Les vœux du Préfet de Paris

Didier Lallement est un ancien protégé de Jean-Pierre Chevènement qui lui a offert une casquette de préfet en 2000. Il l'avait rejoint dans sa jeunesse au sein du Ceres, un ancien courant du PS. Il nous offre des vœux en citant et dénaturant un texte de Léon Trotsky.

Carton de vœux © Léon Trotsky (propos déformés) Carton de vœux © Léon Trotsky (propos déformés)

Didier Lallement
a pioché un extrait dans les écrits militaires de Léon Trotsky. Dans la Préface de la réédition de cette compilation d'écrits, Pierre Naville, le 25 août 1967, précisait : "L'ouvrage de Léon Trotsky que l'on présente ici sous le titre d'Écrits militaires a été publié par l'auteur sous un autre : Comment s'arma la Révolution —comment elle s'arma, pour vaincre, au cours d'une guerre civile qui faisait suite à une guerre internationale. La Révolution russe en effet, comme la Révolution française, et comme la Révolution chinoise, a été liée très étroitement à la guerre. De février à octobre 1917 tout tourne autour du dilemme : guerre ou paix, qui signifia : guerre ou révolution. Les ambitions impérialistes de la Russie, à Constantinople et ailleurs, s'effritèrent avec la chute du tsarisme. Le front austro-allemand restait passif, ou se déprimait. Les soviets voulaient en finir."

Il faut remettre les écrits dans leur contexte, et surtout - sauf à vouloir créer des fake news - les citer correctement. Je vous laisse juger par vous même!

La petite phrase que Didier Lallement a piquée est issue d'un gros volume, que vous pouvez retrouver comme moi - sur Internet.

Grâce à la date indiquée par le Préfet, j'ai pu retrouver précisément le texte original... Quand j'étais réalisateur et producteur de l'émission scientifique et technique d'ARTE, Archimède(s), j'ai pris l'habitude de toujours revenir à la source, pour ne pas diffuser de fausses informations.

Le texte est celui d'une conférence "Les tâches intérieures et extérieures du pouvoir soviétique." prononcée par Léon Trotsky à Moscou, le 21 avril 1918. Les premiers mots du leader bolchévique sont : "Camarades! La doctrine communiste veut faire de notre vieille terre coupable une terre où les gens cesseraient de s'entre-tuer. Bâtir une société où l'homme, pour la première fois, serait digne de son nom, est une des tâches essentielles du communisme." Il parle de guerre. Ce n'est pas non plus exactement dans le ton des vœux du Préfet.

Voici la citation tronquée que j'ai pu trouver dans plusieurs publications de quotidiens nationaux : « Je suis profondément convaincu, et les corbeaux auront beau croasser, que nous créerons par nos efforts communs l’ordre nécessaire. Sachez seulement et souvenez-vous bien que, sans cela, la faillite et le naufrage sont inévitables. »

Il s'agit pour Didier Lallemant de parler d'Ordre... Remettons donc un peu d'ordre dans les mots... et c'est assez facile. Voici un autre texte que j'ai trouvé sur Internet (blog aplutsoc), texte retraduit et complet: « Avec une telle différence radicale entre le régime social de la République des Soviets et celui de la monarchie nobiliaire, je suis profondément convaincu que nous établirons l’ordre dont nous avons besoin, avec nos forces combinées, quels que soient les croassements des sombres corbeaux. Vous devez seulement comprendre et garder fermement à l’esprit qu’hors de cela, la chute et la ruine sont inévitables. »

La tonalité est différente. Il semble évident que Monsieur le Préfet de Paris - qui a indiqué un jour à une représentante des Gilets Jaunes dans quel camp il était-  utilise Léon Trotsky (qui n'est pas de son bord)  pour se moquer de nous. Ce qui est intéressant dans le texte de Trotsky c'est qu'il parle de gens qui aurait changer de bord - justement - qui aurait servi un Maître le Tsar, pour ensuite être contraint de servir la Révolution. Didier Lallemant lui-même est un Apostat! Il a changé de camp, il était membre du CERES, l'aile gauche du Parti Socialiste. Le Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste a donc permis au Préfet de Paris d'avoir de bonnes lectures et de s'y référer, dommage qu'il les cite mal pour faire de l'humour. (Mais bon les plaisanteries de corps de garde, vont nous rester hermétique?)

