Projet de Décroissance
Objecteur de Croissance Décroissant
Abonné·e de Mediapart

82 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 mai 2018

En 2018 auront lieu trois grandes rencontres internationales de la décroissance

Né en l’an 2000, le mouvement pour la décroissance s’est internationalisé surtout à partir de 2008, année de sa première conférence internationale. Pour célébrer les dix ans de ces conférences, le mouvement pour la décroissance a préparé trois grandes rencontres, à Malmö, Mexico et au Parlement Européen de Bruxelles.

Projet de Décroissance
Objecteur de Croissance Décroissant
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le mouvement de la décroissance, en tant que pensée multidimensionnelle s’articulant autour d’un slogan provocateur, est né au début des années 2000 en France. La décroissance a très vite été traduite dans les langues latines : decrescita et decrecimiento respectivement en italien et espagnol. C’est seulement à la fin des années 2000 qu’elle apparut en anglais, sous le terme degrowth, en particulier à l’occasion de la première conférence internationale qui se tint à Paris en 2008.

Cette première conférence a eu un impact fort dans le monde académique avec les premières publications dans des journaux universitaires internationaux. Cette thématique a interpellé aussi bien par sa radicalité, sa multidimensionnalité que par sa fraîcheur. Deux ans plus tard, une seconde conférence était organisée à Barcelone autour du groupe de chercheurs Research and Degrowth. Ce fut le lancement d’une belle aventure collective, qui s’est accompagnée de rencontres et de débats riches. Ont suivi Venise et Montréal (première conférence aux Amériques) en 2012, puis Leipzig en 2014 et enfin, Budapest en 2016.

Ces rencontres s’appuient sur la forte dynamique de recherche autour de la décroissance. Elles invitent à mieux questionner le monde universitaire et à s’imprégner des réalités de terrain, rencontrer des militants, de la société civile mais aussi de tout public. Chacune de ces manifestations a réuni quelques centaines de personnes avec un pic à 3.500 participant-e-s à Leipzig, en 2014. D’une édition à l’autre, elles ont pris des formes différentes en s’inscrivant dans le contexte local. L’organisation en elle-même permet de mettre en pratique les principes de la décroissance : autonomie économique (elles sont autofinancées), autogestion, communication non violente et inclusion, vie culturelle et circuits courts, transparence et démocratie directe, ouverture et dialogue, radicalité et convergences.

En 2018, trois grandes rencontres complémentaires 

Dans une logique de réappropriation du sens des limites, la conférence de Budapest a décidé de limiter le nombre de participant-e-s. En effet, la qualité des rencontres, des échanges, et surtout l’ancrage local doivent être en cohérence avec les idées de la décroissance : mesure et équilibre. Ces rencontres ont aussi pour but d’ouvrir et de promouvoir les idées et solutions proposées par le mouvement pour peser sur les débats intellectuels, politiques et citoyens. Avec créativité et pour ouvrir les murs de l’université, l’équipe de Budapest a, d’une part, décidé d’organiser un large festival public, ouvert et gratuit, en partenariat avec une dizaine de lieux culturels, alternatifs. Cette semaine de la décroissance a rencontré un très large succès public avec la participation de près de 1.000 personnes. Elle a aussi poussé les décroissant-e-s à sortir de leurs coquilles et à aller à la rencontre des citoyen-ne-s budapestois-e-s. De plus, dans un contexte politique difficile, à travers une stratégie de communication d’ouverture, non clivante et axée sur le questionnement politique et les solutions, ces rencontres ont bénéficié d’une large couverture médiatique.

Lors de la 5e Conférence internationale de la décroissance, été 2016, Budapest (Hongrie).

Enfin, en parallèle, pour ne frustrer personne, un appel à relocaliser la conférence a été lancé autour d’une plateforme open source, afin de mettre Budapest en relation avec les dizaines d’événements organisés à travers le monde.

Pour le dixième anniversaire de la première conférence internationale de la décroissance, et dans la continuité des précédentes éditions, nous proposons en 2018 trois grandes rencontres, complémentaires les unes des autres.

La 6e Conférence internationale de la décroissance aura lieu à Malmö, en Suède, en août, sous la forme d’une conférence universitaire et citoyenne. La Scandinavie étant souvent mise en avant comme modèle de référence du social-libéralisme, il nous semble intéressant d’y poser un regard critique et nourrir une analyse en profondeur. La décroissance est avant tout un « empêcheur de penser en rond » et donc une protection contre de fausses bonnes solutions. En parallèle du programme académique, des appels à contributions sont aussi lancés pour mettre en avant des projets artistiques, militants et des expérimentations. Avec comme thématique centrale « dialogue en période de troubles », Malmö, ville la plus cosmopolite de Scandinavie, ouverte sur la mer Baltique, est un lieu idéal pour aussi aborder des sujets complexes comme l’accueil des réfugiés ou le multiculturalisme.

Une rencontre au cœur du cœur du système croissanciste 

Début septembre, une grande rencontre sera organisée à Mexico City (Mexique) autour d’un thème cher aux décroissant-e-s : le dialogue Nord-Sud. Décolonisation de l’imaginaire, critiques du développement, cultures indigènes et anti-extractivismes, ces enjeux ont d’autant plus de sens lorsqu’ils sont portés par nos compagnons de route du Sud, du buen vivir... Décroître au Nord pour permettre au Sud de se réapproprier ses choix de vie.

