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Billet de blog 18 mai 2018

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L’autonomie

On entend fréquemment des enseignants expliquer “je prends un groupe, pendant ce temps les autres élèves sont en autonomie”. Mais peut-on vraiment parler d’autonomie dans ce cas ? Comment distinguer de simples activités occupationnelles qui n’apportent pas grand-chose à l’élève, d'une véritable autonomie ?

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L'activité occupationnelle

Elle intervient généralement dans deux cas :

1 - Lorsque tous les élèves font la même chose en même temps, et qu'on propose quelques activités simples pour occuper les plus rapides, afin qu'ils ne perturbent pas le reste de la classe parce qu'ils s'ennuient.

2 – Lors d’ateliers tournants : l’enseignant s’occupe d’un groupe, et propose au reste de la classe des activités simples.

On voit bien que dans tous les cas il n'y a pas ou peu de personnalisation/différenciation des enseignements. De plus, l’enseignant n’étant pas disponible (puisqu’il est accaparé avec un groupe), ces élèves sont littéralement abandonnés à leur sort. Ce qui signifie que pour ne pas être dérangé, l’enseignant doit nécessairement leur proposer des activités faciles (coloriages magiques, sudokus, tangrams, copie à vide...), c’est à dire de l’occupationnel, au « rendement pédagogique » très faible.

Surtout, l'élève ici n'a en réalité aucune autonomie : il s'occupe seul, mais il reste toujours étroitement dépendant de l'adulte qui lui indique ce qu'il doit faire, quand et comment le faire.

Cela ne veut pas dire que ces activités sont totalement inintéressantes, et elles peuvent être éventuellement réalisées dans un autre cadre. Mais il faut être clair sur le fait qu’il ne s’agit en aucune manière d’autonomie.

Absence de différenciation, rendement pédagogique proche de zéro, pas d’autonomie, rien que pour ces raisons, il est évident que ce fonctionnement est à éviter !

La véritable autonomie

On peut dire qu’on a une véritable autonomie lorsque l'élève n'a pas besoin qu'on lui explique les consignes, ni même ce qu'il doit faire, et qu'il a également la possibilité de gérer lui-même son temps et ses activités sur un temps relativement long (plusieurs jours).

L’autonomie implique que l’élève ait la liberté de pouvoir gérer son temps et ses activités, qu’il puisse véritablement faire ses propres choix et les assumer.

Dans ce cas il n'a pas besoin de l'adulte et ne dépend pas de lui, sauf évidemment en cas de blocage sur une activité. Alors l’enseignant peut véritablement remplir sa mission, expliquer, aider, guider, apporter des connaissances...

Être autonome, ce n’est pas juste travailler seul.

Un élève occupé à préparer son exposé. Responsabiliser, c'est donner une clé pour l'autonomie.

Comment mettre en place une véritable autonomie ?

Face au cahier des charges que nous venons de définir, il faut trouver des outils efficaces, et ils ne sont pas nombreux. Nous avons vu que ni les ateliers tournants ni une liste d’activités occupationnelles ne permettent aux élèves de faire véritablement preuve d’autonomie.

En particulier, nous avons besoin de fichiers d’exercices qui soient spécifiquement conçus pour une utilisation en totale autonomie. En effet, les manuels classiques sont tous, sans exception, conçus dans l’optique de cours magistraux, tous les élèves faisant la même chose en même temps, et sont donc inutilisables en autonomie. Heureusement des outils existent, il s’agit des fichiers de la pédagogie Freinet (aux éditions PEMF).

Il ne suffit pas d’avoir les bons outils, encore faut-il qu’ils soient utilisés dans un cadre à la fois rigoureux et sécurisant pour l’élève, souple pour permettre une différenciation totale, et que l’élève peut utiliser lui-même pour s’organiser en toute autonomie. Ce cadre c’est le plan de travail.