Et pour vous en convaincre un peu plus voici un extrait plus long de ce discours: " Certains des anciens généraux que nous faisons travailler sous notre contrôle dans l'Armée Rouge nous disent : « Pouvez-vous avoir une discipline sous votre régime ? À notre avis, c'est impossible! » Nous leur répondons : « Et sous votre régime, y avait-il une discipline ? » —Oui! —Pourquoi ? —Au sommet il y avait le tsar, les nobles, et en dessous il y avait le soldat, et vous soumettiez ce soldat à la discipline. Rien d'étonnant à cela! Le soldat était esclave, il travaillait pour vous, vous servait à ses dépens, tirait sur son père et sur sa mère au nom de vos intérêts, —et vous aviez pu instaurer la discipline et maintenir longtemps sous le joug les masses populaires. Mais nous, nous voulons que le soldat lutte et combatte pour lui-même, que les ouvriers travaillent pour eux-mêmes, et c'est seulement à cet effet que nous voulons instaurer la discipline du travail. Étant donné cette différence essentielle entre le régime de la République Soviétique et la monarchie nobiliaire, je suis profondément convaincu, et les corbeaux auront beau croasser, que nous créerons par nos efforts communs l'ordre nécessaire. Sachez seulement et souvenez-vous bien que, sans cela, la faillite et le naufrage sont inévitables. En ce moment, nous créons l'Armée Rouge des ouvriers et des paysans. Le Comité central exécutif des Soviets des députés ouvriers, soldats et cosaques a déjà adopté la loi du service militaire obligatoire, suivant laquelle chaque citoyen sera obligé, pendant six à huit semaines par an, deux heures par jour, de faire son apprentissage sous la direction d'instructeurs expérimentés dans l'art militaire. Conjointement, nous nous sommes posé la question : faut-il instaurer le service militaire obligatoire également pour les femmes ? La question a été résolue ainsi : nous avons laissé aux femmes le droit de faire le service militaire si elles le veulent. Nous voulons à cet égard faire une expérience. C'est pourquoi le projet de décret stipule que les femmes, si elles le veulent, peuvent s'instruire au même titre que les hommes. Mais une fois qu'une femme s'est mise au même niveau que l'homme, elle doit, en cas de danger pour la République Soviétique, répondre à l'appel du pouvoir soviétique, et partir sous les drapeaux comme un homme.En même temps, nous créons les cadres de l'Armée Rouge. Ces cadres ne sont pas nombreux, ils sont, pour ainsi dire, l'ossature de l'armée. Mais l'armée, maintenant, ce ne sont pas ces dizaines de milliers de soldats de l'Armée Rouge qui sont sous les armes et qui ont besoin de discipline et d'apprentissage. L'armée, c'est le peuple laborieux tout entier, ce sont les énormes réserves d'ouvriers dans les villes et les usines, de paysans dans les villages, qui sont en train de s'instruire. Et quand un nouveau péril contre-révolutionnaire ou une incursion impérialiste nous menacera, l'ossature des cadres devra d'un coup se couvrir de la chair des masses, c'est-à-dire des réserves d'ouvriers et de paysans exercés dans l'art militaire. C'est pourquoi, d'une part, nous créons l'Armée Rouge et, de l'autre, nous établissons l'instruction militaire pour tous les ouvriers et paysans qui n'exploitent pas le travail d'autrui. Nous sommes obligés de faire cette restriction. Nous ne voulons pas armer la bourgeoisie. Nous n'allons pas donner de fusils aux bourgeois, aux exploiteurs, qui ne renoncent pas à leurs droits à la propriété privée. Nous disons : le devoir de tous les citoyens sans exception dans un pays où règne la classe ouvrière, est de le défendre loyalement, s'il est menacé."

Est-ce le rôle d'un Préfet ? - qui avait expliqué jadis que ceux qui étaient touchés par la COVID19 devaient cette contamination à leur mauvaise conduite - est-ce son rôle de truquer une citation, et de pratiquer un humour incompréhensible?

Veut-il nous annoncer que la faillite et le naufrage sont inévitables? En tout cas la gestion de la COVID19 est un véritable naufrage qui va continuer longtemps...

 

 

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