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Billet de blog 14 mars 2021

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Les ateliers tournants

Les ateliers tournants semblent absolument incontournables à l’école, et en particulier en maternelle. Ils sont souvent présentés comme LA solution miracle pour éviter les cours magistraux. On vante leurs possibilités de différenciation, d’autonomisation, l’efficacité du système... Mais tout cela est-il vraiment exact ?

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Définition

Il s'agit d'une pratique qui consiste à répartir les élèves d’une classe en plusieurs groupes, chacun étant occupé à une tâche distincte.
L’enseignant se réserve généralement l'un des groupes, avec lequel il reste pour une tâche plus difficile qui nécessite sa présence (mais parfois il peut également simplement tourner d’un groupe à l’autre).

Régulièrement, l’enseignant donne le signal de la rotation, et chaque groupe passe sur l’atelier suivant.
Dans le délai choisi (journée, semaine...), chaque élève devra avoir réalisé l’ensemble des ateliers.

Les ateliers sont utilisés couramment en maternelle, mais beaucoup plus rarement au primaire où l’enseignement par cours magistral prédomine largement sur les autres pratiques pédagogiques.
Certains enseignants mettent en place un système plus souple, avec des ateliers "libres". Ce fonctionnement est sans doute préférable, mais il conserve tout de même les défauts inhérents aux ateliers.

Les chapitres suivants permettront de passer en revue les différents avantages supposés et les inconvénients des ateliers tournants.

© http://maternelles21.ac-dijon.fr/spip.php?article75

Différenciation

Les enseignants qui utilisent les ateliers tournants pensent pouvoir gérer la différenciation en préparant des ateliers plus ou moins difficiles, et en divisant la classe en groupes de niveaux.
Le problème est qu'au sein de chaque groupe, tous les élèves font la même chose en même temps, donc il n'y a pas vraiment de différenciation en réalité.

Car même si un groupe est plus petit que la classe entière, il comporte toujours une hétérogénéité plus ou moins importante.
Même si on ne faisait que des groupes de 2, on ne pourrait toujours pas différencier de manière optimale, puisque l'un des élèves serait obligé de suivre ce que fait l'autre.

Et d'autre part, dans un temps très court (généralement une semaine au maximum), ils auront tous réalisé les mêmes exercices, les mêmes activités, tous de la même manière ou presque.
L'enseignant considèrera alors que la notion qu'il voulait faire étudier a été "vue", il pourra "tirer la chasse" et passer à autre chose. Tant pis pour les élèves qui n'auront pas bien compris, ne maîtriseront pas encore parfaitement cette notion, le prof part du principe qu'il a fait son boulot, ce n'est pas de sa faute si certains ne suivent pas, ou que d'autres au contraire s'ennuient.

Temps

La préparation de tous ces ateliers demande un temps considérable à l'enseignant. Il faut sans cesse trouver de nouvelles activités, des exercices, l'un avec l’adulte, les autres à faire seuls, est-ce qu’ils auront le temps de terminer celui-ci, est-ce qu’ils ne vont pas terminer celui-là en 3 minutes...?
Combien de groupes faut-il prévoir, combien d’élèves par groupes, est-ce qu’il vaut mieux les répartir par niveaux, ou bien par affinités, ou encore mélangés pour que les meilleurs aident les plus faibles...?
Et ensuite en classe, les élèves passent également beaucoup de temps à les réaliser, souvent il faut plusieurs jours pour qu'ils passent partout.

La question est : est-ce que tout ce temps et cette énergie sont proportionnels aux bénéfices qu'en retirent les élèves ? Est-ce que ça en vaut la peine ? Ou autrement dit, peut-on estimer que le "rendement pédagogique" des ateliers tournants soit suffisamment important pour justifier leur utilisation ?
Je pense qu’à ce stade il n’y a pas besoin d’avoir un master ou un doctorat en sciences de l’éducation pour trouver la réponse,

© http://diwan-baod.org

Autonomie

Nous l'avons vu, lors du travail en ateliers, l'enseignant reste généralement avec un groupe, pendant que les autres élèves sont laissés seuls, sous prétexte d'autonomie.
Or, ces derniers sont en réalité toujours totalement dépendants de l'adulte, qui leur dicte ce qu'ils doivent faire, leur distribue le matériel, leur donne les consignes...

Ils ne font que travailler seuls pendant quelques minutes, en attendant la rotation suivante où il faudra à nouveau tout leur expliquer et les mettre au boulot.
Ça n'a rien à voir avec de l'autonomie.