Précisons tout de suite que cet article n’a pas été écrit dans le but de faire de la publicité à la pédagogie Freinet. Simplement, bien qu’elle ait été développée il y a près d’un siècle, il se trouve qu’il s’agit toujours aujourd’hui de la réponse la plus aboutie, la plus efficace, la plus rationnelle, pour amener ses élèves à devenir autonomes. Mais bien sûr si vous avez une meilleure solution vous pouvez la proposer en commentaire ! ☺

La classe de Célestin Freinet et les élèves en réelle situation d'autonomie : il ne s'agit pas d'une activité planifiée et imposée par le maître, mais d'un projet entièrement géré par les élèves. © http://www.emoi-emoi.com

Les fichiers Freinet

Ce sont des banques d'exercices, pas des méthodes ni des manuels, donc on peut les utiliser comme on veut. Mais ils présentent d'autres spécificités très intéressantes :

► Ils sont conçus par des enseignants de terrain et leurs élèves, et non pas par des technocrates qui n'ont jamais mis les pieds dans une classe. Donc on est certain qu'ils fonctionnent, et qu'ils sont faits pour les élèves et non pas pour les programmes.

► Ils sont conçus pour un travail en totale autonomie : pas besoin d'expliquer les consignes (il n'y en a pas) ni de dire quel exercice il faut faire. Ce qui en fait à peu près les seuls fichiers du commerce utilisables avec des plans de travail.

► Les notions étant mélangées à l'intérieur d'un fichier (sauf en numération), on peut sans problème sauter 10 fiches puis revenir en arrière, sans pour autant sauter des notions. De cette manière ça ne pose pas de problème si une fiche est prise par un autre élève, et on peut également passer un élève au fichier suivant dès qu'on sent que ça devient trop facile pour lui, sans nécessairement attendre qu'il l'ait entièrement terminé.

► Ils sont très économiques par rapport à des méthodes classiques. Pour un CP de 30 élèves, s'équiper en fichiers PEMF revient à environ 230€, alors qu'avec par exemple Taoki (beurk) et Picbille on en a pour 1230€, soit plus de 5 fois plus !
Et ça ce n'est que la 1ère année, car à l'inverse des méthodes industrielles, qui sont constituées principalement de livrets individuels jetables après utilisation, on garde les fichiers de nombreuses années.

On peut se les procurer ici : http://www.pemf.fr/site/ (je recommande en particulier les fichiers d'orthographe, lecture, numération, et les livrets de calcul individuels).

Une élève de grande section en travail individuel (sur son plan de travail). Contrairement à une fausse croyance, le degré de maîtrise de la lecture n'a rien à voir avec l'autonomie, et les élèves de maternelle se montrent tout aussi autonomes que des CM, pour peu qu'on mette à leur disposition des activités et du matériel conçus pour cet usage (fichiers PEMF, textes libres...).

Les plans de travail

Il serait trop long d’expliquer ici en détail leur fonctionnement. Toutefois en résumé, les plans de travail doivent nécessairement comporter les caractéristiques suivantes :

► Ne pas mentionner précisément les exercices : pas d'énoncés, pas de numéros d'exercices, mais simplement quelque chose du type "3 fiches de lecture". Et c'est l'élève qui inscrit a posteriori le numéro de la fiche qu'il a réalisée ainsi que son évaluation.

► Ne pas être de simples feuilles de route occupationnelles pour les élèves plus rapides que les autres : les plans de travail incluent réellement tout le travail individuel de chacun.

► Puisque le plan de travail inclut tout le travail personnel de l'élève, lorsqu’il l’a terminé, il est libre, on ne lui donne pas des exercices supplémentaires pour l'occuper : ce serait comme de le punir d’avoir bien travaillé !
L’élève qui a terminé son plan de travail est donc libre de faire ce qu’il veut (durant les moments de travail individuel), à condition évidemment de ne pas déranger les autres. Par exemple lire, bricoler, dessiner, rêver en regardant la fenêtre, écouter de la musique (au casque), ou pourquoi pas aller jouer dans la cour si les conditions matérielles le permettent.

