Installons un piano dans notre vie !

Je ne sais qui a eu cette idée de poser en libre usage des pianos dans les gares et les aéroports avec un panneau indiquant « A vous de jouer ! ». Mais quelle idée formidable !

Je ne sais qui a eu cette idée de poser en libre usage des pianos dans les gares et les aéroports avec un panneau indiquant « A vous de jouer ! ». Mais quelle idée formidable !

Quiconque a l’occasion, comme moi, de fréquenter régulièrement ces lieux de grand passage a sans doute eu l’occasion, en attendant que le quai du train en partance ou à l’arrivée soit affiché, d’entendre une femme, un homme ou un enfant promener ses mains avec plus ou moins de dextérité sur le clavier de ces instruments. J’ai eu l’occasion d’y entendre de bien belles mélodies jouées par des musiciens avertis. J’ai également pu voir et écouter des enfants découvrant avec surprise et plus ou moins de réussite le bonheur que peut procurer la pratique de la musique. Quoi qu’il en soit, quelle que soit la qualité de ce qui était joué sur le clavier, ce fut à chaque fois un moment particulier qui m’a extrait du quotidien toujours un peu triste des quais de gare.

Certains de ces instruments ont même été les témoins de moments d’exception. Chacun peut les consulter sur la toile. Richard Bohringer et Grand Corps Malade, gare du Nord et gare Montparnasse, narrant leur « Course contre la honte », cet anonyme reprenant la « Lettre à Elise » de multiples manières dans un aéroport. Autant de moments qui suspendent un peu notre passage dans ce monde et que les spectateurs présents ne sont pas prêts d’oublier.

En y regardant de plus près, je crois voir dans ces pianos posés ici et là bien plus que de simples instruments de musique. Ils sont, de mon point de vue, bien plus que cela. Ils sont les éléments symboliques d’une poésie sans laquelle la vie serait quelquefois insupportable. Ils symbolisent également la recherche de l’harmonie intérieure à laquelle chacune et chacun d’entre-nous a envie de parvenir sans toujours savoir comment s’y prendre. Ils symbolisent aussi peut être – je veux en tout cas y croire très fort – la fraternité autour de laquelle nous devrions tous nous retrouver en ces temps difficiles.

Je me prends alors à rêver. Et si nous multipliions la présence des ces pianos ! Si nous en posions un peu partout dans les lieux publics. Dans les halls des mairies, des préfectures et des hôtels de police, dans les lieux de convivialité comme dans les prisons, dans les hôpitaux et dans les maternités. Dans les maisons de retraite, les bureaux de poste. Dans les foyers d’accueil d’urgence, dans les centres de rétention… Des pianos à Gaza, à Bagdad, à Jérusalem. Des pianos partout, tout le temps et pour tout le monde !

Et si, finalement, nous essayions toutes et tous d’installer un piano dans notre vie. Et si nous tentions d’y jouer une mélodie la plus harmonieuse possible. Et si la mélodie du bonheur était une symphonie collective. Ces musiques personnelles ne changeraient sans doute pas tout. Elles rendraient peut être le quotidien un peu plus doux, un peu moins insupportable à celles et ceux sur l’avenir desquels « il pleut de plus en plus fort ». Elles les conduiraient peut être – qui sait ? – à installer leur propre piano intérieur.

Installons toutes et tous un piano dans notre vie. Essayons au moins. Notre train s’affichera bien assez tôt…

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