Quel cauchemar ! … Le présentateur du JT de 20 heures y égrenait d’un ton morne par ordre décroissant la litanie des morts du quotidien en France : « 54 d’accidents domestiques essentiellement de très jeunes enfants » précisait-il (1), « 24 de suicides (2), 8 d’accidents routiers essentiellement pour aller ou revenir du travail ». Un rapide calcul nous rappelait que le total dépassait 80 morts par jour.
Comme pour nous culpabiliser un peu plus, un expert nous apprenait que pour les premiers, 78% d’entre eux étaient évitables et que pour les derniers, les routes droites, sèches, en bon état, celles où l’on se sent à l’aise, faisaient parfait office de caveau.(3) N’aurait-il pas fallu ôter de cette liste morbide les suicides car actes tragiques individuels par essence et non accidentels ? Pas si sûr. D’une part leurs causes pouvaient être tellement liées à des conditions de travail absurdes, malsaines, dégradantes que l’acte ultime s’imposait alors comme seul dénouement. D’autre part, l’effet Werther pouvait provoquer une forme de « contagion » (4). Cette « contagion » permettant du coup de manière très perverse en osant même l’évoquer comme « une mode » (5) aux managers de la mort de s’exonérer de leur réelle responsabilité dans leur survenue !...
Je me réveillais en sueur. Aurai-je attrapé la grippe ? Je me rassurais en pensant à mon assurance vie vaccinale dont on m’avait pourtant dit que le taux de rendement n’était pas si bon que cela. Mais, en cogitant ainsi, impossible désormais de me rendormir. L’insomnie me guettait. A ce stade, vous attendez peut-être le nombre de morts d’insomnies qui doit bien exister quelque part. A vous de chercher s’il existe, après tout, la privation de sommeil constitue bien une torture et puis les émissions scientifiques dans lesquelles le bon Docteur Machin explique à son acolyte féminine qui décidément ne comprend vraiment jamais rien…le bon Docteur Machin donc a bien dû traiter le sujet !...
La vacuité de cette réflexion m’incitait à allumer ma télé bien calée sur une chaine d’infos en continue pour effacer mon cauchemar initial. Ouf ! rien de tout ce que j’avais entendu n’y était évoqué. En revanche, comme dans la chanson de Pierre Perret, on allait tout savoir sur le virus. Comme je pensais qu’une politique de santé publique se devait de porter ses efforts au regard de l’importance quantitative de chacun des risques, de leur probabilité de survenue et des possibilités de mener des actions préventives vraiment efficaces, j’étais définitivement rassuré. Le virus monopolisait à lui seul tous les efforts et méritait tous les égards médiatiques. Plus rien d’autre ne comptait. Aussi prévisible qu’une grille de loto il fallait tout miser sur lui et oublier le reste ne serait-ce que pour être rationnel…
- (1)https://www.ouest-france.fr/sante/accidents-domestiques-20-000-deces-par-en-france-4270410
- (2)https://www.liberation.fr/france/2019/02/05/en-france-le-suicide-se-porte-tristement-bien_1707335
- (3)https://www.onisr.securite-routiere.gouv.fr
- (4)http://www.preventionsuicide.info/medias/werther.php
- (5)https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/sante-au-travail/suicides-a-france-telecom-l-article-a-lire-pour-comprendre-pourquoi-orange-se-retrouve-devant-la-justice_3423431.html