Enfin, la décroissance ayant toujours eu le souhait de peser sur les débats politiques, une rencontre au cœur du cœur du système croissanciste est prévue : au Parlement européen de Bruxelles. Le but, sans tabou ni naïveté, sera de pousser les débats dans l’antre du big business,en réunissant un large panel d’actrices et d’acteurs. Cet événement réunira des représentants de tous les groupes parlementaires (sauf l’extrême droite), des syndicalistes, des technocrates, des membres de la Commission européenne, de lobbies, mais aussi d’alternatives concrètes, la société civile et des universitaires.

Lors de la 5e Conférence internationale de la décroissance, été 2016, Budapest (Hongrie).

Autour de thématiques précises, il s’agira d’identifier les enjeux de la fin de la croissance et ce qu’il est possible de faire ou pas dans le cadre de nos institutions : inégalité, revenu de base, chômage, dette, multinationales et écoblanchiment, etc.

La décroissance, par sa radicalité couplée à une culture du dialogue ouvert mais sans concession, joue le rôle d’une pensée parapluie qui participe à créer des liens, des ponts et des convergences entre différentes disciplines, approches, stratégies, réalités ou imaginaires qui souvent s’enferment dans une lecture réduite des enjeux du XXIe siècle. Les crises auxquelles nous faisons face sont interdépendantes et s’ancrent dans l’imaginaire développementiste, capitaliste et productiviste. Ainsi, ces rencontres essaient d’offrir un espace de dialogue afin de créer du lien et de faire sens, afin de prendre les problèmes à la racine et de construire des solutions cohérentes, à la hauteur des défis : ouverture et dialogue pour construire des convergences, dans le respect de la diversité mais en cultivant les complémentarités.

Vincent Liegey, coordinateur du collectif d'organisation des conférences Internationales de la Décroissance.

Article publié sur Reporterre le 13 janvier 2018.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Amérique Latine
En Colombie, Francia Márquez, première afro-descendante à la vice-présidence, suscite l’espoir
Francia Márquez entre en fonctions aux côtés du nouveau président Gustavo Petro dimanche 7 août. Cette femme noire et activiste écoféministe a promis d’« éradiquer le patriarcat » en Colombie et de lutter contre les discriminations, mais les écueils seront nombreux.
par Sophie Boutboul
Journal
Au Pérou, l’union du président de gauche et de la droite déclenche une déferlante conservatrice
Sur fond de crise politique profonde, les femmes, les enfants et les personnes LGBT du Pérou voient leurs droits reculer, sacrifiés sur l’autel des alliances nécessaires à l’entretien d’un semblant de stabilité institutionnelle. Les féministes sont vent debout.
par Sarah Benichou
Journal — International
L’apartheid, révélateur de l’impunité d’Israël
Le débat sur l’existence ou non d’un système d’apartheid en Israël et dans les territoires palestiniens occupés est dépassé. L’apartheid israélien est un fait. Comme le confirme l’escalade des frappes et des représailles autour de la bande de Gaza, il est urgent désormais de mettre un terme à l’impunité d’Israël et de contraindre son gouvernement à reprendre les négociations.
par René Backmann
Journal — Proche-Orient
Au moins trente-et-un morts à Gaza depuis le début de l’offensive israélienne
Parmi les victimes des frappes visant la bande de Gaza figurent une enfant de 5 ans et des dirigeants du groupe armé palestinien Djihad islamique. L’armée israélienne parle d’une « attaque préventive ».
par La rédaction de Mediapart (avec AFP)

La sélection du Club

Billet de blog
Deux expos qui refusent d'explorer les réels possibles d'une histoire judéo-arabe
[REDIFFUSION] De l’automne 2021 à l’été 2022, deux expositions se sont succédées : « Juifs d’Orient » à l’Institut du Monde Arabe et « Juifs et Musulmans – de la France coloniale à nos jours » au Musée de l’Histoire de l’Immigration. Alors que la deuxième est sur le point de se terminer, prenons le temps de revenir sur ces deux propositions nous ont particulièrement mises mal à l'aise.
par Judith Abensour et Sadia Agsous
Billet de blog
Réponse au billet de Pierre Daum sur l’exposition Abd el-Kader au Mucem à Marseille
Au Mucem jusqu’au 22 août une exposition porte sur l’émir Abd el-Kader. Le journaliste Pierre Daum lui a reproché sur son blog personnel hébergé par Mediapart de donner « une vision coloniale de l’Émir ». Un membre du Mrap qui milite pour la création d'un Musée national du colonialisme lui répond. Une exposition itinérante diffusée par le site histoirecoloniale.net et l’association Ancrages complète et prolonge celle du Mucem.
par Histoire coloniale et postcoloniale
Billet de blog
A la beauté ou la cupidité des profiteurs de crise
Alors que le débat sur l'inflation et les profiteurs de la crise fait rage et que nous assistons au grand retour de l'orthodoxie monétaire néolibérale, qui en appelle plus que jamais à la rigueur salariale et budgétaire, relire les tableaux d'Otto Dix dans le contexte de l'Allemagne années 20 invite à certains rapprochements idéologiques entre la période de Weimar et la crise en Europe aujourd'hui.
par jean noviel
Billet de blog
Michael Rakowitz, le musée comme lieu de réparation
À Metz, Michael Rakowitz interroge le rôle du musée afin de mettre en place des dynamiques de réparation et de responsabilisation face aux pillages et destructions. Pour sa première exposition personnelle en France, l’artiste irako-américain présente un ensemble de pièces issues de la série « The invisible enemy should not exist » commencée en 2007, l’œuvre d’une vie.
par guillaume lasserre