est troublant » L’autrice du « Deuxième sexe » peut intimider, mais ses amours illicites avec ses élèves, quand elle était prof de philo, permettent de comprendre qu’elle croit sérieusement que Brigitte Bardot agit en toute indépendance. Les prédateurs, comme les prédatrices le prétendent. « Elle se fiche comme d’un iota de l’opinion des autres. Elle ne cherche pas à scandaliser. Elle n’a pas d’exigences : elle n’est pas plus consciente de ses droits que de ses devoirs. Elle suit ses désirs. » (https://information.tv5monde.com/terriennes/brigitte-bardot-par-simone-de-beauvoir-2980).
Il me semble que Brigitte Bardot n’est jamais aussi proche de son propre destin que dans le film de Louis Malle, de 1962, « Vie privée ». « Top model puis actrice et sex symbol. Harcelée par les paparazzi et le public » explique en partie le résumé du film. Est-ce une vie? Enviable? Libre?
Quand le président Emmanuel Macron publie un communiqué où il la décrit pompeusement comme « une légende des siècles » il est encore et toujours à côté de la plaque et réussit à faire se retourner Victor Hugo dans sa tombe. Il suffit de lire les lettres d'amour de Juliette Drouet, pour comprendre combien cette évocation du président de la République remet à sa place et Bardot et ses amants.
Arte avait produit une série sur la vie de BB qui ne la décrivait que comme l'objet du désir de « ses » hommes, le scénario, la réalisation pitoyable sonnait comme une injure à cette actrice que chacun s'accapare sans comprendre rien à son drame intime.
Je me souviens de « Voulez vous danser avec moi? » sorti en 1959, réalisé par Michel Boisrond, où elle me semble étonnante de liberté et de jeunesse, à sa place et tout à sa joie de la comédie. Dans quelques scènes, elle est coiffé avec le même chignon que Kim Novak dans Vertigo d’Hitchcock (sorti un an avant) mais pas la même raideur. Elle pétille comme une gamine qui s’amuse comme une folle. d’hitchcock (sorti un an avant) mais pas la même raideur. Je garderais comme image iconique celle-ci... Mambo!
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