► Les plans de travail n'ont pas pour objectif de libérer l'enseignant pour qu'il s'occupe d'un groupe en abandonnant le reste de la classe : ce n'est pas possible, il doit absolument rester disponible.
Donc les plans de travail sont incompatibles avec les ateliers tournants et les groupes (sauf en classe unique, mais dans ce cas il s’agit de classes ultra-rodés, généralement moins nombreuses, et on gère l’organisation d'une autre manière).

Il est important de signaler que contrairement à une fausse idée reçue, l’autonomie n’a rien à voir avec le degré de maîtrise de la lecture. Et la meilleure preuve est que les élèves de maternelle peuvent parfaitement utiliser des plans de travail et se montrer tout aussi autonomes que des “grands” CM, pour peu qu’on leur en donne la possibilité et qu’on mette à leur disposition du matériel conçu pour une utilisation en totale autonomie (en particulier les fichiers PEMF).

Un moment de travail individuel (sur plan de travail). Le maître ne se déplace pas, c'est l'élève qui va le voir lorsqu'il a besoin d'aide. C'est une décision qui lui appartient, il estime si cette demande d'aide est vraiment justifiée, et il choisit le moment. Tout cela fait partie de son apprentissage de l'autonomie. © http://icem-pedagogie-freinet.org

Autonomie de pensée

L’autonomie ne concerne pas uniquement le travail. Dans une démarche d’émancipation, il est également de notre devoir d’enseignants d’amener nos élèves à une véritable autonomie de pensée.

Car s’ils sont toujours dirigés d’autorité, que l’adulte leur dit en permanence ce qu’ils doivent faire et penser, alors on ne forme pas des citoyens autonomes et responsables, mais des individus incapables de s’autogérer.

Pour cela, on peut laisser la parole aux élèves, les écouter, et leur donner de réelles responsabilités au quotidien. Par exemple :

► Le « Quoi de neuf » du matin permet de donner la parole, et c’est également une fantastique source d’enseignements et de projets.

► La réunion coopérative hebdomadaire permet de donner la parole, et de gérer entièrement la classe et ses projets.

► Les responsabilités (ou métiers) : outre les traditionnels nettoyages du tableau ou écriture de la date, on peut également déléguer des responsabilités plus importantes, comme faire l’appel sur le cahier officiel, répondre au téléphone de l’école, diriger certains moments (comme le « Quoi de neuf » ou la réunion coopérative), faire le facteur (avec circulation dans l’école)…

► Les projets divers et variés, individuels ou collectifs, que les élèves gèrent de A à Z bien entendu, depuis leur proposition à leur réalisation.

► La coopérative scolaire, qui contrairement à ce que beaucoup imaginent, est un véritable outil pédagogique conçu (par Freinet) pour permettre aux élèves de réaliser leurs projets, et à travers cela d’acquérir des connaissances et des compétences indispensables.

► Les débats philos.

L’esprit critique permet aux élèves de penser par eux-mêmes, de distinguer le vrai du faux. Et c’est un travail quotidien permanent, de douter, d’évaluer le degré de crédibilité d’une information, d’en vérifier les sources…
Une démarche qui doit devenir un réflexe naturel, afin d’acquérir une véritable autonomie de pensée et ne pas se faire avoir par n’importe quel discours qui semble séduisant.

Des élèves parfaitement autonomes durant une récréation. Certains bricolent, travaillent à des projets personnels, d'autres jouent à l'ordinateur, lisent, ou continuent leur travail personnel (sur plan de travail)...

Lorsque l'enseignant peut sortir de la classe sans même que ses élèves s'en aperçoivent, c’est le signe qu’ils sont devenus véritablement autonomes et responsables.

Bibliographie

Vidéos de temps de travail individuel sur plans de travail :

Vidéos de « Quoi de neuf » (on n'y voit que la phase de discussion, mais on peut deviner tout ce qui pourra en découler) :

  • CP CE1 : https://youtu.be/es-Qf8teDNQ
  • Cycle 3 : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/3252
  • CM1-CM2 : https://youtu.be/-skyWm3TqOg

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