Plus d'informations au sujet de l'autonomie : https://www.facebook.com/notes/pa-pi/lautonomie/388927108216008/

Le rendement pédagogique des ateliers

Toutes les activités scolaires présentent un certain rendement pédagogique, qui est représenté par le bénéfice qu'en retirent les élèves par rapport au temps qu'ils y passent.
Il est essentiel pour l'enseignant de déterminer le rendement pédagogique d'une activité, afin de décider s'il est intéressant ou pas de l'utiliser.

Par exemple au nombre des pratiques bien connues pour leur très faible rendement pédagogique à l'école primaire, on trouve la dictée (qui est un outil de sélection et non pas d'apprentissage), les cours, les leçons, les devoirs, etc... qui devraient donc logiquement être bannies des salles de classe.
Qu'en est-il donc des activités proposées durant les ateliers ?

L'un des avantages supposés des ateliers tournant est l'autonomie des élèves. Mais l’autonomie n’a surtout pas pour objectif de libérer l'enseignant pour qu'il puisse s'occuper d'un groupe en abandonnant le reste de la classe.
Bien au contraire, lorsque les élèves travaillent en autonomie, l'enseignant doit rester disponible pour aider ceux qui sont bloqués, ceux qui ont besoin d'explications, et pour apporter des enseignements individualisés et personnalisés.
Or ce n’est pas ce qui se passe avec les ateliers, puisque l’enseignant est accaparé par un groupe, au détriment du reste de la classe.

Et donc ces élèves qui sont seuls et ne peuvent recevoir aucune aide sont nécessairement cantonnés à des activités très faciles, qui relèvent généralement plus de l'occupationnel que du réel travail scolaire efficace : petits jeux sur fiches, puzzles, coloriages, dans le meilleur des cas des exercices d'entraînement simples, si simples qu'ils ne présentent plus aucun intérêt pédagogique...
Ces activités ont un rendement pédagogique généralement proche de zéro. Et le fait est que trop souvent en tant qu’enseignant on se donne bonne conscience en occupant les élèves, alors qu'objectivement, même si ça fait mal de se l'avouer, ils n'apprennent pas grand chose !

Il n'y a qu'une seule conclusion à en tirer : ces élèves "abandonnés" perdent leur temps, un temps qui serait bien mieux utilisé à des activités plus constructives et plus profitables.

© http://ecole.sainte-genevieve.over-blog.com

Le groupe de l'enseignant

Les élèves qui sont momentanément avec l'enseignant, peut-on espérer qu'eux au moins travaillent efficacement ? Rien n'est moins sûr : ils subissent la séance collective soigneusement préparée par l'adulte, et qui n'est en réalité ni plus ni moins qu'une forme de cours magistral.
Or on sait que le cours magistral est l'une des pratiques les moins efficaces à l'école primaire (voir plus haut le chapitre sur le rendement pédagogique).
Avec les ateliers tournants, seule la taille du groupe, mais ça reste toujours du cours magistral. Donc le bénéfice pédagogique est finalement assez maigre...

Efficacité

A partir des constatations précédentes, on comprend facilement qu’avec ce système d’ateliers tournants, chaque élève perd une grande partie de son temps en activités occupationnelles, seul le temps de présence avec l'enseignant pouvant éventuellement présenter une certaine efficacité pédagogique.

Conclusion

Les ateliers n'apportent donc aucun bénéfice en ce qui concerne la différenciation et l'autonomie, ils sont très chronophages, leur rendement pédagogique est faible, et sur le long terme ils font perdre un temps précieux à la classe.

Les ateliers ne sont en réalité rien d’autre que des mini-cours magistraux. L’enseignant travaille avec un groupe plus petit, ce qui peut faciliter un peu les explications il est vrai.
Mais c'est tout de même léger comme avantage, face à tous les inconvénients des ateliers...

Solution

C’est bien gentil de critiquer, mais alors existe-t-il des alternatives qui permettent de différencier totalement, d’autonomiser, peu chronophages et efficaces ?

Il en existe au moins une : les plans de travail individuels. Grâce à cette pratique pédagogique, l’enseignant reste disponible, et donc les élèves peuvent avoir des activités difficiles, qui correspondent au niveau de chacun (différenciation, personnalisation).
Ils sont réellement en autonomie car ils gèrent tout, leur temps, leur travail, et parfois même leurs corrections.
Chacun avance à son propre rythme, à son propre niveau, indépendamment des autres, et reçoit un enseignement et des explications personnalisées et correspondantes à sa situation.

Et contrairement à ce qu’on peut penser, les plans de travail fonctionnent également très bien en maternelle, sous une forme adaptée bien sûr.

Ressources

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